L’armée française, l’une des plus puissantes d’Europe ?

La France possède un puissant complexe militaro-industriel [voir chiffres ci-dessous], qui fournit presque totalement les forces armées du pays en équipement et en technologie


En ce jour de fête nationale, nous publions l’analyse de Russkaya planeta sur le complexe militaro-industriel de la France, qui fournit en totalité les forces armées du pays en équipement et en technologie. Et pourtant, les ambitions géopolitiques de Paris dépassent de façon significative ses possibilités militaires.

Armée française au défilé du 14 juillet. Photo : defense.gouv.fr
Armée française au défilé du 14 juillet. Photo : defense.gouv.fr

Après avoir subi un lourd échec face à l’Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale, la France, dans les bilans du conflit, a été ramenée de façon artificielle non seulement parmi les vainqueurs, mais aussi au nombre des grandes puissances. Et depuis sept décennies, Paris s’efforce par tous les moyens de maintenir ce statut, faisant preuve d’ambitions immenses.

Si la France est un des fondateurs de l’OTAN, de 1966 à 2009, elle ne faisait pourtant pas partie de la structure militaire de l’Alliance, manifestant un haut degré d’indépendance dans les affaires militaires et internationales. La France est une puissance nucléaire ; elle occupe, en quantité de charges explosives, la quatrième ou cinquième place dans le monde (après les États-Unis, la Russie, la Chine et, peut-être, Israël).

Si géographiquement, la France est un pays continental, elle se comporte, sur le plan militaire, comme une puissance océanique, développant le plus activement son aviation et sa flotte. À la fin de la guerre froide, comme d’ailleurs presque tous les pays de l’OTAN, elle est passée pour son recrutement du principe de l’appel à celui du salariat et a réduit de façon significative ses forces armées. Tout en demeurant, pourtant, une des plus importantes puissances militaires au sein de l’Alliance et, plus généralement, en Europe.

La France possède un puissant complexe militaro-industriel [voir chiffres ci-dessous], qui fournit presque totalement les forces armées du pays en équipement et en technologie. En outre, la France conçoit et fabrique une partie de sa technologie aérienne en collaboration avec d’autres pays, et avant tout la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie.

Les troupes terrestres possèdent des corps de forces de réaction rapide et deux divisions, mais en temps de paix, les forces combattantes de ces corps sont de réserve. La base des troupes terrestres est constituée de 13 brigades : mécanisées, blindées, légère blindée, blindés légers « de marine », parachutiste, d’infanterie de montagne, des transmissions, du transport, franco-allemande et des forces spéciales. L’armée de terre possède également trois régiments aériens, six régiments de logistique et trois d’infanterie de marine sur les territoires d’outre-mer et à l’étranger (Djibouti, Guyane, Réunion).

Les forces terrestres incluent également la célèbre Légion étrangère, qui recrute principalement parmi les citoyens d’autres pays ; et la gendarmerie peut agir avec les troupes terrestres, même si, en temps de paix, elle remplit généralement des fonctions de police.

Il n’y a pas de troupes étrangères sur le territoire du pays, tandis que la France, elle, possède des contingents dans ses propres territoires d’Outre-mer (Guyane, Polynésie, Réunion), ainsi que dans ses ex-colonies africaines (Djibouti, Tchad, Côte-d’Ivoire, République centrafricaine, Gabon, Mali, Sénégal). Pour autant, ces contingents sont extrêmement réduits, et sont plutôt un symbole de la présence française.

Comme l’ont montré les récents événements au Mali et en République centrafricaine, la France s’efforce, s’il est nécessaire de conduire des opérations militaires réelles, d’impliquer, en guise d’infanterie, les troupes des pays africains, vu que personne ne regrette leurs soldats. En situation extrême, on a recours du côté français à la Légion étrangère, vu que personne ne regrette non plus les criminels nationaux, et encore moins étrangers. En pratique, les Français se limitent majoritairement à un soutien technique et aérien.

En prenant en compte la situation géographique du pays et l’absence totale de menaces extérieures, le potentiel des forces armées de la France est plus que suffisant à garantir la capacité de défense du pays. Il peut également servir à conduire des interventions limitées en ampleur. Mais les ambitions géopolitiques de Paris sont significativement plus importantes que ses possibilités militaires réelles.

À la fin du programme de production des Rafale, le pays entamera une réduction rapide de sa quantité d’avions de combat (sur le compte de l’élimination des Mirage 2000) ; en outre, l’industrie militaire aérienne du pays est menacée par une sérieuse crise, vu que les perspectives d’export du Rafale sont loin d’être évidentes (il est très cher) et qu’il n’existe tout simplement aucun nouveau programme. Dans une perspective tout à fait visible, les forces armées de la France perdront ainsi la possibilité de conduire des opérations autonomes, même extrêmement limitées. C’est précisément ce qui explique le retour du pays dans la structure militaire de l’OTAN. Du reste, les possibilités de l’Alliance dans l’ensemble se réduisent elles aussi rapidement.

En chiffres :

L’armement des troupes terrestres se compose de 254 chars Leclerc contemporains (considéré comme le plus cher au monde, d’un coût pouvant atteindre 10 millions d’euros). 152 autres Leclerc se trouvent en réserve, ainsi que 177 chars АМХ-30В2 aujourd’hui vieillis.

Le parc de chars se complète d’une quantité significative d’engins roulants à l’équipement lourd et l’armée de terre possède en outre 1610 véhicules blindés légers VBL M-11. L’armement se compose encore de plus de 500 tout nouveaux blindés de combat d’infanterie (dont la production continue), ils remplacent les anciens blindés AMX-10P/PC, dont 158 restent dans les équipements (et jusqu’à 450 autres en réserve). Il y a en tout près de 5 000 blindés de transport de troupes et blindés légers.

L’armement terrestre comprend 37 canons automoteurs AU-F-1 (et 216 en réserve), 77 tout nouveaux automoteurs roulants Cesar, 43 canons tractés TR-F-1 (et 62 en réserve).

On dénombre 192 mortiers RT-F1 (120 mm) ainsi que 157 mortiers de calibres 60 mm et 81 mm dans la gendarmerie. Les plus puissants systèmes d’artillerie de l’armée française sont les РСЗО MLRS (227 mm) américains.

Il recense encore plus de 1000 lance-missiles antichars : 660  Milan (dont 110 automoteurs sur VAB), 492 Eryx (dont 185 sur VAB), 76 Javelin.

L’armée de défense antiaérienne possède 882 SATCP Mistral et une certaine quantité de canons antiaériens.

L’armée d’aviation dispose de huit avions légers de transport ТВМ-700, cinq avions d’entraînement suisses РС-6, jusqu’à 300 hélicoptères militaires et plus de 150 hélicoptères polyvalents et de transport. L’armée d’aviation est complétée des hélicoptères de la gendarmerie.

Les forces aériennes sont organisées selon un partage en sept commandements. Le Commandement stratégique, dédié aux frappes nucléaires, possède environ 20 avions Rafale, tous les Mirage-2000N et tous les bâtiments de ravitaillement С-135. L’armement du Commandement unifié possède tous les autres avions de combat, ainsi que des avions de reconnaissance et de combat radio-électronique. Le Commandement de la défense anti-missile et des opérations aériennes possède des avions de détection et de commandement aéroporté et tous les missiles surface-air. Les avions et hélicoptères auxiliaires sont répartis entre les commandements restants : transmission ; information et reconnaissance, d’entraînement ; de soutien.

Le chasseur le plus contemporain de l’aviation militaire française est le Rafale. Il est prévu d’en acquérir plus de 130, ils sont aujourd’hui 85.

Le principal avion de combat reste, pour l’heure, le Mirage-2000. Les forces possèdent 170 engins de ce type, de cinq générations successives. En outre, 17 bombardiers de portée moyenne Mirage-4 et jusqu’à 67 avions d’assaut Jaguar se trouvent en réserve. L’armement du Commandement stratégique dispose de 84 missiles de croisière ASMP (qui peuvent être utilisés avec les Mirages-2000N et les Rafales), qui s’emploient avec 58 à 60 têtes nucléaires TN-81.

Peuvent également servir à usage militaire huit avions de reconnaissance Mirage-F1CR (plus 20 en réserve) et 110 avions d’entraînement Alpha jet (plus 41 en réserve).

L’armement aérien possède quatre avions de détection et de commandement aéroporté, deux avions de reconnaissance radio-électronique et 14 ravitailleurs.

L’aviation dispose de plus de 150 avions de combat. L’armement comprend 50 avions d’entraînement (en plus des Alpha Jet mentionnés plus haut) et environ 100 hélicoptères.

La défense antiaérienne terrestre dispose de cinq escadrilles des tout nouveaux missiles Mamba. Chaque escadrille possède deux batteries et, par batterie, quatre à six lance-missiles de huit missiles surface-air chacun. Ils sont destinés à la défense des bases aériennes elles-mêmes de l’aviation.

Les forces militaires maritimes françaises répondent de la majeure partie du potentiel nucléaire du pays. Quatre sous-marins atomiques à missiles balistiques (SNLE) de classe « Triomphant » sont basés sur la côte atlantique du pays. Chaque sous-marin porte 16 missiles balistiques.

La flotte sous-marine possède en outre six sous-marins nucléaires de classe Rubis (tous basés sur la côte méditerranéenne du pays), et il est prévu, pour les remplacer, d’acquérir en quantité analogue des sous-marins nucléaires de type Barracuda.

Est également basé en Méditerranée l’unique porte-avions nucléaire atomique français : le Charles de Gaulle. Toutefois, ce navire un peu raté passe la plupart de son temps en travaux de réparation. On envisage sérieusement, en France, la possibilité de construire à la place un porte-avions à propulsion énergétique ordinaire.

Les forces maritimes de France ne disposent pas, formellement, de contre-torpilleurs : les navires de cette classe sont appelés « frégates de 1e rang ». La Marine possède également 23 frégates « classiques » : cinq de classe Lafayette, six de classe Floréal et neuf de classe D’Estienne d’Orves.

14 navires de patrouille, à la grande portée de traversée et à l’armement purement symbolique, sont employés à la sécurité de la zone économique du pays, y compris des territoires d’Outre-mer.

Les forces maritimes possèdent 18 dragueurs de mines : 11 de classe Eridan, quatre de classe Vulcan et trois de classe Antares.

La base des troupes de débarquement est constituée de trois navires de débarquement de classe Mistral. Elle comprend également un engin de débarquement Sirocco et deux navires de débarquement de classe Batral.

L’aviation maritime possède 60 avions militaires embarqués : 25 tout nouveaux Rafale-M (plus neuf en réserve et en attente de modernisation, et on prévoit encore la construction de jusqu’à 20 engins), 35 anciens Super Étendard (plus trois en réserve). On recense également trois avions embarqués de détection et de commandement aéroporté Е-2С. Pour autant, comme nous le disions plus haut, l’unique porte-avions à partir duquel ces avions peuvent être utilisés se trouve plus souvent en réparation que sur mer.

L’armement de l’aviation maritime comprend également 26 avions de patrouille de base Atlantic-2 (et deux en réserve), 24 avions de transport, 16 avions d’entraînement, 26 hélicoptères anti-sous-marins, 54 hélicoptères polyvalents et de transport.

L’auteur est directeur adjoint de l’Institut d’analyse politique et militaire