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« Depuis Moscou, on ne voit pas le mur de verre qui sépare la France républicaine du Front national »

« Depuis Moscou, on ne voit pas le mur de verre qui sépare la France républicaine du Front national »

Comment les relations franco-russes ont-elles évolué au cours des cinq dernières années ? Et quelles sont leurs perspectives de développement ? Éléments de réponses dans un entretien avec Evguenia Obitchkina, professeur à l’Institut d’État des relations internationales de Moscou et directrice du programme MGIMO-Sciences Po. Le Courrier de Russie : Le 24 mars dernier, le président russe Vladimir Poutine a reçu au Kremlin la présidente du Front national, Marine Le Pen. Comment cette rencontre a-t-elle été rendue possible ? Evguenia Obitchkina : Marine Le Pen a des liens anciens avec la Russie, en premier lieu avec ses parlementaires. Elle a toujours été très bien reçue à la Douma. Les élus russes sont flattés par les commentaires positifs que les représentants du Front national font régulièrement sur la Russie et sa politique internationale. Plus généralement, ce qui rapproche les élites dirigeantes russes du Front national, c’est une vision commune du principe de souveraineté. Marine Le Pen défend la souveraineté de la France face à Bruxelles, au sein de l’OTAN et de l’Union européenne. Vladimir Poutine, de son côté, défend celle de la Russie face à tous les acteurs extérieurs et, en premier lieu, face à Bruxelles, qui, selon Moscou, s’est accaparé la mission de la gestion de la sécurité dans le monde, ce que le Kremlin ne peut accepter. C’est là que réside la raison de l’opposition entre Moscou et les capitales occidentales, et c’est là aussi que se trouve le point de ralliement entre le Kremlin et le Front national. LCDR : Pourquoi la souveraineté est-elle si importante pour la Russie ? E.O. : La classe politique russe est persuadée que seul un État fort et stable peut garantir à ses citoyens la paix, et que plus on a d’États forts sur la planète, plus grandes sont les chances d’avoir un monde apaisé. Et que, à l’inverse, plus il y a d’États défaillants, de failed states, qui, selon la Russie, résultent des interventions américaines successives, plus le monde devient instable, plus il connaît de conflits. Attention, toutefois : le monde multipolaire que promeut la Russie doit être basé non sur la confrontation mais sur la coopération entre des acteurs forts et indépendants. La Russie estime en outre que dans la période de transition du socialisme au capitalisme qu’elle traverse, dans sa situation de pays multiethnique et multiconfessionnel,

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Propos recueillis par Inna Doulkina