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Ouzbékistan : libéralisation à l’orientale

Une statue vient d’être inaugurée, à Moscou, en l’honneur du premier président de l’Ouzbékistan indépendant, Islam Karimov, décédé il y a deux ans. Après avoir été Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste d’Ouzbékistan, Islam Karimov a dirigé le pays d’une main de fer, sans interruption ni partage, de 1989 à 2016. À sa mort, le pouvoir est échu à son ancien Premier ministre, Chavkat Mirzioïev. La nouvelle équipe a libéralisé l’économie, amnistié les prisonniers politiques, soutenu le développement du tourisme et cherché des investisseurs… Mais y a-t-il vraiment plus de liberté, d’argent et d’opportunités dans l’Ouzbékistan d’aujourd’hui ? Meduza a enquêté sur place.

« On vous offre un petit verre ?, proposent amicalement nos voisins de table, dans un petit restaurant sud-coréen tranquille du centre de Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan. Vous êtes là pour le travail ? Tiens, nous aussi ! »

Les deux gaillards, attablés autour d’un carafon de vodka, se présentent : ce sont des géologues russes, originaires d’Irkoutsk et de Tomsk, en mission de prospection en Ouzbékistan. Ces chercheurs d’or et d’uranium ont toutes les chances de trouver des gisements dans ce pays dont les réserves connues s’élèvent à deux mille tonnes pour l’or, et à cent fois plus pour l’uranium. Pourtant, il y a encore deux ans, les deux hommes n’auraient pas même imaginé aller travailler, un jour, à Tachkent. « [Les autorités] ne laissaient venir absolument personne », expliquent-ils. Mais le nouveau pouvoir ouzbek a autorisé les étrangers à exploiter les mines jusqu’alors inaccessibles (on y trouve aussi du tungstène et du lithium). Ce n’est qu’un signe, parmi d’autres, du grand changement survenu en Ouzbékistan après la mort de l’ancien président Islam Karimov.

Légalisation de la barbe

« J’espère qu’ils ne vont pas nous prendre la tête au contrôle des passeports, s’inquiète Ali, mon compagnon de vol. Propriétaire de plusieurs points de vente de kebabs à emporter à Oussouriïsk, dans l’Extrême-Orient russe, il a passé tout le trajet à pianoter sur son MacBook. Ali n’est pas revenu au pays depuis un an et demi, et il est manifestement stressé.

« Vous transportez des trucs interdits ?

— Rien d’autre que mes poils, répond-il en souriant et en caressant une belle barbe bien taillée de hipster. Karimov voyait la barbe d’un très mauvais œil, comme un symbole de l’islamisme radical. Il n’était pas interdit de la porter, mais on vous contrôlait en permanence, on vous arrêtait sans raison, vous étiez tout le temps sous pression. »

Au cours des huit premiers mois de l’année 2018, le nombre de touristes étrangers a plus que doublé dans le pays.

Ali avait tort de s’en faire : il passe sans encombre le contrôle des passeports. Les policiers ne posent pas la moindre question. Nous n’avons pas plus de problème à la douane. Une vraie révolution ! Autrefois, l’aéroport de Tachkent n’avait pas de green channel : tous les voyageurs sans exception devaient remplir une déclaration de douane et y faire figurer en détail ce qu’ils transportaient : argent liquide, bien entendu, mais aussi tout objet de valeur (jusqu’aux numéros de série des téléphones mobiles).

Ces tracas bureaucratiques ne sont plus qu’un souvenir. Les douaniers ouzbeks ont renoncé à leurs uniformes militaires ; le ministère des Affaires étrangères a simplifié les règles d’entrée sur le territoire ; les villes de Samarkand et de Boukhara se sont même dotées d’une « police touristique » au service des étrangers, composée d’agents prétendument polyglottes. […]

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Ilya Zhegouliev, Meduza

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