Zapping 2016 : cinq événements franco-russes à retenir

Une année entre la Russie et la France culturellement riche mais difficile sur le plan politique


L’année 2016 commençait bien pour la France et la Russie, qui avaient décidé de l’inscrire sous le signe du tourisme culturel bilatéral. Même constat sur le plan politique, avec l’émergence, au sein des cercles dirigeants français, de voix dissonantes préconisant une attitude plus souple vis-à-vis de Moscou. Toutefois, les tensions sur le dossier syrien ont fini par rattraper les deux pays, et Vladimir Poutine a annulé sa visite à Paris, prévue en octobre dernier à l’occasion de l’inauguration du nouveau Centre spirituel et culturel orthodoxe russe.

L’Assemblée française et le Sénat pour une levée des sanctions contre la Russie

Assemblée nationale française. Crédits : Wikimedia

Fin avril et début juin, tour à tour, l’Assemblée nationale et le Sénat français ont adopté, contre l’avis du gouvernement, une résolution appelant à la le- vée des sanctions économiques imposées à la Russie.

Le texte, à valeur non contraignante, insiste sur l’impact « dangereux » des sanctions sur l’économie française, reflété notamment par une baisse de 12,1 % des exportations françaises vers la Russie en 2015.

Le document évoque également, en faveur de la levée des sanctions, l’« objectif commun » aux deux pays qu’est la lutte contre le terrorisme. « On ne peut pas à la fois demander à la Russie d’être notre partenaire dans le combat contre Daech et réclamer des sanctions contre elle », écrivent les députés.

À l’Assemblée, le texte a été adopté à 55 voix contre 44 et deux abstentions. À noter : seuls 101 députés sur 577 était présents lors du vote. Au Sénat, le texte a obtenu une majorité écrasante de 301 voix contre 16, avec 17 abstentions. Les partisans de la résolution sont principalement issus du parti Les Républicains, à l’origine de l’initiative. S’y sont majoritairement opposés les membres du PS et du groupe écologiste.

Vladimir Poutine rencontre la communauté d’affaires franco-russe

De gauche à droite à l’avant-plan : Claude Imauven, Vladimir Poutine, Patrice Caine et Emmanuel Babeau. Crédits : TASS/Alekseï Droujinine

Le 25 mai, les grands patrons français membres du Conseil économique de la Chambre de commerce et d’industrie franco- russe (CCI France Russie) ont rencontré le président russe au Kremlin : une première dans l’histoire de la communauté d’affaires française en Russie.

Les discussions ont porté sur les projets en cours des entreprises françaises en Russie, les conséquences de la politique extérieure et de la récession économique russes sur leurs affaires, ainsi que les futures décisions politiques russes pouvant avoir un impact positif sur le flux des investissements français en Russie et le développement des projets franco-russes.

« Les échanges ont été directs, francs et très prometteurs pour l’avenir des investissements français en Russie. Cette rencontre traduit l’engagement des entreprises françaises au service de la Russie », a assuré à l’issue de l’événement Patrick Pouyanné, président directeur général de Total.

Emmanuel Quidet, président de la CCI France Russie, a pour sa part souligné un signal fort envoyé à Moscou. « Cette rencontre prouve la volonté de la France, premier investisseur en Russie en 2014 et 2015, de continuer à investir dans ce pays », a-t-il déclaré au Courrier de Russie.

Cérémonie de jumelage de quatre monuments russes et français à Moscou

La basilique Saint-Denis à Paris jumelée avec la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg.

Le 27 mai, quatre monuments russes et français ont été jumelés, à Moscou, dans le cadre de l’année franco-russe du tourisme culturel.

La maison de Léon Tolstoï à Khamovniki est désormais jumelée avec celle de George Sand à Nohant, la maison Melnikov, à Moscou, avec la villa Savoye de Le Corbusier, à Poissy, le manoir de Kouskovo avec le château de Champs-sur-Marne, dans la commune du même nom, et la forteresse Pierre-et-Paul, à Saint-Pétersbourg, avec la basilique Saint-Denis, à Paris.

« Il s’agit d’une grande première pour la France : la Russie est le premier pays avec lequel nous initions un tel projet », a souligné à l’occasion Philippe Bélaval, directeur d’un centre qui gère près de cent monuments nationaux français.

L’année franco-russe 2016-2017 du tourisme culturel, lancée le 4 avril 2016, a permis d’élaborer des itinéraires croisés présentant le patrimoine russe en France et le patrimoine français en Russie.

Des députés français se rendent en Crimée

Les parlementaires français accompagnés de Léonid Sloutski, député à la Douma, et Vladimir Konstantinov, président du Conseil d’Etat de Crimée, déposent des fleurs au cimetière militaire français de Sébastopol. Crédits : Alexeï Pavlichak/ TASS

Fin juillet, onze députés français ont passé trois jours sur la péninsule de Crimée et y ont rencontré les autorités locales. Le Courrier de Russie a accompagné les parlementaires et recueilli les impressions de l’un des ténors de la délégation, Thierry Mariani, député des Français à l’étranger pour l’Asie, l’Océanie et l’Europe de l’Est.

Thierry Mariani estime tout d’abord que la Russie n’avait pas d’autre choix que de rattacher la péninsule, afin « d’éviter l’ouverture d’un front supplémentaire de guerre civile en Crimée », a-t-il indiqué au Courrier de Russie. Même analyse concernant l’attitude de Moscou quant au Donbass : « Je pense que la Russie n’avait réellement pas le choix : il lui fallait intervenir dans le Donbass pour soutenir ces gens qui se sentent proches d’elle, qui risquent leur vie au nom de l’idée qu’ils se font d’elle », avait souligné le député français.

Pour autant, M. Mariani voit les accords de Minsk d’un bon œil : « Autant je pense que la Crimée est russe, autant j’estime que Donetsk et Lougansk ont vocation à rester en Ukraine mais avec un statut spécial, leur garantissant une large autonomie dans de nombreux domaines», a-t-il insisté.

Interdit de séjour en Ukraine, le parlementaire français affirme agir de toute façon « comme il l’entend » : « Je suis absolument persuadé que nous, Français, avons intérêt à entretenir des rapports étroits avec la Russie afin de rééquilibrer notre politique étrangère », a-t-il conclu.

L’ouverture du nouveau centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris

Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris est situé sur le quai Branly, entouré par la Seine et la tour Eiffel. Crédits : Augusto Da Silva/Agence Graphix

Le 19 octobre, un nouveau Centre spirituel et culturel orthodoxe russe a ouvert en plein cœur de la capitale française. Objet de nombreuses critiques et polémiques, le complexe, qui compte la cathédrale de la Sainte-Trinité, un centre culturel et des bureaux de l’ambassade russe, devait initialement être inauguré en grande pompe, en présence de Vladimir Poutine. Le président russe a toutefois annulé sa visite au dernier moment, sur fond de tensions avec l’Europe concernant le conflit syrien.

L’accord pour la construction de ce Centre spirituel et culturel orthodoxe russe de Paris datait de la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2007. Pour Tatiana Stanovaya, spécialiste des relations franco-russes, l’établissement n’est plus, aujourd’hui, qu’un « vestige de l’amitié franco-russe, d’une époque où les deux pays entretenaient d’excellentes relations ».

Sur fond de dégradation des relations russo-occidentales, le complexe, selon l’experte, est toutefois investi d’une nouvelle mission : « Il s’agit désormais d’en faire un outil de soft power à l’américaine, afin de présenter la Russie comme une gardienne des valeurs traditionnelles », a-t-elle souligné.

Le projet du centre a été conçu par l’architecte français Jean-Michel Wilmotte, inconditionnel de la Russie, avec laquelle il travaille depuis une dizaine d’années.

Souhaitant inscrire ce nouveau monument dans le paysage environnant, l’architecte a choisi la pierre de Bourgogne, typiquement parisienne. La tradition russe est présente principalement dans les coupoles, conçues par l’entreprise bretonne Multiplast : « Nous avons choisi de recouvrir les bulbes d’or de palladium, ce qui leur donne une teinte très mate, et offre un rendu général très sobre », a indiqué Jean-Michel Wilmotte.