Le torpillage des accords de Minsk sous l’ère Porochenko

Cyril Meyer est le pseudonyme d'un spécialiste des questions stratégiques qui a observé de près le processus de Minsk.

Avec l’invitation de Vladimir Poutine au fort de Brégançon, le 19 août dernier, et plus encore au travers des déclarations sans ambiguïté d’Emmanuel Macron sur la nécessité d’avoir une politique de la main tendue avec la Russie, lors de son remarquable discours aux ambassadeurs, le 27 août, il semble que la France ait décidé de reprendre la main sur la question ukrainienne. Il était temps, après un étonnant et regrettable immobilisme sur le sujet.

Il faut en effet noter que, sur la crise syrienne qui a mobilisé depuis près de huit ans des ressources politiques et diplomatiques françaises considérables, personne n’attend plus guère notre pays, alors que sur la crise ukrainienne, nettement plus importante pour l’avenir de notre continent, Paris a des responsabilités internationales éminentes, du fait du primat qui a été donné au couple franco-allemand pour trouver une issue aux démêlés russo-ukrainiens dans le cadre du format dit « Normandie ».

Genèse et portée des accords de Minsk

Au cœur de la résolution de la question ukrainienne, il y a l’application pleine et entière des accords de Minsk, considérés comme l’alpha et l’oméga de la sortie de crise, au moins dans le discours officiel. Il convient donc de revenir sur leur genèse et sur leur contenu.

Vers la fin de l’année 2014, les forces séparatistes mènent une série d’offensives, localisées essentiellement dans le nord-ouest du territoire qu’elles contrôlent. Non sans un coup de pouce russe, elles mettent en difficulté les troupes ukrainiennes, menacées d’encerclement dans le saillant de Debaltsevo qui, depuis l’été 2014, était comme un coin enfoncé dans leurs lignes entre les villes de Donetsk et de Lougansk.

Alexandre Loukachenko (Biélorussie), Vladimir Poutine (Russie), Angela Merkel (Allemagne), François Hollande (France) et Petro Porochenko (Ukraine), le 12 février 2015 à Minsk. Crédit : Kremlin.ru

Craignant que le conflit ne s’aggrave, Paris et Berlin obtiennent un sommet avec les chefs d’État russe et ukrainien à Minsk, le 12 février 2015. La réunion a lieu dans des circonstances difficiles pour Petro Porochenko, puisque ses forces viennent de subir une nouvelle défaite, après celle d’Ilovaïsk, l’été précédent. Ce n’est cependant que sous la pression de François Hollande et d’Angela Merkel qu’il se résout à signer le protocole qui lui est proposé, lors de négociations laborieuses.

Les treize points du document

Le document agréé comprend treize points, rédigés dans l’ordre suivant : 1/ cessez-le-feu immédiat et total au 15 février 2015 ; 2/ retrait des armes lourdes par les parties en conflit sous quatorze jours ; 3/ mise en place d’un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu et de retrait des armes lourdes sous l’égide de l’OSCE ; 4/ ouverture d’un dialogue sur la tenue d’élections locales en zone séparatiste, selon les modalités de la loi électorale ukrainienne, et adoption par le Parlement ukrainien d’un statut provisoire pour le Donbass sous trente jours ; 5/ promulgation d’une loi d’amnistie ; 6/ libération des prisonniers et otages selon le principe du « tous pour tous » ; 7/ aide humanitaire sur la base d’un mécanisme international ; 8/ restauration de tous les liens socio-économiques entre Kiev et les entités séparatistes ; 9/ rétablissement du contrôle ukrainien sur ses frontières, sous condition de réalisation des points 11 et 12, et en accord avec les autorités locales ; 10/ retrait de tous les groupes armés, armes et mercenaires du territoire ukrainien, désarmement des milices ; 11/ réforme constitutionnelle en Ukraine, avec la décentralisation des pouvoirs comme point focal, en accord avec les autorités locales de Donetsk et de Lougansk, avant la fin de l’année 2015 (il est précisé que ces régions bénéficieront de prérogatives particulières en matière linguistique et d’un certain degré de contrôle sur les autorités judiciaires et la police) ; 12/ tenue d’élections locales conformes à la loi ukrainienne sous contrôle de l’OSCE ; 13/ intensification des travaux du groupe de contact trilatéral comprenant des représentants de l’OSCE,

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Par Cyril Meyer

Dernières nouvelles de la Russie

Retour sur l’intervention russe en Syrie

Lorsque la Syrie est à son tour touchée par le « printemps arabe » et s’enfonce peu à peu dans la guerre civile, à partir de l’été 2011, Moscou craint que l'interventionnisme occidental n'entraîne une situation à la libyenne, susceptible de déstabiliser d'autres régions, y compris celles du sud de la Russie. Le Kremlin décide donc de soutenir Damas...

 

18 juillet 2019