Vlad Plahotniuc,
le maître du jeu moldave

En Moldavie, ancienne république soviétique du sud-est de l’Europe, la campagne pour les élections législatives du 24 février a commencé. Si toutes les règles de concurrence et de pluralisme politique semblent respectées, la composition du nouveau parlement pourrait bien, comme les années précédentes, être le résultat d’intrigues de couloirs orchestrées par Vlad Plahotniuc, l’entrepreneur et homme politique le plus riche de Moldavie.

« L’éminence grise », « le marionnettiste », « l’oligarque toxique » ‒ les surnoms de Vladimir (dit Vlad) Plahotniuc dans les médias moldaves et internationaux sont éloquents. Pourtant, le milliardaire de cinquante-trois ans, dont la fortune dépasse les deux milliards de dollars selon le site Crime Moldova, n’occupe aucune fonction officielle.

Son programme ? Sa stratégie ? Son idéologie ? « Il n’en a pas, affirme le journaliste Vladimir Soloviov, qui a longtemps travaillé en Moldavie et vit actuellement à Moscou. Vlad Plahotniuc n’a qu’un objectif : le contrôle total de tout ce qui peut, d’une façon ou d’une autre, être converti en argent ou en pouvoir. Sans cela, estime-t-il, sa sécurité personnelle n’est pas garantie. »

M. Soloviov est un des rares journalistes moldaves prêts à parler de Vlad Plahotniuc à visage découvert. Pour un grand nombre de ses collègues en poste à Chisinau, le milliardaire est un sujet tabou : ceux qui l'évoquent publiquement dans la presse internationale reçoivent des lettres de menaces. « C’est un homme très dangereux, cynique et cruel », affirme un collègue de M. Soloviov, qui souhaite garder l’anonymat.

Le politologue moscovite Sergueï Lavrenov qualifie Plahotniuc de « mauvais génie » de la politique moldave : « C’est à cause de lui que des groupes d’oligarques ont capturé la Moldavie », pour reprendre l’expression de l’ancien Premier ministre Ion Sturza.

Des communistes aux démocrates

Difficile, aujourd’hui, de croire que le nom de Vlad Plahotniuc ne disait rien à la plupart des Moldaves il y a seulement dix ans. Il apparaît dans la presse au cours du second mandat présidentiel de Vladimir Voronine (de 2005 à 2009), le secrétaire général du Parti des communistes de la république de Moldavie. Les journaux le décrivent alors comme un homme d’affaires accompli, à la tête de l’importateur et distributeur de produits pétroliers Petrom-Moldova. Ses affaires le mettent rapidement en relation avec le fils du président, l’entrepreneur et banquier Oleg Voronine, alors considéré comme l’homme le plus riche de Moldavie. Selon le quotidien économique russe Kommersant, M. Plahotniuc aurait dirigé en sous-main des sociétés publiques et financé les médias soutenant le Parti des communistes.

En quelques années d’amitié avec les Voronine, Plahotniuc se bâtit un vaste empire commercial : via des intermédiaires et des entreprises basées dans le pays et à l’étranger,

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Anastasia Sedukhina

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