Chantal Guittet : « Personne en France ne souhaite la rupture du contrat Mistral »

Chantal Guittet, députée PS du Finistère et membre de la commission des Affaires étrangères, se montre optimiste.


L’Élysée a annoncé mercredi 3 septembre que les conditions n’étaient pas réunies pour que la France autorise la livraison du premier navire Mistral à la Russie. Applaudie par Washington, cette déclaration a suscité de vives réactions en France. Chantal Guittet, députée PS du Finistère et membre de la commission des Affaires étrangères, se montre optimiste.

Le Courrier de Russie : Que pensez-vous de la déclaration publiée par l’Elysée concernant la suspension de la livraison des Mistral ?

Chantal Guittet Mistral
Chantal Guittet

Chantal Guittet : Avant tout, il ne s’agit pas d’une rupture de contrat : à Saint-Nazaire,  les ouvriers continuent de travailler sur le chantier naval et les marins russes poursuivent leur apprentissage. La France souhaite que les deux bâtiments Mistral soient livrés – il faut simplement que les conditions pour cela soient réunies.

LCDR : De quelles conditions parle-t-on, précisément ?

C.G. : Il faut que que le dialogue entre la Russie et l’Ukraine trouve une issue politique et que la paix s’établisse. La France n’honorera ses engagements qu’après qu’il y aura un accord sur un cessez-le feu.

LCDR : Pourquoi la France agit-elle de cette manière, selon vous ?

C.G. : C’est une façon de manifester notre désaccord avec la politique russe en Ukraine. Mais la raison essentielle, c’est que  nous tenons à ce que perdure la paix en Europe. Les tensions entre la Fédération de Russie et l’Ukraine mettent en danger le continent dans son ensemble, et la France ne peut pas s’exonérer de sa responsabilité. C’est normal que les dirigeants français veuillent contrôler l’export d’armes, et il ne faut pas y voir qu’un aspect économique.

LCDR : Pensez-vous qu’il s’agisse d’une décision indépendante ?

C.G. : Chaque pays est indépendant, et la France l’est aussi. Mais évidemment, elle n’agit pas indépendamment de l’Union Européenne. Une chose est certaine : ce n’était pas une décision facile à prendre – personne en France ne souhaite la rupture du contrat Mistral.

LCDR : Cette décision intervient au moment précis où la Russie présente un plan de stabilisation de la situation dans le Sud-Est de l’Ukraine… Comment l’expliquez-vous ?

C.G. : Je ne pense pas qu’il faille faire de lien entre ces deux événements, ni avec le sommet de l’OTAN, puisque la décision française avait été prise bien avant. Je considère d’ailleurs que la proposition du président Poutine est un signe très encourageant. J’espère que l’on parviendra à la paix entre les deux pays, et que les Ukrainiens pourront choisir la voie que suivra leur pays.

LCDR : Vous pensez donc que la France pourrait tout de même honorer ce contrat ?

C.G. : Bien évidemment ! Suspension ne signifie pas annulation. La livraison des deux navires sera probablement retardée, mais les engagements français seront tenus.