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Conflit en Ukraine : des négociations gelées

Conflit en Ukraine :
Des négociations gelées

Cyril Meyer est le pseudonyme d’un spécialiste des questions stratégiques qui a observé de près le processus de Minsk.

Après un sommet de Paris en demi-teinte, en décembre dernier, les dirigeants allemand, français, russe et ukrainien devraient se retrouver au printemps pour évoquer le conflit du Donbass. Sur le terrain, la situation est loin de s’améliorer.

Dans la matinée du 18 février dernier, dans l’est de l’Ukraine, des combats ont à nouveau éclaté entre séparatistes et gouvernementaux dans la zone de Zolotoïé et de Goloubovskoïé, à une cinquantaine de kilomètres de Lougansk. Des tirs d’artillerie et d’armes automatiques auraient fait un mort et six blessés côté loyaliste, quatre tués et quatre blessés côté séparatiste. Il est difficile de savoir qui a provoqué l’autre, les deux camps s’accusant mutuellement d’avoir voulu lancer une attaque. Au demeurant, malgré l’appel du sommet Normandie de décembre dernier à un cessez-le-feu complet dans le Donbass, il ne se passe pas un jour sans incident. Au 18 février, si l’on en croit les chiffres donnés par Kiev, 13 militaires loyalistes auraient été tués depuis le début de l’année et 52 blessés. Au moins 11 séparatistes auraient perdu la vie sur la même période.

L’impossible cessez-le-feu

Sur le plan sécuritaire, le 9 décembre, les dirigeants allemand, français, russe et ukrainien réunis à Paris avaient appelé le groupe de contact trilatéral (composé de négociateurs russes et ukrainiens, ainsi que de représentants de l’OSCE) à trouver un accord pour l’ouverture de nouveaux points de passage sur la ligne de contact, à relancer le processus de déminage et à réaliser le désengagement des forces armées en trois nouvelles zones avant la fin de mars. À la mi-février, après trois réunions du groupe de contact à Minsk, les parties s’étaient entendues sur une seule zone de désengagement, le point de passage de Gnoutovo, chacune s’étant contentée de propositions sans importance militaire ni humanitaire.

Pour mémoire, les trois zones évacuées à grand-peine l’année dernière avaient été identifiées trois ans auparavant et ne représentent guère que 12 kilomètres sur plus de 400. À ce rythme, l’objectif de désengagement complet ne sera pas atteint avant un siècle… Il aurait évidemment fallu envisager d’emblée un retrait des combattants sur toute la ligne de front, mais l’option, bien qu’étudiée par Kiev en amont du sommet, aurait été écartée, du fait du risque politique induit. En effet, cela reviendrait à abandonner les gains de la politique de grignotage de la zone grise, menée mezzo voce depuis 2016, comme l’a indiqué le ministre de l’Intérieur Arseni Avakov. Son collègue de la Défense, Andreï Zagorodniouk, a récemment répété ne pas souhaiter de désengagement sur toute la ligne de front,

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