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Haut-Karabagh : un conflit longtemps redouté

Haut-Karabagh
Un conflit longtemps redouté

Erevan, le 27 septembre 2020. Rassemblement de volontaires partant pour le Haut-Karabagh.
Photo : Melik Baghdasaryan/Photolure/TASS

Moscou et les Occidentaux ont appelé au calme après la brusque flambée de violence de ces derniers jours dans le Haut-Karabagh. Dans une analyse pour le centre Carnegie de Moscou, le politologue Sergueï Markedonov, spécialiste du Caucase, craint que la situation ne dérape.

Il y a longtemps qu’en Azerbaïdjan comme en Arménie, on ne s’embarrasse plus de circonlocutions et que l’on parle de « ligne de front » à propos de la zone de contact entre les positions militaires des deux pays au Haut-Karabagh. Toutefois, l’actuel regain de tension dépasse le cadre habituel. Les rares informations disponibles font état d’hélicoptères et de drones abattus, de tirs de missiles, de victimes civiles…  

Le degré de violence actuel excède celui observé lors de la guerre d’avril 2016. La capitale du Haut-Karabagh, Stepanakert, avait alors été épargnée. Pas cette fois. Bakou et Erevan ont même décrété la loi martiale. 

À certains égards, cette situation n’a rien d’inattendu. En juillet dernier, des accrochages entre forces armées arméniennes et azerbaïdjanaises avaient eu lieu, non pas dans la zone de contact mais à la frontière entre les deux pays. Depuis, le conflit semblait en suspens…

Les Azerbaïdjanais n’ont jamais exclu qu’un règlement du conflit passe par une guerre ouverte.

Cette fois, l’habituel « balancier », faisant alterner négociations et échauffourées, n’a pas fonctionné. En 2016, au bout de cinq jours de guerre, les diplomates des deux camps s’activaient déjà. Rien de ce genre cet été. 

Certes, il convient de ne pas occulter les efforts de Moscou, visant à réfréner les ardeurs militaires des deux camps. Sur ce dossier, son ministère des Affaires étrangères était épaulé par la Défense [la Russie fournit des armes tant à l’Arménie qu’à l’Azerbaïdjan, ndt]. Les Occidentaux, de même que les belligérants, avaient d’ailleurs approuvé la médiation russe. Néanmoins, les pourparlers n’avaient pas repris. Officiellement, l’épidémie de Covid-19 empêchait les émissaires de se rencontrer. Un argument fallacieux, Bakou et Erevan s’entretenant, dans le même temps, avec leurs autres partenaires étrangers. 

Durcissement des positions 

D’autres facteurs sont à l’œuvre dans l’escalade actuelle. Par exemple, l’intensification de l’activité turque. Cet été, Bakou et Ankara ont procédé à des exercices militaires communs. La Turquie souligne à l’envi l’« inefficacité » du processus de paix. Dans un discours prononcé à l’occasion de la 75e Assemblée générale des Nations unies, son président, Recep Tayyip Erdoğan, a même qualifié l’Arménie de principal obstacle à l’instauration d’une paix durable dans le Caucase du Sud. Cela ne signifie pas que la Turquie ait provoqué la reprise des combats, mais elle a indéniablement joué un rôle dans le durcissement de la position azerbaïdjanaise. 

Drapeaux azerbaïdjanais et turcs lors d’une manifestation contre l’Arménie à Istanbul, le 19 juillet 2020.
Photo : EPA/SEDAT SUNA

L’inflexion opérée par Bakou au niveau diplomatique est également liée à la démission, toujours en juillet, d’Elmar Mamediarov, ministre des Affaires étrangères depuis 2004, remplacé par son collègue de l’Éducation, Djeïkhoune Baïramov. Au-delà de l’inexpérience diplomatique du successeur, ce départ est celui d’un « optimiste », convaincu que le nouveau gouvernement en poste à Erevan depuis la « révolution de velours » de 2018 serait ouvert aux compromis. 

En effet, il y a deux ans, l’arrivée au pouvoir d’un Premier ministre, Nikol Pachinian, sans liens personnels avec le Haut-Karabagh [au contraire de son prédécesseur, Serge Sarkissian, né à Stepanakert, ndt] et supposé hostile au prétendu « clan du Karabagh » (si tant est que ce dernier existe), avait suscité l’espoir, à Bakou, d’un tournant dans les négociations et d’une résolution prochaine du conflit. Cette vision était d’ailleurs partagée par de nombreux diplomates et analystes occidentaux. Elle avait même cours en Arménie, où les opposants de M. Pachinian l’avaient vite qualifié de « vendu » et de « traître aux intérêts nationaux ». 

Si les diplomates ne reprennent pas bientôt la main, la situation risque d’échapper à tout contrôle.

En réalité, le nouvel exécutif arménien se montre encore plus intransigeant sur le dossier du Karabagh, tantôt exigeant la présence, à la table des négociations, d’émissaires de la petite république autoproclamée, tantôt déclarant que « le Karabagh, c’est l’Arménie ». Cette position n’a pas manqué de renforcer le crédit des « faucons » azerbaïdjanais, entraînant un durcissement de la ligne suivie par Bakou. Soit dit en passant, les Azerbaïdjanais se sont toujours estimés lésés par le statu quo actuel et n’ont jamais exclu qu’un règlement du conflit passe par une guerre ouverte. 

Jeux dangereux 

L’escalade actuelle est une conséquence directe du gel des négociations de paix. En près de trente ans de conflit, c’est la première fois que deux pics de violence se produisent en aussi peu de temps. La guerre de 2016 avait ainsi fait suite à quatre mois de calme. Cette fois, la situation est d’autant plus grave que les deux « péripéties » se déroulent sur une zone beaucoup plus vaste – qui dépasse la région du Haut-Karabagh. 

Soldats de l’armée de défense du Haut-Karabagh, le 11 avril 2016. Photo : RIA Novosti/RIA Novosti

Quelles peuvent en être les suites ? Le scénario le plus probable est une lutte territoriale marginale, visant à gagner quelques secteurs sans grand intérêt stratégique mais permettant de revendiquer la victoire et de se faire valoir auprès de l’opinion publique sur la scène intérieure. Cette stratégie, qui peut sembler infaillible en théorie, entretient en fait l’animosité mutuelle des belligérants, crée de nouveaux casus belli et repousse toujours plus loin la résolution du conflit. 

Dans le même temps, on ne peut exclure que ces opérations militaires soient des préalables à des négociations, servant à « justifier » par la force certaines revendications et à se placer dans une position dominante dès l’ouverture du dialogue. 

Quoi qu’il en soit, une chose est désormais claire : le facteur militaire joue un rôle croissant dans le règlement de la crise du Haut-Karabagh, et l’absence de discussions devient critique. Si les diplomates ne reprennent pas bientôt la main, le « balancier » risque de casser et la situation d’échapper à tout contrôle. 

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