Konstantin Dolgov : « Il n’y a aucune logique dans la position des Américains ». Crédits : facebook.com

Konstantin Dolgov : « Il n’y a aucune logique dans la position des Américains »

La semaine dernière, le vice-secrétaire d’État américain Tom Malinowski a exprimé une série de violents reproches à l’adresse de la Russie en matière de droits de l’homme. Konstantin Dolgov, délégué pour les questions de droits de l’homme, de démocratie et de suprématie du droit auprès du ministère russe des affaires étrangères, a exposé à la journaliste de Kommersant Elena Tchernenko le regard russe sur ces questions.Kommersant : Votre homologue américain, Tom Malinowski, s’est plaint à Kommersant du fait que « dans les conditions actuelles d’offensive sans compromis contre la pensée non-conformiste en Fédération de Russie », il était « difficile » pour Washington de mener le dialogue sur les droits de l’homme. Moscou est-elle prête à un tel dialogue ?Konstantin Dolgov : Nous sommes ouverts à un dialogue égalitaire, constructif et professionnel sur la problématique des droits de l’homme et de la suprématie du droit avec tous les pays, y compris les États-Unis. Nous ne nous sommes jamais fermés au dialogue avec les Américains, et nous n’en avons pas l’intention. Nous l’avons répété plusieurs fois. Ce sont les États-Unis qui ont décidé de geler l’activité de la commission présidentielle bipartite (notamment du groupe de travail sur la société civile). Nous ne l’avions pas caché à l’époque et nous restons sur cette position aujourd’hui : nous estimons que c’était une décision nuisible. Ce groupe avait été créé pour contribuer au dialogue entre les sociétés de nos pays sur les problématiques humanitaires et des droits de l’homme. Les sociétés civiles veulent communiquer entre elles – et elles le font, d’une façon ou d’une autre. Mais au niveau gouvernemental, nous avons désormais beaucoup moins de possibilités de les y aider.Les Américains affirment vouloir le développement de la société civile russe. Mais dans ce cas, il serait logique de poursuivre le dialogue. Pourtant, l’administration américaine conduit une politique diamétralement opposée. Ainsi, M. Malinowski essaie aujourd’hui de faire porter la faute à l’innocent. Cette position est intenable.K. : Le Département d’État américain justifie le refus du dialogue au niveau officiel par le fait que les autorités russes font pression sur la société civile.K.D. : Je le répète encore une fois : il n’y a aucune logique dans la position des Américains. Si l’on veut contribuer au développement de la société civile et au dialogue entre nos sociétés civiles, il faut travailler dans le format qui a été créé spécialement pour cela. Mais ce sont eux-mêmes qui ont détruit ce format.À vrai dire, ils ont détruit l’ensemble des formats d’interaction qui existaient sur les questions humanitaires et des droits de l’homme. Notamment – et contrairement à ce que vous a dit Tom Malinowski –, les États-Unis refusent absolument tout contact avec nous sur la question des enfants. Nous espérons, Pavel Astakhov [délégué pour les droits de l’enfant, ndlr] et moi, nous rendre très bientôt aux États-Unis dans le cadre d’une délégation intergouvernementale spécialisée. Il nous reste énormément de problèmes à régler concernant les enfants russes adoptés par des Américains. Et plus généralement, sur le thème de l’enfance, nous avons beaucoup de choses à débattre avec les Américains : protection contre l’information nocive sur Internet, lutte contre l’exploitation du travail enfantin, existence d’une « bourse aux enfants » online aux États-Unis, pédophilie, etc.Je vous le dis : une masse de problèmes. Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est l’absence d’avancées, du côté américain, dans la sphère de la protection des droits légaux et des intérêts des enfants adoptés originaires de Russie. Voilà des années qu’on ne nous fournit pas d’informations, relativement aux demandes officielles du Parquet général et du Comité d’enquête de la Fédération, sur les cas d’enfants morts sous les coups de leurs parents adoptifs américains.K. : Quelles questions la Russie pourrait-elle avoir à poser aux Américains, alors qu’elle a elle-même interdit il y a deux ans l’adoption d’enfants russes par des parents américains, et abandonné le mécanisme qui avait été élaboré pour protéger ces enfants ?K.D. : Nous n’avons rien abandonné. Une loi a été adoptée [la « loi Dima Iakovlev », ndlr], qui interdit de nouvelles adoptions par des citoyens américains. Je ne reviendrai pas en détails sur les raisons qui ont motivé cette interdiction, elles sont bien connues : c’est, en premier lieu, l’existence de graves problèmes, la négligence…K. : La raison, c’était la « loi Magnitski » américaine.K.D. : Non. C’était l’accumulation de problèmes. Nous n’avons jamais dit qu’il s’agissait d’une réponse à la « loi Magnitski ».K. : Mais c’était précisément une réaction à cette loi : c’est une évidence pour tout le monde.

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Traduit par Julia Breen

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