L’éléphant russe, la baleine européenne et le tyrannosaure américain

L'éléphant russe,
la baleine européenne
et le tyrannosaure américain

Le 4 février dernier, lorsqu’un diplomate français constatait l’échec des tentatives visant à l'isolement de Moscou sur la scène internationale, la tentation était grande d’attribuer cette déclaration – en décalage avec la « ligne générale » suivie par les pays occidentaux – à la proverbiale passion française pour l’insoumission et pour les avis tranchés qui n’engagent que ceux qui les prononcent. Il n'en est rien.

Pour commencer, le diplomate en question n’est autre qu’Étienne de Poncins, ambassadeur de France en Ukraine. Or les diplomates en poste à Kiev adoptent généralement des positions extrêmement fermes à l’égard de Moscou tout en manifestant une loyauté sans faille à leurs hôtes. Ensuite, l’ambassadeur français ne s’est pas exprimé dans un cadre informel et discret, ses propos n’ont pas « fuité » dans la presse : au contraire, il les a formulés lors d’un entretien accordé à la télévision ukrainienne. En d’autres termes, Paris a envoyé un signal clair et fort à Kiev.

Ce n’est pas tout.

Le même jour, Emmanuel Macron se déclarait une nouvelle fois favorable à une reprise du dialogue avec la Russie dans le but de régler la crise ukrainienne. Là encore, le lieu choisi était significatif : le président français ne parlait pas depuis l’Élysée mais depuis Varsovie, où il tenait une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki. Dans le contexte de tensions qui caractérise actuellement les relations russo-polonaises, sa déclaration n’avait aucune chance de rencontrer un accueil chaleureux. M. Macron l’a pourtant faite.

Emmanuel Macron et Mateusz Morawiecki, le 4 février 2020. Photo : elysee.fr

De toute évidence, elle n’est le fruit ni du hasard ni de l’improvisation, mais donne au contraire le signal d’une réorientation de la politique étrangère française.

Enthousiasme sélectif

Pour être juste, il convient de souligner que, même au plus fort de la crise, il n’a jamais été sérieusement question – ni à Paris ni à Bruxelles – d’isoler entièrement Moscou.

Continuer de travailler avec la Russie sur les bases existantes, en fermant les yeux sur l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass, aurait été perçu comme une complaisance irresponsable de l’UE à l’égard de « l’attitude agressive du Kremlin ».

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