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Konstantin Dolgov : « Il n’y a aucune logique dans la position des Américains »

Konstantin Dolgov : « Il n’y a aucune logique dans la position des Américains »

La semaine dernière, le vice-secrétaire d’État américain Tom Malinowski a exprimé une série de violents reproches à l’adresse de la Russie en matière de droits de l’homme. Konstantin Dolgov, délégué pour les questions de droits de l’homme, de démocratie et de suprématie du droit auprès du ministère russe des affaires étrangères, a exposé à la journaliste de Kommersant Elena Tchernenko le regard russe sur ces questions.

Konstantin Dolgov. Crédits : Ury Martyanov/Kommersant
Konstantin Dolgov. Crédits : Youri Martyanov/Kommersant

Kommersant : Votre homologue américain, Tom Malinowski, s’est plaint à Kommersant du fait que « dans les conditions actuelles d’offensive sans compromis contre la pensée non-conformiste en Fédération de Russie », il était « difficile » pour Washington de mener le dialogue sur les droits de l’homme. Moscou est-elle prête à un tel dialogue ?

Konstantin Dolgov : Nous sommes ouverts à un dialogue égalitaire, constructif et professionnel sur la problématique des droits de l’homme et de la suprématie du droit avec tous les pays, y compris les États-Unis. Nous ne nous sommes jamais fermés au dialogue avec les Américains, et nous n’en avons pas l’intention. Nous l’avons répété plusieurs fois. Ce sont les États-Unis qui ont décidé de geler l’activité de la commission présidentielle bipartite (notamment du groupe de travail sur la société civile). Nous ne l’avions pas caché à l’époque et nous restons sur cette position aujourd’hui : nous estimons que c’était une décision nuisible. Ce groupe avait été créé pour contribuer au dialogue entre les sociétés de nos pays sur les problématiques humanitaires et des droits de l’homme. Les sociétés civiles veulent communiquer entre elles – et elles le font, d’une façon ou d’une autre. Mais au niveau gouvernemental, nous avons désormais beaucoup moins de possibilités de les y aider.

Les Américains affirment vouloir le développement de la société civile russe. Mais dans ce cas, il serait logique de poursuivre le dialogue. Pourtant, l’administration américaine conduit une politique diamétralement opposée. Ainsi, M. Malinowski essaie aujourd’hui de faire porter la faute à l’innocent. Cette position est intenable.

K. : Le Département d’État américain justifie le refus du dialogue au niveau officiel par le fait que les autorités russes font pression sur la société civile.

K.D. : Je le répète encore une fois : il n’y a aucune logique dans la position des Américains. Si l’on veut contribuer au développement de la société civile et au dialogue entre nos sociétés civiles, il faut travailler dans le format qui a été créé spécialement pour cela. Mais ce sont eux-mêmes qui ont détruit ce format.

À vrai dire, ils ont détruit l’ensemble des formats d’interaction qui existaient sur les questions humanitaires et des droits de l’homme. Notamment – et contrairement à ce que vous a dit Tom Malinowski –, les États-Unis refusent absolument tout contact avec nous sur la question des enfants. Nous espérons, Pavel Astakhov [délégué pour les droits de l’enfant, ndlr] et moi, nous rendre très bientôt aux États-Unis dans le cadre d’une délégation intergouvernementale spécialisée. Il nous reste énormément de problèmes à régler concernant les enfants russes adoptés par des Américains. Et plus généralement, sur le thème de l’enfance, nous avons beaucoup de choses à débattre avec les Américains : protection contre l’information nocive sur Internet, lutte contre l’exploitation du travail enfantin, existence d’une « bourse aux enfants » online aux États-Unis, pédophilie, etc.

Je vous le dis : une masse de problèmes. Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est l’absence d’avancées, du côté américain, dans la sphère de la protection des droits légaux et des intérêts des enfants adoptés originaires de Russie. Voilà des années qu’on ne nous fournit pas d’informations, relativement aux demandes officielles du Parquet général et du Comité d’enquête de la Fédération, sur les cas d’enfants morts sous les coups de leurs parents adoptifs américains.

K. : Quelles questions la Russie pourrait-elle avoir à poser aux Américains, alors qu’elle a elle-même interdit il y a deux ans l’adoption d’enfants russes par des parents américains, et abandonné le mécanisme qui avait été élaboré pour protéger ces enfants ?

K.D. : Nous n’avons rien abandonné. Une loi a été adoptée [la « loi Dima Iakovlev », ndlr], qui interdit de nouvelles adoptions par des citoyens américains. Je ne reviendrai pas en détails sur les raisons qui ont motivé cette interdiction, elles sont bien connues : c’est, en premier lieu, l’existence de graves problèmes, la négligence…

K. : La raison, c’était la « loi Magnitski » américaine.

K.D. : Non. C’était l’accumulation de problèmes. Nous n’avons jamais dit qu’il s’agissait d’une réponse à la « loi Magnitski ».

K. : Mais c’était précisément une réaction à cette loi : c’est une évidence pour tout le monde.

K.D. : C’est comme ça que certains observateurs l’ont interprétée : et il s’agit de leur responsabilité. Nous avons toujours souligné que le motif premier de cette interdiction était que les autorités américaines ne remplissaient pas leurs engagements, notamment ceux pris dans le cadre de l’Accord bilatéral de collaboration dans le domaine de l’adoption d’enfants.

Si nous avons mis fin aux adoptions, c’est pour les enfants.

K. : Cet accord est entré en vigueur le 1er novembre 2012 : c’est-à-dire qu’il a fonctionné deux mois seulement jusqu’à l’adoption de la loi interdisant les adoptions. Et ensuite, une crise est survenue dans les relations russo-américaines – une crise dont les enfants ont été les victimes.

K.D. : Malheureusement, même au cours de ces deux mois, on a vu s’accumuler une masse de problèmes. Nous avons eu connaissance de nouveaux cas absolument révoltants de meurtres d’enfants originaires de Russie. Et les parents coupables de ces morts ont été condamnés à des peines tout simplement ridicules – de six mois de prison. Si nous avons mis fin aux adoptions, c’est pour les enfants – pas pour Magnitski. La réponse à la loi Magnitski, nous l’avons donnée séparément – et nous l’avons exprimée clairement.

K. : Et aujourd’hui, qu’attendez-vous des Américains sur la question des enfants ?

K.D. : Ils se soustraient à leurs obligations directes. Et ces obligations sont plus larges que celles liées à l’accord dont j’ai parlé. Nous sommes aussi liés par une Convention consulaire et toute une série d’autres ententes. Enfin, les autorités américaines doivent répondre des adoptions réalisées avant l’interdiction. Nous attendons toujours plus de mille rapports sur la vie d’enfants adoptés, qu’ils auraient dû, en principe, fournir aux organismes russes compétents [le ministère russe de l’éducation et des sciences, ndlr]. Ils ont cessé, proprement dit, de nous faire parvenir ces rapports, prétextant qu’il n’y avait pas d’accord et qu’ils ne savaient pas où les envoyer. Ce sont des excuses très faibles : envoyez-les là où vous les envoyiez avant !

K. : Et s’ils envoient tous ces rapports et ôtent à Moscou toutes ses autres inquiétudes, les autorités russes pourraient-elles envisager la possibilité de lever l’interdit sur l’adoption ?

K.D. : Eh bien, aucune décision n’est inchangeable. Si nos griefs légaux sont pris en compte par les Américains, nous aurons des raisons d’envisager différentes options pour renforcer notre collaboration sur ces questions. Mais pour l’heure, malheureusement – et je suis en contact permanent avec le Comité d’enquête, le Parquet, le ministère de l’éducation et des sciences et M. Pavel Astakhov -, il n’y a aucune avancée, dans aucun domaine. Au contraire, les problèmes s’accumulent.

Konstantin Dolgov : « Il n’y a aucune logique dans la position des Américains ». Crédits : fakti.org
Konstantin Dolgov. Crédits : fakti.org

K. : Le Département d’État a souligné qu’au cours des 20 années ayant précédé cette interdiction, environ 60 000 enfants originaires de Russie avaient été adoptés par des familles américaines – et que dans la majorité absolue de ces cas, il n’y avait eu aucun problème…

K.D. : Les cas de problèmes sont très nombreux. Plus de 20 cas de morts d’enfants russes adoptés ont pu être confirmés avec l’aide des médias et des organisations de défense des droits de l’homme. Et c’est sans compter les cas qui ne nous sont pas connus. Car ne l’oubliez pas : les enfants russes adoptés aux États-Unis acquièrent de nouveaux noms et prénoms. Ces 20 cas que j’ai mentionnés : c’est seulement ce que nous savons. Et c’est déjà énorme. C’est du jamais vu – dans aucun pays du monde. Aucun. Alors que les autres pays ne sont pas moins concernés par ces adoptions : prenez la France, l’Italie, l’Espagne. Il y a eu des cas très peu nombreux de morts d’enfants russes dans ces pays, mais leurs autorités nous en ont informé immédiatement, elles ont interagi honnêtement avec les structures judiciaires russes et, finalement, elles ont condamné les coupables de façon adéquate. Mais avec les Américains, nous rencontrons des problèmes systématiques. Et cette fois encore, ils refusent d’accueillir notre délégation. À propos de cette visite que nous voulons effectuer avec M. Astakhov, nous avons été informés que les personnalités américaines officielles refuseraient de nous rencontrer.

K. : Quand vous l’a-t-on dit ?

K.D. : Il y a un mois environ.

K. : Et comment cette annonce a-t-elle été justifiée ?

K.D. : Ils ont dit que puisqu’il n’y avait pas d’accord, il n’y avait pas de raison que les représentants des organismes étatiques américains nous rencontrent.

K. : Il n’y a effectivement pas d’accord…

K.D. : Non, mais il y a un problème. Tom Malinowski a bien déclaré que les États-Unis étaient prêts au dialogue, non ? Eh bien, nous le proposons, ce dialogue. Pour ça, il ne faut pas obligatoirement un accord. Toutes les questions ne peuvent pas être résolues dans le cadre de la Convention consulaire. Si les Américains n’ont rien à craindre, pourquoi refuser le dialogue aujourd’hui ? D’autant plus que nous avions un dialogue. Et je ne peux pas dire qu’il était improductif : nous avons eu un certain nombre de rounds de négociations inter-départements. Nous, nous sommes pour le résultat.

K. : Dans ce cas, pourquoi la Russie a-t-elle refusé le dialogue à l’époque ?

K.D. : Mais nous n’avons rien refusé. Nous avons, au contraire, proposé de maintenir ce dialogue – et c’est ce que nous continuons de faire.

K. : C’est tout de même sur une initiative russe que l’accord a été suspendu.

K.D. : L’accord a cessé de fonctionner pour les raisons que j’ai déjà évoquées. Nous n’en sommes pas les coupables. Mais le dialogue avait lieu avant l’accord, et il doit avoir lieu quoi qu’il arrive.

Les Etats-Unis nous menacent.

K. : Revenons aux reproches américains concernant les violations des droits de l’homme en Russie.

K.D. : Leur position est intenable. L’interview de M. Malinowski ainsi que tous les commentaires récents du Département d’État américain, notamment dans l’affaire Savtchenko, ne sont qu’une énième tentative d’ingérence grossière dans les affaires intérieures de la Fédération de Russie.

K. : Pourtant, du point de vue des normes internationales, critiquer la situation en matière de droits de l’homme dans tel ou tel pays n’est pas considéré comme de l’ingérence.

K.D. : La critique, non. Mais ils ne se contentent pas de critiquer ! Ils avancent des exigences à l’adresse de la police et de la Justice russes. Et je ne parle pas seulement de l’affaire Savtchenko. Les Américains exigent que nous abolissions la loi sur les ONG, celle sur la lutte contre l’extrémisme et d’autres décisions. Et avec ça, les États-Unis ne se contentent pas d’avancer des exigences, ils menacent ouvertement, si ces exigences ne sont pas satisfaites, de prendre contre la Russie des mesures limitatives. Prenez cette fameuse « loi Magnitski »…

K. : De nombreuses organisations internationales éminentes affirment aussi que la situation s’aggrave, actuellement, en matière de droits de l’homme en Russie : par exemple Human Rights Watch, Amnesty International…

K.D. : Il faut se demander qui parle, concrètement, et de quoi. En lisant les rapports de Human Rights Watch et Amnesty International sur la Russie, on en vient à se demander si ces gens n’écrivent pas tout simplement exactement les mêmes choses d’une année sur l’autre…

K. : Mais vous vous servez vous-même des données de ces organisations quand vous critiquez la situation en matière de droits de l’homme en Occident.

K.D. : Bien sûr, nous nous en servons. C’est ce que font tous les pays, si les données en question possèdent de réels fondements. Mais nous vérifions toujours les faits. De plus, nous menons un dialogue constant avec les représentants de ces organisations. Nous n’évitons pas le débat et nous sommes prêts à fournir des explications. Mais nous attendons un traitement plus juste et, surtout, une évaluation impartiale de la situation en matière de droits de l’homme dans notre pays. Il y a des problèmes, il y en a partout. Mais dire qu’il y en a plus qu’avant en Russie, c’est une évaluation illégitime et politisée, et un stéréotype. Je le souligne encore une fois : il y a des problèmes dans tous les pays. Je pourrais vous parler de la situation en matière de droits de l’homme aux États-Unis.

K. : Est-ce qu’on y lynche les Noirs ?

K.D. : Il y a effectivement des problèmes de racisme, oui. Le ministère américain de la justice a annoncé il y a quelques jours que la police de Ferguson avait commis des actes présentant des signes de racisme.

DOLGOV Константин
Konstantin Dolgov. Crédits : sdelanounih.ru

K. : Et quand la Russie émet des critiques, ce n’est pas de l’ingérence dans les affaires intérieures des États-Unis ?

K.D. : Non, parce que nous n’exigeons pas que les Américains changent telle ou telle loi ou pratique judiciaire. Nous disons que les autorités américaines doivent s’occuper sérieusement des problèmes de violations des droits de l’homme aux États-Unis, nous disons qu’ils doivent enfin fermer cette prison honteuse à Guantanamo. Mais les diplomates de notre représentation à Washington ne vont pas au Département d’État afin d’expliquer aux Américains comment ils doivent modifier leurs lois. Alors que les Américains le font constamment.

Cette affaire Savtchenko, par exemple. Enfin, c’est de l’ingérence grossière dans nos affaires ! Nadejda Savtchenko est accusée de choses graves, une enquête est en cours, un procès se prépare. Ce sont les juges qui décideront de tout : si elle est coupable, elle sera punie, si elle ne l’est pas, elle sera relâchée. C’est une procédure civilisée normale. Mais on nous dit « Libérez-la immédiatement ! » Et avec ça, c’est tout juste si elle n’est pas présentée comme une combattante pour les droits de l’homme, voire contre la guerre – alors que nous possédons des informations prouvant le contraire.

Concernant la loi sur les ONG, le président russe y a déjà apporté certaines modifications. Cette décision a été précédée par une analyse interdépartementale et des recommandations du Conseil présidentiel pour les droits de l’homme. Le président a déclaré qu’il y aurait peut-être d’autres précisions à cette loi dans l’avenir – ce sont des processus normaux. Mais ce sont nos processus intérieurs.

À propos, il n’y a pas, en Amérique, d’organe consultatif sur les droits de l’homme auprès du président. À la différence de la Fédération de Russie. Et le Conseil présidentiel russe pour les droits de l’homme publie annuellement des rapports extrêmement critiques, sur la base desquels sont ensuite donnés les ordres nécessaires. Le président russe donne des ordres à l’issue de chacune de ses rencontres avec les défenseurs des droits de l’homme. Comment les Américains peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de dialogue entre les autorités et la société civile en Russie ? Je souhaite aux États-Unis de parvenir à ce niveau de dialogue tel que le président donne des ordres à son administration et à ses ministres à l’issue de chacune de ses rencontres avec les défenseurs des droits de l’homme. C’est étrange, mais je n’ai pas souvenir que M. Obama ou quelqu’un avant lui : a) ait rencontré régulièrement les défenseurs des droits de l’homme et b) ait donné des ordres correspondants à l’issue de toutes ces rencontres. Qu’il donne l’ordre, par exemple, de fermer la prison de Guantanamo, ou de punir en justice les agents des services spéciaux impliqués dans des actes barbares de torture sur des détenus dans des prisons à l’étranger…

K. : Passons à un autre thème : la vice-secrétaire d’État américaine Victoria Nuland a menacé la Russie de nouvelles sanctions, si l’enquête sur l’assassinat de Boris Nemtsov n’était pas menée convenablement.

K.D. : Je me contenterai ici de citer le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a récemment déclaré qu’il était inadmissible de politiser cette tragédie.

K. : Enfin, le directeur du Comité d’enquête de la Fédération a tout de même immédiatement parlé de « victime sacrale », soit, en d’autres termes, d’une possible implication de l’opposition dans l’affaire. Et certains députés de la Douma fédérale ont dit que l’assassinat avait pu être organisé par les Américains ou les Ukrainiens. Est-ce que ce n’est pas de la politisation ?

K.D. : En tant que délégué du ministère de l’intérieur, je ne peux pas et je n’ai pas l’intention de commenter les déclarations de nos responsables politiques… Dans le même temps, on ne peut pas qualifier autrement que de perverse la réaction de certains politiciens occidentaux. Le président russe a donné une appréciation extrêmement précise de cette tragédie. Toutes les conditions sont réunies pour que l’enquête soit menée avec professionnalisme et que les coupables soient conduits devant la justice et punis. C’est un processus intérieur normal. Mais en Occident, on essaie d’en faire un nouvel instrument de pression sur la Russie.

K. : Une question sur l’Ukraine, à présent : Moscou va-t-elle réagir par la réciproque à l’introduction par Kiev de sévères limitations au travail des médias russes en Ukraine ?

K.D. : Ces limitations sont évidemment une absurdité et une honte. Tom Malinowski vous a parlé des violations des droits des journalistes en Fédération de Russie, mais les États-Unis ne font rien pour, disons, brider les autorités ukrainiennes, pour les inciter à adopter une approche responsable et à respecter les engagements internationaux de l’Ukraine. Les Européens, au fond, ne font rien non plus. Il n’y a eu que la réaction faible, au minimum peu compréhensible, de la représentante de l’OSCE pour la liberté des médias [qui a qualifié le geste de Kiev de « démesuré », ndlr].

K. : Et donc, la Russie va-t-elle réagir par la réciproque ?

K.D. : Sur ce problème et sur toutes les autres questions, nous travaillons sur la stricte base du droit international. Nous n’enfreignons aucune norme internationale. C’est notre position de principe. Nous avons toujours dit qu’il ne servait à rien de nous pousser à des agissements illégaux – nous n’en ferons rien. Les journalistes ukrainiens travaillaient et travaillent en Russie sur des bases légales.

K. : Et ils continueront d’y travailler ?

K.D. : Comme le font tous les autres médias accrédités en Russie et qui n’enfreignent ni la loi russe ni nos obligations internationales.

K. : C’est-à-dire qu’il ne faut pas s’attendre à des mesures réciproques ?

K.D. : Nous ne réagissons jamais par des méthodes illégales aux méthodes illégales qui sont employées contre nous. C’est notre position de principe.

K. : Pourtant, la Russie a bien introduit des « listes noires » en réponse à la « liste Magnitski », et réagi par un embargo alimentaire aux sanctions occidentales…

K.D. : Sur les sanctions, nous nous sommes déjà expliqués. Et le problème des listes, ce n’est absolument pas notre choix.

K. : Quoi qu’il en soit, on ne peut pas dire que nous ne réagissons pas à ce genre de mesures.

K.D. : Les limitations et l’interdiction sur l’entrée de citoyens étrangers sur le territoire d’un pays relèvent de la décision souveraine de chaque État.

K. : Mais vous continuez de qualifier d’illégaux les agissements des États-Unis.

K.D. : Nous disons que ces décisions sont illégales quand elles ont une composante extraterritoriale, comme dans le cas des sanctions américaines. Les États-Unis contraignent des États tiers à agir en accord avec leurs décisions et leurs lois. C’est illégal, indéniablement. Concernant l’interdiction d’entrée, chaque État décide effectivement par lui-même de qui laisser entrer ou non, parmi les citoyens étrangers, sur son territoire. C’est une pratique internationale. Mais quand cela prend les traits d’une campagne politique, quand on commence d’inscrire aux listes noires des acteurs culturels, artistiques, scientifiques – sans distinction – parce qu’ils défendent telle ou telle position citoyenne, c’est une autre histoire. Ça, c’est déjà de la politisation – et absolument inadmissible.

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Nous avons dit à plusieurs reprises que nous étions contre les listes noires, quelles qu’elles soient. Mais malheureusement, nous sommes contraints de réagir aux actes qui nous visent. Dans le même temps, si on analyse nos mesures de réponse, on constate qu’elles ne contiennent rien qui enfreindrait même une seule obligation internationale de la Russie. Enfin, si nos mesures de réponse déplaisent à quelqu’un, je vous propose de revenir sur les raisons qui ont conduit à leur adoption. Ce n’est pas nous qui les avons introduites les premiers.

 le quotidien KommersantFondé en 1990, le quotidien Kommersant a révolutionné le journalisme en Russie. Son créateur, Vladimir Yakovlev, a su concevoir une nouvelle façon de couvrir l’actualité – précise, concise, impartiale et exhaustive, qui contrastait avec l’approche soviétique où le « je » de l’auteur était toujours présent. Le quotidien a formé une pléiade de journalistes éminents, dont Olga Allenova, Andreï Kolesnikov, Valeriï Paniouchkine, Oleg Kachine, Grigoriï Revzine. Depuis 2008, Kommersant appartient au milliardaire russe d’origine ouzbèke Alicher Ousmanov.
  1. Est-ce que cela va cesser toutes ces critiques contre la Russie – y-en-a-marre a la fin – les USA se melent de tout et devraient regarder chez eux – les problemes des noirs, leurs pauvres etc… Monsieur Poutine a de la patience – il semblerait que les USA veulent mettre la planete à feu et à sang etc…
    La russie fait partie du continent europeen pas les USA et l’union europeenne devrait lever les sanctions et ne pas etre les vassaux de Mr Obama j’aurai toutjours de l’admiration pour la Russie ou sovietiques qui ont paye un lourd tribut lors de la seconde guerre mondiale

  2. Les Usa qui osent parler des Droits de l´Hommes, pays oú presque chaque jour les noirs sont assassinés á cause de la couleur de leur peau, pays qui a génocidé les Indiens et le reste des Idiens vivent dans des réserves comme des animaux, pays qui va de continent en continent détruire d´autres pays qui ne les ont rien fait et s´accaparer de leurs richesses, en 239 années d´existence des Usa, 222 de guerres et seulement 17 ans de Paix, et osent parler des Droits de l´homme.

  3. Les réponses de M. Dolgov révèle une extension de la propagande du Kremlin. En bref, les USA sont les grands responsables des problèmes en Russie. Nous, les bons dirigeants russes, nous sommes les victimes des mauvais américains et autres occidentaux. Des propos réducteurs à souhait. À l’époque soviétique on retrouvait les mêmes jérémiades dans la presse du KREMLIN. Dans un futur rapproché, je doute que les citoyens russes continuent de croire à cette dialectique. Un jour l’opposition citoyenne aura sa place dans les médias de masse de la Russie. D’autres Nemtsov surgiront et y travailleront. Interdire aux opposants politiques l’accès aux médias de l’État est un geste politique de courte de vue probablement alimenté par la peur. Non seulement elle a pour effet de montrer les opposants au régime tels des traitres à la patrie, mais prive la société civile d’échanges d’opinons, de débats essentiels au sein de cette société .Au surplus, ces opposants, très souvent, peuvent très bien devenir des interlocuteurs essentiels lors de fortes perturbations sociales. Tiré de Courrier international:
    « En privant l’opposition de ses leaders, le pouvoir se place dans une situation très difficile, estime pour sa part l’expert Nikolaïi Petrov cité par la Nezavissimaïa Gazeta. Car, en cas de confrontation, il n’y aura pas de négociateurs, comme aurait pu l’être Nemtsov. Et cela peut engendrer une situation de chaos en cas de fortes protestations. » Vous voyez M. Dolgov, qu’à cet égard,c’est pas la faute des américains.

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