La rencontre Poutine-Macron vue de Russie : le dialogue franco-russe est « nécessaire »

« La France est un partenaire clé pour nous, voire un de nos principaux lobbyistes au sein de l’Union européenne. »


Pourquoi Vladimir Poutine a-t-il subitement décidé de se rendre à Paris, et de quoi va-t-il discuter avec Emmanuel Macron ? Maxime Ioussine, journaliste politique pour Kommersant, à l’origine des premières fuites concernant ce voyage, propose des éléments de réponse.

Macron Arc de Triomphe
Emmanuel Macron, « un homme politique avec lequel il faut parler », selon Iousine. Crédits : Facebook / Emmanuel Macron

C’est arrivé très vite. Dimanche 21 mai, en fin d’après-midi, un article de Kommersant, titré Pierre le Grand va aider Vladimir Poutine à rencontrer Emmanuel Macron, rapporte les propos de plusieurs sources françaises et russes bien informées sur une très probable visite prochaine du président russe à Paris, et une tout aussi probable première rencontre avec son homologue français fraîchement élu. La surprise est entière, mais de courte durée : moins de 24 heures plus tard, l’Élysée et le Kremlin, successivement, confirment.

Pour Maxime Ioussine, la raison de cette visite non planifiée est simple : le président Poutine se doit d’établir des contacts avec le nouveau dirigeant français. « C’est nécessaire. La France est un partenaire clé pour nous, voire un de nos principaux lobbyistes au sein de l’Union européenne. Et ce n’est pas parce que le Kremlin soutenait d’autres candidats qu’il faut entraver le développement d’un dialogue digne de ce nom entre Moscou et Paris », soutient l’expert, dans un entretien sur les ondes de Kommersant FM.

Maxime Ioussine est d’ailleurs convaincu que la situation est bien moins catastrophique, en réalité, que ce que l’on a dépeint en Russie au cours de la campagne présidentielle française. « À la différence de ce qu’affirmaient notre propagande et les médias pro-gouvernementaux engagés, Macron n’est en aucun cas un russophobe. C’est un homme politique tout à fait pondéré, avec qui il faut discuter », poursuit-il.

Et si la raison officielle de ce voyage est l’inauguration d’une exposition à Versailles, consacrée au 300e anniversaire du voyage de Pierre le Grand en France, le journaliste de Kommersant ne peut pas imaginer que les deux chefs d’État ne prendront pas le temps d’aborder ensemble les grandes questions de l’agenda franco-russe. « Le principal objectif, pour l’heure, est d’abord d’établir un contact personnel, afin de pouvoir régler certaines questions délicates par téléphone par la suite – comme ça a été fait avec Hollande, Sarkozy ou Chirac. Ensuite, ils pourraient parler de la Syrie, un thème important pour la France sur lequel Poutine pourra exposer sa logique, ainsi que de la lutte contre le radicalisme islamiste en Afrique, que la France mène presque seule. Le thème de l’Afrique doit être soulevé, car il inquiète Paris, et qu’une assistance russe pourrait y être concrète et bienvenue – comme sur le dossier libyen. La Russie jouit d’une certaine influence sur le maréchal Khalifa Haftar, sans qui il est difficile d’espérer une résolution de la situation dans ce pays », a expliqué Maxime Ioussine, admettant toutefois que la question de la crise ukrainienne risquait de n’être que survolée lors de cette première rencontre.

Arnaud Dubien sur l’avenir des relations franco-russes suite à l’élection d’Emmanuel Macron