Syrie : Moscou dans un nid de serpents

Ce mardi 22 octobre, le président turc Recep Tayyip Erdoğan était reçu par Vladimir Poutine à Sotchi. Les deux chefs d’État se sont notamment entendus sur un arrêt de l’opération turque en Syrie. En première ligne sur le front diplomatique, le président russe, souvent présenté comme le grand vainqueur du retrait américain du pays – voire comme un nouveau faiseur de rois au Moyen-Orient – marche en réalité sur des œufs.

Le 9 octobre 2019, Ankara lançait l’opération « Source de paix » : les chars turcs franchissent la frontière syrienne et occupent rapidement les principales villes de la région, Kobané, Ras al-Aïn, Tell Abyad, malgré la résistance des combattants kurdes. Vladimir Poutine réagit aussitôt, appelant ses partenaires turcs à « agir de manière mesurée afin de ne pas porter préjudice aux efforts communs mis en œuvre en vue d’un règlement de la crise syrienne ».

Le 10 octobre, l’armée de Bachar el-Assad, soutenue par son allié russe, se dirige vers le nord-est du pays, où les combats s’intensifient. Son but : reprendre les territoires occupés par les Kurdes.

Trois jours plus tard, les Turcs s’arrêtent devant Manbij : la ville est un avant-poste américain. Washington, alliée des Kurdes, dispose de deux bases militaires à proximité. Le lendemain, le chef d’État-major de l’armée russe, le général Valeri Guerassimov, reçoit un coup de téléphone de son homologue américain, le général Mark Milley : « Valeri, nous nous retirons [de la région]. J’ai donné l’ordre de ne pas gêner vos opérations. » L’armée russe prend alors possession de la ville, sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré.

Recep Tayyip Erdoğan et Vladimir Poutine à Sotchi, le 22 octobre 2019. Crédit : Mikhail Metzel / TASS

Le passage de témoin est moins fluide un peu plus au sud, à Al-Thawrah, où les Américains ont installé une base aérienne. Pendant sept heures, les Kurdes bloquent l’avancée des Russes, jusqu’à ce qu’un nouveau coup de fil de leur allié ne les fasse lever le camp. Le 22 octobre, des hélicoptères militaires russes se posent sur l’aérodrome. C’est la première fois dans l’histoire que le pays phare de l’OTAN transmet volontairement le contrôle de ses positions à son ennemi supposé,

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Boris Iounanov

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