|  
37K Abonnés
  |   |  
Lavrov Tillerson

Rex Tillerson rencontre Lavrov et Poutine à Moscou dans un climat tendu

Mercredi 12 avril, le nouveau secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, a effectué sa première visite officielle à Moscou. Alors qu’elle devait servir de prélude à une interaction fructueuse entre les deux chefs d’État, la rencontre s’est déroulée dans une atmosphère tendue. Décryptage de Kommersant.

Rex Tillerson Lavrov
Rex Tillerson et Sergueï Lavrov à Moscou, le 12 avril. Crédits : MID/Flickr

À la veille de l’arrivée de Rex Tillerson à Moscou, les deux pays ont échangé de vifs reproches, dont le contenu a rappelé les pires moments de la présidence de Barack Obama. Donald Trump a qualifié le président syrien Bachar el-Assad, soutenu par la Russie, d’« animal », tandis que la Maison Blanche a publié un rapport concluant que les autorités russes avaient diffusé à dessin des informations contradictoires sur l’attaque chimique perpétrée dans la province syrienne d’Idleb.

Vladimir Poutine, de son côté, a affirmé que les frappes américaines contre la base aérienne militaire syrienne de Shayrat constituaient une « violation du droit international », et reproché aux alliés de Washington d’« acquiescer comme des andouilles » au lieu de fournir un jugement critique de la situation. Le vice-ministre russe de l’intérieur, Sergueï Riabkov, a enfin déclaré à la presse que le discours américain actuel sur la Syrie était « primaire et impertinent ».

Jusqu’au dernier moment, Vladimir Poutine a laissé planer le doute sur la question de savoir s’il recevrait, ou non, M. Tillerson.

Les médias américains étaient déjà prêts à annoncer que l’ancien dirigeant du géant énergétique américain ExxonMobil, qui a reçu en 2013 l’Ordre russe de l’Amitié des mains du président Poutine, serait le premier secrétaire d’État américain, depuis Cordell Hull (qui a occupé cette fonction de 1933 à 1944), à ne pas être reçu au Kremlin lors de sa première visite à Moscou. Le suspense n’a été levé que le mercredi 12 avril à 18h, lorsque le président russe a finalement accepté de rencontrer son hôte américain.

« Aucun rapprochement considérable »

La rencontre au sommet a duré près de deux heures, après quoi Rex Tillerson a encore discuté plusieurs heures avec son homologue Sergueï Lavrov. Selon des sources de Kommersant proches des cercles du pouvoir, les négociations ont porté principalement sur le dossier syrien. Toutefois, à en juger par les déclarations des ministres des affaires étrangères lors de leur conférence de presse conjointe, les deux pays ne sont parvenus à « aucun rapprochement considérable ».

Sergueï Lavrov a affirmé que la coalition internationale dirigée par les États-Unis n’avait « au fond, pas agi dans le respect de ses objectifs fondateurs : avant que les forces aériennes russes n’interviennent en Syrie, elle ne luttait pas de façon efficace, active et opiniâtre contre l’État islamique et le front al-Nosra. »

« Même après, sous la présidence d’Obama, la coalition américaine n’a frappé que quelques positions de l’EI et a toujours épargné le Jabhat al-Nosra, a poursuivi M. Lavrov. Nous soupçonnons fortement la coalition de continuer à ménager Nosra pour pouvoir, un jour, exécuter son plan B, qui consiste à tenter de renverser par la force le régime de Bachar el-Assad. » Le ministre a précisé que la Russie, quant à elle, « ne mis[ait] pas sur des personnalités », ajoutant que le renversement d’Assad pourrait entraîner une défaite dans la lutte contre les terroristes de l’EI.

Rex Tillerson, de son côté, a déclaré que « le régime d’Assad touch[ait] à sa fin » et que le dirigeant syrien « en [était] lui-même responsable ». « La Russie, en tant qu’allié le plus proche d’Assad, doit l’aider à admettre cet état de fait », a-t-il affirmé, ajoutant que le départ du président syrien devait avoir lieu « de manière organisée », dans le cadre d’un processus qui, a-t-il admis, prendrait du temps. Le secrétaire d’État américain n’a pas exclu la possibilité que Bachar el-Assad soit, par la suite, accusé de crimes de guerre et poursuivi en justice.

Les opinions des deux parties divergent également quant à l’attaque chimique du 4 avril dernier dans la province d’Idleb. Face à Sergueï Lavrov, qui a appelé à respecter le principe de présomption d’innocence en évitant de tirer des conclusions hâtives concernant la participation de Damas à l’organisation de l’attaque chimique jusqu’à la publication du rapport final des experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, Rex Tillerson a répété à plusieurs reprises, de son côté, que les États-Unis étaient convaincus que les autorités syriennes avaient « planifié et perpétré cette attaque ».

Le ministre russe, citant Vladimir Poutine, a également précisé que la Russie était prête à revenir sur sa décision de suspendre le mémorandum sur la prévention des incidents en Syrie, à condition que les États-Unis confirment que leur objectif est bien de lutter contre le terrorisme. Rappelons que Moscou a suspendu ce mémorandum à la suite des frappes américaines contre la base aérienne de Shayrat.

Outre le dossier syrien, les parties ont discuté de la situation en Corée du Nord (la Russie, tout comme les États-Unis, ne souhaitent pas que la péninsule ait le statut de puissance nucléaire et soutiennent une résolution pacifique du problème) et en Ukraine (les diplomates des deux parties prônent l’exécution des accords de Minsk). Elles ont également abordé la question de l’ingérence présumée de la Russie lors de la présidentielle américaine. Un journaliste de Kommersant lui ayant demandé de commenter l’affaire, Sergueï Lavrov a répondu que Washington n’avait fourni aucune preuve de l’implication de Moscou dans l’élection américaine par le biais de technologies informatiques, avant d’ajouter que la Russie était prête à coopérer avec les États-Unis dans le cyberespace.

« Soutien aux cercles d’affaires »

Par ailleurs, la Russie et les États-Unis se sont entendus pour soutenir les cercles d’affaires par des contacts directs – « afin de contrecarrer les tendances négatives dans les relations économiques ». Les deux pays ont notamment convenu de créer un groupe de travail chargé de résoudre aussi bien les problèmes apparus récemment que ceux hérités des périodes précédentes. Sergueï Lavrov a expliqué à Kommersant qu’il ne s’agissait pas de reprendre le travail de la commission présidentielle bilatérale, créée sous Barack Obama et Dmitri Medvedev, mais bien de mettre en place une structure nouvelle, au sein de laquelle des représentants des deux pays chercheront ensemble des issues à l’impasse où sont tombées les relations économiques russo-américaines.

Rex Tillerson a conclu son intervention en précisant que la question d’une levée des sanctions américaines à l’encontre de la Russie n’avait pas été abordée, Sergueï Lavrov ajoutant que Washington n’avait pas menacé Moscou de nouvelles sanctions.

« Nous sommes un pays très fort »

Lavrov Tillerson
Sergueï Lavrov et Rex Tillerson à Moscou. Crédits : MID/Flickr

Le président américain Donald Trump s’est félicité des résultats de la visite de Rex Tillerson en Russie. À l’en croire, le secrétaire d’État a accompli un « travail énorme » de promotion des « intérêts des États-Unis et de leurs alliés » dans la sphère de la sécurité. M. Trump a également fait remarquer que les négociations s’étaient mieux déroulées que prévu, exprimant l’espoir que les relations russo-américaines, qui « se trouvent peut-être à leur niveau historique le plus bas »,  s’améliorent dans l’avenir.

« Ce serait merveilleux si l’OTAN et notre pays réussissaient à s’entendre avec la Russie. Pour le moment, ce n’est pas du tout le cas », a observé Donald Trump lors d’une conférence de presse conjointe avec Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Alliance, à Washington. « Poutine est le dirigeant de la Russie, et la Russie est un pays fort. Nous, nous sommes un pays très fort. Nous verrons ce qu’il en ressort. Ce serait magnifique si nous étions en bons termes avec Poutine et la Russie. J’aimerais qu’on s’entende avec tout le monde, parce que le monde se trouve actuellement dans un état épouvantable », a conclu le président américain.

Traduit par Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Politique

Comment les discours de Lénine ont conquis les masses

En 1917, les bolchéviques n’ont pas fait que s’emparer de la Poste, du téléphone et du télégraphe, ils ont également conquis des millions de leurs concitoyens.

10 octobre 2017
Société

La tour Choukhov : « Ceci n’est pas de l’architecture constructiviste »

Construite au début des années 1920 par Vladimir Choukhov, la tour Choukhov se dresse dans le quartier de Chabolovka, dont elle est devenue partie intégrante

2 octobre 2017
International

La Russie et les États-Unis comptent créer une station spatiale autour de la Lune

« Les technologies mises au point pourront ensuite être utilisées sur la surface de la Lune et, plus tard, sur Mars »

28 septembre 2017
  1. Rex Tillerson, de son côté, a déclaré que « le régime d’Assad touch[ait] à sa fin » et que le dirigeant syrien « en [était] lui-même responsable ». « La Russie, en tant qu’allié le plus proche d’Assad, doit l’aider à admettre cet état de fait », a-t-il affirmé, ajoutant que le départ du président syrien devait avoir lieu « de manière organisée », dans le cadre d’un processus qui, a-t-il admis, prendrait du temps. Le secrétaire d’État américain n’a pas exclu la possibilité que Bachar el-Assad soit, par la suite, accusé de crimes de guerre et poursuivi en justice.

    JE CROIS QUE C’EST PLUTOT LE CONTRAIRE QUI VA SE PASSER.

Les commentaires sont fermés.