Israël, un pays à l’accent russe

Ce mardi 9 avril 2019, les électeurs israéliens sont appelés à élire leurs députés au parlement, la Knesset. Nul doute que, comme à chaque scrutin, le vote des russophones – qui représentent environ 15 % de la population – aura son influence sur le résultat final.

Le journal israélien Jerusalem Post a récemment publié le portrait de soixante-dix personnalités originaires de Russie ou d’URSS – dirigeants politiques, scientifiques, artistes, entrepreneurs... – ayant joué un rôle majeur dans l’histoire d’Israël. La liste est impressionnante : elle va du « père » de l’hébreu moderne, le linguiste Éliézer Ben-Yehoudah, au premier maire de Tel-Aviv, Meïr Dizengoff, en passant par le poète Haïm Nahman Bialik ou, plus récemment, l’ingénieur Simon Litsyn, un des inventeurs de la clé USB.

Au-delà de ces personnalités, Israël compte aujourd’hui 1,3 million de russophones (sur un peu moins de 9 millions d’habitants), arrivés en trois vagues principales d’immigration : dans les années 1970, puis massivement dans les premières années qui ont suivi l’effondrement de l’URSS (la « Grande Aliyah »), enfin, depuis le début des années 2010 (l’« Aliyah poutinienne »).

Cinquante ans de « rapatriements »

Dans les années 1970, quelque 170 000 Juifs réussissent à quitter l’URSS à destination d’Israël (grâce à un marchandage entre Moscou et Washington, cette dernière livrant du blé à l’URSS en échange de ces « rapatriements »). Durant la décennie suivante, toutefois, Moscou durcit sa politique migratoire. Les visas de sortie, nécessaires pour quitter le territoire soviétique, sont refusés même à ceux dont la famille a déjà émigré. Ceux-ci (les « refuzniks ») rejoignent alors les rangs de la dissidence, au nom de la liberté de circulation. Aux grèves de la faim et aux protestations, l’État répond par des arrestations et des accusations de trahison.

La génération actuelle d’immigrants profite largement des vagues précédentes, et son intégration se fait bien plus facilement qu’il y a vingt-cinq ans.

Lorsque l’URSS s’effondre, en 1991, plus rien ne retient les candidats au départ. Selon le Bureau israélien de la statistique, environ 900 000 personnes quittent les désormais anciennes républiques soviétiques pour rejoindre Israël, formant une des vagues d’aliyah les plus importantes de l’histoire. Après une légère baisse dans les années 2000, la tendance a repris depuis dix ans et s’est intensifiée depuis le début de la crise ukrainienne, de nombreux Russes ne souhaitant pas rester dans un pays isolé sur la scène internationale. Selon l’Agence juive pour Israël (JAFI), en 2018, les personnes s’installant dans l’État hébreu venaient d’abord de Russie (10 500 nouveaux arrivants) et d’Ukraine (6 500). La génération actuelle d’immigrants (olim) profite largement des vagues précédentes, et son intégration se fait bien plus facilement qu’il y a vingt-cinq ans.

Groupe d'immigrés en provenance d'ex-URSS au début des années 1990. Crédit : Paul Wohlberg

« Dans les années 1990, les russophones étaient considérés comme des citoyens de second rang, raconte Marina Soïfer, militante en charge de cette communauté au sein du nouveau parti centriste Yashar.

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Alexandra AppelbergTel-Aviv