« Il est temps de lever les sanctions contre les Talibans »

Le 22 février 2019, deux semaines après la conférence interafghane qui a réuni, à Moscou, des responsables talibans et des membres de la diaspora afghane installés en Russie, dans les pays de la CEI et au Pakistan, le représentant spécial du président de la Russie pour l’Afghanistan, Zamir Kaboulov, a rencontré son homologue américain Zalmay Khalilzad à Ankara, en Turquie. Le diplomate russe dresse, spécialement pour le Courrier de Russie, un état des lieux de la situation à Kaboul.

LCDR : L’organisation d’une conférence interafghane à Moscou a fait réagir de nombreux commentateurs. Pour les plus pessimistes, aucun pays, pas même la Russie, n’est actuellement en mesure de réconcilier les forces antagonistes présentes en Afghanistan. Quel bilan dressez-vous, de votre côté, de la rencontre de février ?

Zamir Kaboulov, représentant spécial du président de la Russie pour l'Afghanistan. Crédit : Newsnn

Zamir Kaboulov : Je ne partage pas ce scepticisme. La rencontre interafghane de Moscou est un événement très important. Elle a donné un nouvel élan au processus de paix, et l’on peut désormais s’attendre à un tournant dans l’évolution politique du pays. Je pense que l’année 2019 sera décisive, pour tous les Afghans, pour la renaissance d’un Afghanistan indépendant et en paix, et, comme je l’espère sincèrement, d’un Afghanistan débarrassé du terrorisme et de la drogue.

LCDR : Le président afghan, Ashraf Ghani, semble moins enthousiaste que vous. Il s’est montré extrêmement retenu sur les résultats de la conférence. Sans oublier ses remarques sur les « intrigues de coulisses » du Kremlin...

Z. K. : Les Afghans disent depuis un moment qu’il est temps que tous s’assoient autour d’une table et s’efforcent de s’entendre sur l’avenir du pays. N’est-ce pas ce qui s’est passé à Moscou ?

Je connais les déclarations d’Ashraf Ghani. Elles trahissent sa désillusion. J’ai notamment relevé ses mots relatifs aux Afghans, qui, selon lui, ne voudraient pas d’une paix obtenue à Moscou, mais d’une paix trouvée à La Mecque. Eh bien, soit ! Qu’ils se réunissent à La Mecque – si tant est qu’ils y parviennent… Après la conférence de Moscou, je me suis entretenu séparément avec des responsables talibans et des hommes politiques afghans de premier plan. Tous m’ont dit que les discussions de début février étaient historiques et qu’elles marquaient le début d’un réel processus de réconciliation nationale. Il serait bon que le président afghan écoute ses concitoyens. Quant aux « intrigues de coulisses », la remarque a quelque chose à la fois de naïf et de puéril.

Conférence interafghane à l’Hôtel présidentiel de Moscou,

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Propos recueillis par Elena Teslova

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