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Une présidentielle tellement ukrainienne

Au regard des sondages des derniers mois, la victoire de Volodymyr Zelensky – qui a réuni sur son nom plus de 30 % des voix au premier tour de la présidentielle ukrainienne du 31 mars – n’avait rien d’inattendu. Elle s’inscrirait selon certaines analyses dans la vague « dégagiste » qui frappe l’Europe depuis quelques années maintenant. Cependant, pour de nombreux observateurs, ce scrutin reste une anomalie : rendez-vous compte, un acteur, un amuseur public ! En réalité, ce résultat ne doit rien au hasard.

Depuis le 31 mars, il est fréquent d’entendre les commentateurs établir des parallèles entre l’élection ukrainienne et plusieurs scrutins qui se sont tenus en Europe ces dernières années. Les uns évoquent les élections générales italiennes et la percée du mouvement Cinq étoiles à partir de 2013 (ce parti était dirigé par l’humoriste Beppe Grillo). D’autres citent la présidentielle française de 2017, remportée par un Emmanuel Macron revendiquant une posture « ni droite ni gauche » contre la classe politique traditionnelle. Quelques rares observateurs se souviennent de la présidentielle autrichienne de 2016 : le candidat écologiste Alexander Van der Bellen avait réussi à battre le champion de l’extrême droite Norbert Hofer, qui l’avait pourtant devancé de quatorze points au premier tour – le même écart sépare aujourd’hui Volodymyr Zelensky de son adversaire du second tour, le président sortant Petro Porochenko.

Reste qu’en dépit des apparences, le scrutin présidentiel ukrainien se distingue radicalement de ces précédents européens, de même que l’Ukraine est radicalement différente de l’Europe. Cette élection le montre, c’est un pays qui a sa spécificité, sa structure interne et ses logiques politiques particulières.

Deux Ukraine

Aujourd’hui encore, l’Ukraine souffre des douleurs fantômes liées à la disparition de l’URSS. Ses efforts, tendus vers un rejet de l’héritage soviétique, ont abouti à une « schizophrénie politique ». D’un côté, l’Ukraine contemporaine doit beaucoup, précisément, à son passé soviétique : le tracé de ses frontières (Crimée comprise), sa puissance industrielle (en volume de production, la deuxième d’Europe en 1991), son épanouissement culturel, les règles de l’ukrainien moderne… En outre, l’État-providence (qui, sans être la panacée, garantissait l’égalité des chances, le droit au travail, ainsi que la gratuité des soins médicaux et de l’éducation) demeure l’idéal de nombreux habitants, « cocos » nostalgiques dont se moque allègrement la jeune génération.

Aujourd’hui, l’ambassade des États-Unis à Kiev a le même poids qu’un ministère régalien.

D’un autre côté, l’équipe actuellement au pouvoir lutte contre la mémoire et l’héritage d’une période qu’elle noircit ad nauseam dans ses discours. Les symboles soviétiques, les monuments dédiés aux grandes figures du socialisme sont interdits. Le pouvoir s’efforce même de réécrire l’Histoire, en substituant aux pages glorieuses de la résistance aux nazis l’exaltation d’un mouvement nationaliste qui, avant de combattre l’envahisseur allemand, s’est surtout distingué par une collaboration prolongée dans les premières années de la Seconde Guerre mondiale.

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Konstantin BondarenkoKiev

Dernières nouvelles de la Russie

International

L’Eurovision otage
du nationalisme ukrainien

Pour l’Ukraine, le concours 2019 de l’Eurovision s’est terminé avant d’avoir commencé : Kiev n’enverra aucun représentant en Israël en mai prochain.La politique ukrainienne a la faculté rare de transformer les sujets les plus anodins en sources de conflits explosifs. La circonscription de ces derniers aux frontières du pays serait un moindre mal, mais, ces derniers temps, les tensions locales ont une fâcheuse tendance à dégénérer en polémiques internationales. Plus grave encore : à Kiev, les élites politiques, loin de tirer les conclusions nécessaires et évidentes de chaque nouvel incendie, continuent au contraire de faire feu de tout bois et s’empressent de reproduire les mêmes erreurs.Les jumelles de CriméeOn aurait aimé que les problèmes actuels se laissent oublier le temps d’une parenthèse musicale, et que le public ukrainien se choisisse tranquillement un représentant pour le concours de l’Eurovision, qui se déroulera en Israël en mai prochain. Mais la politique, à un mois d’une élection présidentielle qui s’annonce des plus indécises (les trois favoris pour le scrutin du 31 mars, le président sortant Petro Porochenko, l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko et le comédien Volodymyr Zelensky sont au coude à coude dans les sondages), en a décidé autrement. Elle n’a même pas attendu la finale du concours national de sélection pour envenimer le débat par des considérations ayant peu à voir avec la musique. Les jumelles du duo Anna-Maria, en lice pour défendre les couleurs ukrainiennes au printemps prochain, ont notamment fait l’objet de pressions répétées, sur les plateaux de télévision et sur les réseaux sociaux, sous prétexte que leurs parents occupaient des postes importants dans l’administration de la péninsule criméenne, annexée par la Russie en 2014.« Si vous nous demandez de choisir entre nos parents et une participation à l’Eurovision, nous choisissons nos parents. »Le fait que les deux jeunes filles aient la nationalité ukrainienne, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

11 mars 2019
International

Présidentielle ukrainienne :
une affaire d’oligarques

La campagne présidentielle a commencé, en Ukraine, pour les vingt-huit candidats (un record historique !) approuvés par la Commission électorale centrale. À moins de deux mois du premier tour, qui se déroulera le 31 mars prochain, trois favoris se détachent : l’acteur et réalisateur Volodymyr Zelensky (entre 19 % et 24 % des intentions de vote), l’ancienne Première ministre (notamment de 2007 à 2010) et leader du parti Patrie Ioulia Timochenko (18 %) et le président sortant Petro Porochenko (15 %).La campagne présidentielle de 2019 ne se distingue pas seulement par son nombre record de candidats. Sa principale caractéristique est la lutte menée par chaque candidat contre sa propre impopularité. Ainsi, selon un récent sondage de l’institut Rating, 50,3 % des Ukrainiens n’imaginent pas voter pour Petro Porochenko et 26,4 %, pour Ioulia Timochenko. Volodymyr Zelensky s’en tire mieux, avec seulement 10 % d’opinion défavorable. Dans un pays où peu espèrent une amélioration significative de leurs conditions de vie à court ou moyen terme, l’élection de l’acteur, rendu célèbre par une émission humoristique, Vetcherny Kvartal (« Quartier du soir »), et une série comique, Slouga naroda (« Le serviteur du peuple »), apparaîtrait comme un moindre mal.La candidature du comédien, qui n’avait, récemment encore, jamais fait de politique, rappelle à certains égards celle de Coluche en France, en 1981. Ce dernier avait lui aussi réalisé de bons scores dans les sondages, qui en faisaient le troisième homme du scrutin derrière Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand. Il s’était finalement retiré à un peu plus d’un mois du premier tour, notamment sous la pression du Parti socialiste, qui craignait qu’il ne prenne une partie des voix acquises à son candidat. Pour l’heure, Volodymyr Zelensky est en tête des sondages…Ioulia Timochenko apparaît comme la candidate « anti-Porochenko » et l’opposante la plus sérieuse au président sortant.Par ailleurs, l’élection de mars, qui se déroule sur fond de guerre dans l’est du pays, de grave crise économique et sociale et d’émigration massive de la population, ne se tiendra pas sur une partie significative du territoire ukrainien. On ne votera pas en Crimée (comme en 2014, année de l’annexion de la péninsule par la Russie) ni dans les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. À ces quelque cinq millions d’Ukrainiens qui ne pourront pas se rendre aux urnes, s’ajoutent les trois millions de leurs compatriotes travaillant en Russie, que la Commission électorale centrale a privés de droit de vote : les représentations consulaires ukrainiennes de Russie n’ouvriront pas de bureaux cette année. L’absence d’un tiers des électeurs pose évidemment la question de la pertinence, de la transparence et de l’équité du scrutin. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 février 2019
International

Loi martiale en Ukraine : Petro Porochenko joue-t-il avec le feu?

Nombre d’Ukrainiens sont persuadés, lorsque les gardes-côtes russes capturent trois navires de leur marine de guerre dans le détroit de Kertch, le 25 novembre dernier, que leur pays est au bord d’un conflit avec la Russie. Ce n’est pour l’instant pas le cas. Mais avec l’instauration de la loi martiale et la fermeture des frontières aux citoyens russes de sexe masculin en âge de se battre, Kiev ne fait pas dans la demi-mesure. L’incident du 25 novembre comporte de nombreuses zones d’ombre. Selon Kiev, les navires ukrainiens ont le droit de traverser le détroit de Kertch en vertu du traité bilatéral de 2003, accordant à la mer d’Azov le statut juridique de mer intérieure, à la fois ukrainienne et russe ; l’intervention russe doit donc être considérée comme une agression. Moscou, au contraire, estime que les bateaux ukrainiens ont pénétré dans ses eaux territoriales (le détroit de Kertch relie la péninsule de Crimée, revendiquée par la Russie, au reste du pays) sans en avoir été autorisés par les autorités compétentes, d’où leur arraisonnement. Kiev et Moscou ont donc fait le choix du pire en toute connaissance de cause. La partie ukrainienne était-elle consciente, au moment des faits, de la possibilité que les gardes-côtes russes fassent usage de la force ? Sans aucun doute. La partie russe comprenait-elle que l’usage de la force aggraverait son cas aux yeux d’une communauté internationale qui ne reconnaît toujours pas le rattachement de la Crimée à la Russie ? Bien entendu. Kiev et Moscou ont donc fait le choix du pire en toute connaissance de cause. Et les conséquences de l’incident, évidentes dès les jours suivants à Kiev, ne laissent pas de soulever de nombreuses questions. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

5 décembre 2018

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