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Parlez-vous l’Abkhaze ?

Parlez-vous l’Abkhaze ?

Reconnue par seulement cinq États dans le monde (dont la Russie), la République d'Abkhazie, qui a déclaré son indépendance de la Géorgie en 1992, cherche à renforcer son identité culturelle à travers l'enseignement de la langue abkhaze. Plongée dans ce pays oublié, né d'un conflit douloureux – aujourd'hui gelé –, à la veille du deuxième tour de l'élection présidentielle géorgienne, qui se tiendra le 28 novembre. Dans le centre ville de Soukhoumi, l’école n° 1 accueille une centaine d’enfants âgés de 6 à 17 ans. L’édifice semble à moitié occupé. Sans doute a-t-il été construit pour accueillir un public plus nombreux, avant la guerre. Dans la salle de cours, une douzaine d’élèves s’agitent pour répondre aux questions que leur lance leur professeur, Anua Ludmila Vladimirovna. Les plus confiants lèvent la main, les autres, plus timides, plongent leur regard dans les pages de leur cahier à la recherche de la bonne réponse. Sur les murs, trônent les armoiries et le drapeau de la république d’Abkhazie, dont Soukhoumi est la capitale. Une main blanche ouverte sur un fond rouge, couronnée de sept étoiles (représentant les sept districts du pays) et flanquée de quatre bandes vertes. Le décor laisse peu place au doute, Anua donne un cours de langue abkhaze. « Nous sommes un petit peuple mais notre folklore est très riche. Notre alphabet, dérivé du cyrillique, il se compose de 62 lettres et de 64 sons », explique-t-elle fièrement. Sa voix forte et rocailleuse témoigne d’un âge avancé que ses beaux cheveux noirs camouflent. Anua a fait ses études à Moscou, mais est née en Abkhazie, quand le territoire était encore une république autonome associée à la République socialiste soviétique de Géorgie. Le poing fermé, elle ajoute : « Les Géorgiens ont voulu faire de cette terre une partie de leur pays, mais nous nous sommes battus pour les en empêcher ». Elle évoque une politique de « géorgisation » mise en place entre 1936 et 1953, qui avait banni l’usage de l’abkhaze dans les écoles et les institutions officielles. À la mort de Staline (Géorgien lui-même), la langue abkhaze est de nouveau autorisée. Puis, en décembre 1991, la désintégration de l’URSS entraîne la sécession de la république géorgienne. Une république confrontée rapidement à une guerre d’indépendance menée par les Abkhazes (soutenus par Moscou) qui craignent une nouvelle mise sous tutelle. En 1993, l’armée géorgienne est défaite et quitte le territoire abkhaze, qui devient,

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