Kim chez Poutine
pour oublier Trump

Le 25 avril dernier, à Vladivostok (capitale de la région du Primorié, dans l’Extrême-Orient russe), Vladimir Poutine recevait le dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un. Aucun accord concret n’a été conclu, aucune déclaration commune n’a été faite à l’issue de la rencontre. Les deux chefs d’État se sont contentés d’un – généreux – échange de compliments, le président russe qualifiant la conversation d’approfondie, et son hôte, de consistante.

Ces deux dernières années, les sources les plus fiables ont annoncé à quatre reprises « l'organisation imminente » d’une rencontre entre les dirigeants russe et nord-coréen. À chaque fois, l’événement a été annulé par Pyongyang, au dernier moment, sous prétexte d'« incompatibilités d’agendas ». Ainsi, en septembre 2018, Kim Jong-un avait finalement décliné l’invitation du président russe, avançant qu’il devait « se préparer au sommet intercoréen », qui se tenait à la fin du même mois à Pyongyang. De fait, on commençait à avoir le sentiment que ces annonces n’étaient destinées qu’à sauver les apparences, et que pas plus à Moscou qu'à Pyongyang on ne voyait réellement l’intérêt d’un tel sommet bilatéral.

Vladivostok après Hanoï

Finalement, il a eu lieu. Mais rien n’a été fait, côté russe, pour le mettre en avant : « Le président ne s’est pas spécialement déplacé à Vladivostok pour accueillir Kim, il a profité de son voyage à Pékin [où il se rendait au forum sur les nouvelles routes de la soie, ndlr] pour s’arrêter en chemin : cela atténue fortement la portée symbolique du sommet. La rencontre avait ainsi quelque chose de spontané, d’imprévu – ce qui la rendait moins contraignante en termes de résultats… », décode un membre de l’administration présidentielle, sous couvert d’anonymat. Par ailleurs, Vladimir Poutine s'est permis de faire attendre son hôte près d’une journée entière : alors qu’il était censé atterrir à Vladivostok le 24 avril, il n’est arrivé que le 25, après s’être arrêté dans la ville de Tchita, en Transbaïkalie, région russe actuellement ravagée par des incendies de forêt. Kim Jong-un a passé ces vingt-quatre heures dans son train blindé, stationné en gare de Rason, à la frontière entre la Corée du Nord et la Russie (la frontière entre les deux pays n'est large que de 19 km, ce qui en fait l'une des plus petites au monde). Selon plusieurs sources au Kremlin, il s’agissait clairement d’une petite vengeance après les annulations des sommets précédents.

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Mikhaïl Korostikov

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