Bruxelles fait un pas vers la Russie

Si Sergueï Lavrov avait été invité à Bruxelles par le gouvernement belge, c’est la représentante de l’UE pour les affaires étrangères qu’il est allé voir en premier.


Le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov, arrivé mardi 11 au soir à Bruxelles, y a immédiatement rencontré la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini. À l’issue de leur entretien, M. Lavrov a exprimé l’espoir que les relations russo-européennes reviennent peu à peu à la normale, tandis que Mme Mogherini énumérait la longue liste des problèmes qu’ils avaient abordés ensemble, citant non seulement la Syrie, l’Iran et la Corée, mais aussi, notamment, la question de la société civile et des droits de l’homme en Russie. Bilan de Kommersant.

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Syrie, Libye, Ukraine ou encore Corée, les thèmes abordés lors de cette rencontre étaient variés. Crédits : MID / Flickr

Voisins malgré nous

Si Sergueï Lavrov avait été invité à Bruxelles par le gouvernement belge, c’est la représentante de l’UE pour les affaires étrangères qu’il est allé voir en premier, dès son arrivée. Une rencontre, d’ailleurs, à l’initiative de la partie européenne.

Pour mémoire, la première visite de Mme Mogherini à Moscou en tant que chef de la diplomatie de l’UE remonte à avril dernier. Elle avait alors abondamment parlé, avec M. Lavrov, de « détermination à rétablir une coopération à part entière » et de la nécessité absolue de lutter ensemble contre les défis communs. De son côté, le ministre russe avait déclaré, à l’issue de leur rencontre : « Au cours de ces négociations, personne n’a donné de leçon à personne, nous nous sommes efforcés d’entendre nos points de vue respectifs. »

Hier à Bruxelles, la rhétorique était comparable. S’adressant aux journalistes au terme de la rencontre, Mme Mogherini a commencé par déclarer : « Voilà plusieurs années que nous attendions ici M. Lavrov, ajoutant : Les positions de l’UE et de la Russie ne coïncident pas sur tout, indubitablement. Mais l’important, c’est que nous nous trouvons dans un dialogue permanent. »

À propos des thèmes abordés, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères a mentionné la Syrie, approuvant l’instauration d’un cessez-le-feu dans le sud-ouest du pays. Elle a aussi parlé de la Libye, de la régulation au Proche-Orient, de la situation dans les Balkans et la péninsule de Corée, ainsi que de l’entente internationale actuelle et future sur le nucléaire iranien. « Sur tous ces sujets, nous pouvons parvenir à une compréhension mutuelle », a assuré Mme Mogherini.

La chef de la diplomatie européenne ne s’est toutefois pas arrêtée là – elle a continué d’énumérer les thèmes des négociations en mentionnant la Crimée, le conflit dans l’ouest de l’Ukraine et « certaines questions bilatérales », notamment la situation de la société civile et des droits de l’homme en Russie. Toutes questions sur lesquelles, manifestement, Mme Mogherini estime qu’il sera beaucoup plus compliqué de trouver un terrain d’entente…

Sergueï Lavrov ne s’est pas montré aussi explicite quant à la teneur de leur entretien, soulignant seulement la « nécessité de contacts réguliers – surtout dans le contexte actuel, où nos collègues européens, pour les raisons que l’on sait, ont gelé la majorité des mécanismes de dialogue existants ». « Nous comprenons les uns et les autres que nous sommes voisins et que les questions qui surgissent entre nous doivent se résoudre sur la base d’un commun accord. Je pense que la situation reviendra peu à peu à la normale. C’est dans l’intérêt de la Russie autant que des pays de l’Union européenne », a insisté le ministre russe.

Ensuite, néanmoins, il est clairement apparu que, même sur les thèmes de la première partie de la « liste Mogherini », les deux interlocuteurs avaient de nombreuses divergences. Répondant à la question d’un journaliste, M. Lavrov a ainsi critiqué les sanctions introduites par l’Europe contre la Syrie. « On sait tout ce que fait l’UE pour alléger les souffrances du peuple syrien. Mais n’est-il pas temps – et je crois, moi, qu’il est temps depuis longtemps – de s’interroger sur les conséquences humanitaires des sanctions que l’Europe et les États-Unis ont adoptées contre la République arabe syrienne ? », a-t-il lancé. Ce à quoi son homologue européenne a rétorqué, du tac au tac : « Aucune de nos sanctions n’est dirigée contre la population civile de Syrie. »

Sanctions sous silence

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La question des sanctions européennes contre la Russie a été soigneusement évitée. Crédits : MID / Flickr

La question des sanctions européennes contre la Russie, en revanche, a été soigneusement évitée par les participants de cette conférence de presse, qui avaient manifestement décidé qu’il n’y avait rien de nouveau à en dire. Pour mémoire, la visite de M. Lavrov à Bruxelles intervient peu après que les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’UE, réunis en sommet le 22 juin, ont décidé de prolonger pour six mois les sanctions contre une série d’entreprises des secteurs pétrolier, militaro-industriel et financier russes. Une décision, validée à l’issue d’une procédure de confirmation par écrit qui s’est achevée le 28 juin, que le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexeï Mechkov, a commenté ainsi : « De nouveau, au sein de l’UE, la minorité agressive mène le bal. » « Il est clair pour tout le monde, et depuis longtemps, que ces sanctions sont contreproductives, qu’elles ne sont pas en mesure de résoudre un seul des défis que l’UE s’est fixés dans ses relations avec la Russie, a dénoncé le diplomate, ajoutant : Des experts européens indépendants ont prouvé à plusieurs reprises, chiffres à l’appui, que ces sanctions et nos contre-mesures nuisent, en tout premier lieu, à l’économie des pays de l’UE eux-mêmes. »

Un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères publié à la veille de cette visite de M. Lavrov en Belgique qualifie les sanctions européennes de « principal élément perturbateur » dans les relations russo-européennes. « L’Union européenne, en prolongeant une nouvelle fois les limitations sectorielles antirusses ainsi que le paquet de restrictions contre la Crimée et Sébastopol, a laissé passer une chance de sortir du cercle vicieux des sanctions, qui empoisonne l’atmosphère des relations Russie-UE. Sans changement, de nombreuses sphères importantes de la coopération restent gelées », dénonçait le communiqué. L’organe diplomatique russe a également souligné « l’absurdité du fait de conditionner la levée des sanctions à l’exécution des accords de Minsk sur le Donbass, qui pousse seulement Kiev à saboter ouvertement sa part d’obligations. »

Sur fond de cette « guerre des sanctions » qui se poursuit, on s’étonne d’autant plus que l’UE et la Russie demeurent des partenaires économiques et commerciaux de première importance. L’Union européenne représente 45 % du commerce extérieur de la Russie, et la Fédération est le quatrième plus gros partenaire commercial de l’UE. En outre, soulignait récemment le ministère russe des Affaires étrangères, entre janvier et avril 2017, les échanges commerciaux russo-européens ont augmenté de 32,3 % par rapport à la même période en 2016. Comme Sergueï Lavrov et Federica Mogherini l’ont laissé entendre de toutes les façons possibles au cours de cette conférence de presse commune : les deux voisins – Russie et UE –, quoi qu’il advienne, ne pourront décidément pas de débarrasser l’un de l’autre…