Notre vie sur le Mistral : témoignage d’un marin russe

Le quotidien Moskovski Komsomolets Saint-Pétersbourg s’est entretenu, sous couvert de l’anonymat, avec un des officiers russes qui se sont rendus en France à bord du navire Smolny pour récupérer les Mistral et y ont passé 210 jours avant de revenir les mains vides.MK Saint-Pétersbourg : Comment avez-vous été accueillis en France ?Officier : Nous sommes arrivés à Saint-Nazaire le 30 juin. La parcelle où le Smolny s’est amarré a été enclose d’une palissade et un point de contrôle a été installé à l’entrée. On nous a distribué à tous des badges d’accès. Les Français ont monté pour nous plusieurs baraquements de type container, qu’ils ont raccordés à l’électricité, à l’eau et aux canalisations. On pouvait s’y laver et nettoyer nos affaires. Mais les conditions dans lesquelles nous avons vécu à bord du Smolny peuvent difficilement être qualifiées de confortables. Je pense que notre commandement, en matière d’installation, a fait des économies sur notre dos. Le Smolny est un navire d’exercice, destiné à la formation pratique des élèves-officiers. Mais là, il servait de bateau-caserne. En outre, il est prévu pour 300 « passagers », et en l’occurrence, il était surchargé d’à peu près une fois et demie. Faites le calcul : deux équipages de 200 personnes chacun pour les Mistral, plus une quinzaine d’officiers des académies de marine qu’on avait formés pour être instructeurs. Résultat, tout l’équipage du Smolny a dû se serrer : nous ne vivions pas dans les cabines et les postes d’équipage, mais dans des postes non habitables : les salles des machines, les entrepôts, les locaux servant à l’équipement. La formation a commencé dès les premiers jours de juillet. Et jusqu’à la mi-septembre, les instructeurs français nous ont enseigné la théorie.MK Saint-Pétersbourg : Comment vous traitaient-ils ?Officier : De la part des instructeurs, nous n’avons absolument rien ressenti de négatif. Ils étaient corrects, cordiaux. Avec beaucoup, nous sommes devenus amis. Ils nous ont même dit regretter que le gouvernement français ne soit pas fichu d’accoucher d’une décision à propos des Mistral et soit inféodé aux Américains. Régulièrement, les médias lançaient de fausses rumeurs. Par exemple, que la France avait peur que les marins russes volent le Mistral, que des disques durs avaient disparu du navire, ce genre de bobards… Du grand n’importe quoi. Ces infos n’avaient pas le moindre fondement. Aucun d’entre nous ne s’est jamais trouvé en permanence sur le Mistral.

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Julia Breen

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