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Lavrov Trump Maison Blanche

Moscou satisfait de la «très bonne» première rencontre entre Lavrov et Trump

Le 10 mai, le président américain Donald Trump a reçu pour la première fois le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à la Maison-Blanche. Les deux hommes se sont entretenus de la situation en Syrie et des relations russo-américaines. À l’issue de ces négociations, Moscou a parlé d’avancée vers une normalisation des relations bilatérales. Bilan du quotidien russe RBK.

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Donald Trump et Sergueï Lavrov lors de leur première rencontre à la Maison-Blanche, le 10 mai. Crédits : MID Flickr

Première rencontre

Cette visite à Washington ne faisait initialement pas partie du programme du séjour de M. Lavrov aux États-Unis, où il devait uniquement assister au sommet du Conseil de l’Arctique, prévu le 11 mai en Alaska. Le ministère russe des Affaires étrangères (MID) n’a confirmé qu’une rencontre était également prévue avec Donald Trump à la Maison-Blanche qu’un peu moins de 12 heures avant le début de celle-ci.

Les négociations ont duré 40 minutes, rapporte le MID. Le mois dernier, au Kremlin, Vladimir Poutine s’était entretenu près de deux heures avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson.

Le président Trump a qualifié sa rencontre avec le chef de la diplomatie russe de « très bonne », rapporte l’agence Bloomberg. Le dirigeant américain a également déclaré que « la terrible violence en Syrie » devait cesser, soulignant la nécessité d’un travail conjoint pour mettre fin au conflit dans ce pays. En particulier, insiste le communiqué de la Maison-Blanche cité par l’agence Reuters, la Russie doit absolument user de son influence sur le régime du président Bachar el-Assad, sur l’Iran et sur les forces agissant en Syrie.

Lavrov, Trump et Tillerson ont également évoqué la question de la création de zones de sécurité en Syrie et la possibilité d’une coopération russo-américaine en la matière. Le ministre russe a affirmé que Moscou et Washington avaient actuellement « trouvé un accord sur le plan conceptuel » sur cette question, notamment concernant les limites territoriales de ces zones. « Nous avons confirmé aujourd’hui notre intérêt à voir les États-Unis jouer le rôle le plus actif dans ces questions. Il me semble que les Américains y ont aussi intérêt, au moins en ce qui concerne la zone de désescalade sud », a déclaré Sergueï Lavrov, ajoutant que la Russie partait du principe que les États-Unis auraient l’initiative dans ce processus.

C’est lors des négociations d’Astana, les 2 et 3 mai derniers, que la Russie, l’Iran et la Turquie se sont entendus sur la nécessité de créer en Syrie ces « zones de désescalade ». Il est question de délimiter quatre secteurs préservés des combats et auxquels les organisations humanitaires auront librement accès. Ces zones seront fermées aux vols militaires et leur périmètre sera protégé par des groupes de soldats, dont la composition et les pouvoirs sont encore à déterminer.

Les discussions de mercredi ont également abordé le thème de l’Ukraine, a précisé Sergueï Lavrov. Donald Trump a insisté sur la nécessité d’exécuter les accords de Minsk, indique le communiqué de la Maison-Blanche. Le ministre russe a ajouté que la question des sanctions, en revanche, avait été laissée de côté. « Nous ne débattons pas des sanctions. Ce n’est pas notre problème, il s’agit de mesures unilatérales qui ont été prises à notre égard », a déclaré le ministre, réaffirmant la position russe.

Rencontre Lavrov Tillerson Maison Blanche
Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson. Crédits : MID Flickr

Un pas vers la normalisation

Selon Sergueï Lavrov, le dialogue entre la Russie et les États-Unis est aujourd’hui « libéré de la volonté d’idéologisation qui était caractéristique de l’administration Obama », et l’administration Trump – le président lui-même ainsi que son secrétaire d’État – est constituée de « gens d’action qui veulent trouver des accords ». « M. Trump a clairement confirmé son intérêt à établir des relations professionnelles, pragmatiques et mutuellement avantageuses ainsi qu’à résoudre les problèmes », a déclaré le ministre russe.

Toutefois, a laissé entendre le diplomate, il ne faut pas encore s’attendre à une évolution significative dans les relations russo-américaines. Sergueï Lavrov a expliqué que lundi, à New York, les adjoints des ministres des affaires étrangères russe et américain avaient passé en revue les relations bilatérales.

« Et il est clair que l’on n’est pas parvenu à résoudre tous les problèmes, et de loin. Je dirais même que le progrès est très modeste, a indiqué le ministre russe, ajoutant : On ne va pas solutionner toutes les difficultés en une séance. (…) Mais le souhait d’avancer dans cette direction est là, et c’est positif. » Un « souhait d’avancer » déjà évoqué par les deux parties à l’issue des négociations d’avril, à Moscou.

« Il a été renvoyé ? Vous plaisantez !? » – En marge de la rencontre, la réponse cinglante de Sergueï Lavrov aux questions des journalistes américains concernant le désormais ancien chef du FBI, James Comey.

Et nos datchas ?

Lavrov a en outre appelé ses interlocuteurs américains à résoudre la question des résidences russes de New York et du Maryland, que l’administration Obama a interdit à la Russie d’utiliser.

Pour mémoire, le 29 décembre dernier, le président sortant américain Barack Obama a introduit une série de nouvelles sanctions contre la Fédération de Russie : 35 diplomates russes ont été expulsés avec leurs familles, et les États-Unis ont bloqué l’accès aux deux « résidences secondaires » de la représentation permanente russe à New York et de l’ambassade russe à Washington. En réponse, le MID avait dénoncé une violation du droit international, affirmant que l’administration Obama avait procédé, en pratique, à une expropriation de biens d’État russes. Le président Poutine avait pourtant décidé de ne pas prendre de mesures réciproques – espérant, de l’avis des experts à l’époque, que la politique de Washington changerait radicalement après l’investiture de Donald Trump. Néanmoins, rien ou presque n’a changé depuis lors.

Selon les sources de Kommersant dans les cercles diplomatiques russes, la Maison-Blanche, récemment encore, a laissé entendre qu’elle serait prête à lever les dernières sanctions imposées par Obama à une condition : que le gouvernement russe accepte d’allouer une parcelle, à Saint-Pétersbourg, à la construction d’un nouveau et plus imposant complexe de bâtiments pour le consulat américain. L’État russe avait donné cette autorisation en 2014, mais s’était ensuite rétracté, au plus fort de la crise dans ses relations avec l’Occident. À Moscou, on estime cette exigence de Washington infondée : « Ils veulent cette parcelle en échange de propriétés qui nous appartiennent déjà : ce serait une transaction inégale », estime un des interlocuteurs de Kommersant. Les autorités russes insistent pour que la question des propriétés d’ambassade bloquées se résolve « sans compensations artificielles ».

See you in July

Au terme des négociations avec le président américain, Sergueï Lavrov a enfin noté que les spéculations sur la prétendue influence de la Russie sur la politique intérieure américaine causaient du tort au système politique des États-Unis, et créaient également « un arrière-plan tout à fait anormal » pour les relations bilatérales entre les deux pays.

« Il est tout simplement humiliant pour le peuple américain, me semble-t-il, d’entendre dire que la politique intérieure de leur pays est dirigée par la Fédération de Russie », a-t-il déclaré.

Le chef de la diplomatie russe a en conclusion annoncé que la rencontre entre les présidents russe et américain se tiendrait lors du sommet du G20 à Hambourg, début juillet.

Traduit par Julia Breen

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