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Moscou révoltée par l’ingérence américaine

Au Venezuela, l’opposition entre le président de la République, Nicolas Maduro, et Juan Guaido – autoproclamé chef de l’État le 23 janvier –, évolue vers une crise internationale majeure et un nouvel affrontement diplomatique entre la Russie et les États-Unis. Fiodor Loukianov, président du Conseil de politique extérieure et de défense (SVOP), un influent think tank russe, livre son analyse de la situation.

Fiodor Loukianov. Crédit : Rian

LCDR : Le Kremlin continue de soutenir Nicolas Maduro, tout en insistant sur l’importance du dialogue avec l’opposition (il propose même de jouer le rôle de médiateur), comme Vladimir Poutine l’avait rappelé lors de la visite du président vénézuélien à Moscou en décembre dernier. Le Kremlin reste donc relativement prudent dans cette crise. Cela signifie-t-il que, pour la Russie, la solution sera politique, et non militaire ?

Fiodor Loukianov : D’abord, un éventuel soutien militaire russeest exclu pour des raisons techniques : le Venezuela est trop loin. Ensuite, il me semble que Vladimir Poutine n’a jamais nourri d’affection particulière ni pour Hugo Chavez (président de 1999 à 2013) ni pour son successeur Nicolas Maduro. En dépit de scènes d’embrassades avec l’ancien président – toujours à l’initiative de ce dernier –, le Kremlin s’en est toujours tenu à une position pragmatique envers un partenaire qui affichait une croissance à deux chiffres au milieu des années 2000. Plus tard, les rapports ont évolué, en raison, d’une part, du rôle de créancier joué par la Russie, et, d’autre part, des relations tendues que les deux pays entretiennent avec les États-Unis [le Venezuela compte parmi les rares pays à reconnaître le « rattachement » de la Crimée à la Russie, ndlr.]

En d’autres termes, la position de Moscou n’est pas dictée par des considérations personnelles ou par des accointances avec Maduro et autres « chavistes » ; la Russie se préoccupe avant tout de ses intérêts financiers.

[…]

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Propos recueillis par Boris Iounanov

Dernières nouvelles de la Russie

International

Ukraine : Le saut dans l’inconnu

Le second tour de la présidentielle ukrainienne se tiendra dimanche prochain, 21 avril. À Kiev, plus personne ne semble en douter : le président sortant, Petro Porochenko, sera battu par Volodymyr Zelensky, un comédien novice en politique.Selon l’un des derniers sondages publié par l’Institut international de sociologie de Kiev, avec 72,2 % d’intentions de vote, Volodymyr Zelensky est en passe de battre largement Petro Porochenko, crédité seulement de 25,4 %. Un écart gigantesque (47 points) qui confirme une tendance esquissée dès le premier tour de cette élection présidentielle, le 31 mars dernier.Quand le bateau coule…Il y a cinq ans de cela, quelques jours avant que le président prorusse, Viktor Ianoukovitch, ne fuie la capitale ukrainienne (le 22 février 2014), hauts fonctionnaires et oligarques se pressaient à l’aéroport international Boryspil de Kiev, cherchant à quitter le pays avant qu’il ne soit trop tard. Ils avaient compris que les dés étaient jetés pour celui dont les Ukrainiens allaient bientôt découvrir, à la télévision, les trésors cachés et les dorures de la luxueuse résidence de Mejgorié. Le vent du changement commençait à souffler sérieusement, mieux valait s’envoler avant qu’il ne tourne à l’orage. L’entourage du chef perçoit bien souvent la défaite avant le principal intéressé. Et l’histoire semble à nouveau se répéter.Valeri Kondratiouk et Petro Porochenko à Kiev en juillet 2015 Crédit nv.ua« Quand le bateau coule, les rats quittent le navire. C’est ce qu’on observe aujourd’hui. Dans l’équipe de Porochenko, personne ne croit plus à sa victoire. Certains tentent de tourner casaque. Même dans les services de sécurité, les défections sont légion », commentait récemment le député Sergueï Tarouta, éphémère gouverneur (mars-octobre 2014) de la région de Donetsk. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

19 avril 2019
Politique

Affaire Baring Vostok :
« Vous avez lu le dossier ? »

Vendredi 15 février 2019, un des plus anciens investisseurs étrangers en Russie, l’Américain Michael Calvey, créateur du fond d’investissement Baring Vostok, était arrêté pour escroquerie avec plusieurs de ses associés, dont un ressortissant français Philippe Delpal. Un tribunal de Moscou vient de prolonger la détention provisoire de ce dernier, permettant au seul Michael Calvey – assigné à résidence – de retrouver sa famille. Les milieux d’affaires s’interrogent sur ce qui semble s’apparenter à une différence de traitement…Tribunal de Basmanny, samedi 9 avril : « Mon arrestation est d’une sévérité sans commune mesure avec les faits incriminés », s’indigne auprès de la juge Natalia Doudal, Philippe Delpal, accusé, avec son associé, Michael Calvey, et quatre autres prévenus, d’avoir escroqué la banque russe Vostotchny à hauteur de 33 millions d’euros. Il se plaint également, à maintes reprises, de ses conditions de détention : impossibilité de téléphoner à ses proches, de voir son épouse ou d’écrire en français à sa famille. « Je ne vois pas en quoi téléphoner à ma fille pourrait entraver le travail des enquêteurs », s’emporte le banquier français, tout en rappelant que les visites de son avocat sont limitées. M. Delpal demande au magistrat que sa détention provisoire soit requalifiée en assignation à résidence, assurant la justice russe de sa totale coopération. « Je n’ai aucune intention de quitter Moscou et la Russie, où j’ai fait ma vie. Pour preuve de bonne foi, je suis prêt à remettre mon passeport [où figure son visa russe, nécessaire pour quitter le pays, ndlr] aux enquêteurs », ajoute-t-il. Sa requête est rejetée fermement par la juge, qui prolonge la détention provisoire jusqu’au 14 juillet.Delpal, Calvey, deux attitudes…De toute évidence, personne n’a pris la peine d’informer M. Delpal des règles en vigueur en Russie. En détention provisoire, les appels téléphoniques sont soumis à l’autorisation écrite de l’inspecteur chargé de l’enquête. Quant aux lettres et e-mails, ils sont passés au crible de la « censure ». Et lorsque la personne qui en est responsable se trouve en congé (comme cela semble avoir été le cas récemment), tout contact avec l’extérieur est impossible…Le français Philippe Delpal lors de son arrestation le 15 février 2019. Crédit : VedomostiMais au-delà de ses conditions de détention, le banquier français se scandalise surtout de son interpellation : « J’ai été profondément choqué par ce procédé. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

11 avril 2019
International

Démission de Noursoultan Nazarbaïev : Comment partir pour mieux rester ?

Depuis une semaine, le Kazakhstan n’est plus dirigé par Noursoultan Nazarbaïev. Celui qui présidait aux destinées de ce pays d’Asie centrale quatre fois plus grand que la France depuis l’effondrement de l’Union soviétique, a quitté ses fonctions le mardi 19 mars. Aujourd’hui et jusqu’à l’élection présidentielle de 2020, le pouvoir se trouve entre les mains de l’ancien président du Sénat, Kassym-Jomart Tokaïev.Le 19 mars 2019 à 19 h 00 (heure locale), Noursoultan Nazarbaïev, soixante-dix-huit ans, dernier poids lourd de l’élite politique soviétique encore à la tête d’un État, apparaît sur tous les écrans de télévision du pays et annonce à la nation qu’il quitte ses fonctions de président. Aussitôt, l’inquiétude s’empare des dix-neuf millions de Kazakhs : Comment est-ce possible ? Part-il de son plein gré ? Qui l’y oblige ? Que va devenir le pays, dirigé personnellement et d’une main de fer depuis vingt-neuf ans par M. Nazarbaïev ?« Au moment de l’allocution présidentielle, j’étais en visite chez un patient. En entendant la nouvelle, nous avons cessé de parler, interloqués, désemparés. Démoralisés. C’était tellement inattendu. En rentrant chez moi, je voyais tous ces gens le nez dans leur téléphone, à lire et à relire la nouvelle, sans y croire. L’inquiétude était palpable », témoigne Irina, cinquante-cinq ans, médecin, interrogée par le correspondant du quotidien RBC à Astana. Elle poursuit : « Pourvu que la situation n’empire pas. Pourvu qu’il n’y ait pas la guerre… »Le Conseil de sécurité – toujours dirigé par M. Nazarbaïev – est aujourd’hui un nouveau pôle d’influence politique susceptible de concurrencer le pouvoir exécutif.Le nom du successeur de Noursoultan Nazarbaïev ne risquait pas de rassurer les plus inquiets. Dans les cercles de pouvoir kazakh, le président du Sénat Kassym-Jomart Tokaïev, soixante-cinq ans, est présenté comme une personnalité bien moins influente, par exemple, que le patron du Renseignement et ancien Premier ministre Karim Massimov.Une surprise… attendueLa surprise provoquée par la nouvelle du départ du chef de l’État kazakh ne saurait occulter l’extrême minutie avec laquelle elle a été préparée ces derniers mois.Cérémonie de passation de pouvoir entre Noursoultan Nazarbaïev (à gauche) et Kassym-Jomart Tokaïev (à droite) le 20 mars au Sénat kazakh. Crédit : Liter.kzM. Nazarbaïev a d’abord publiquement soumis au Conseil constitutionnel la question suivante : la démission du président de la République est-elle conforme à la Constitution ? Réponse positive de la haute autorité juridique. Le parlement a ensuite élargi les pouvoirs du Conseil de sécurité du Kazakhstan (SBK), que l’ancien chef de l’État va continuer de diriger – à vie, grâce à un amendement voté au même moment. Dans les faits, le SBK constitue aujourd’hui un nouveau pôle d’influence politique susceptible de concurrencer directement l’administration présidentielle et le gouvernement.Enfin, depuis deux mois, les prises de parole de M. Tokaïev sont devenues de plus en plus fréquentes, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

26 mars 2019

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