Vostok-2018 : Tensions à l’Ouest, Manœuvres à l’Est

Le 11 septembre, la Russie entre, avec la Mongolie et la Chine, dans la phase active des manœuvres militaires Vostok-2018 ( « Orient-2018 ») qui se déroulent en Sibérie et dans l’Extrême-Orient russe. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, annonce la participation de près de 300 000 hommes et d’une quantité impressionnante – 36 000 ! – de véhicules blindés. L’état-major de l’OTAN, à Bruxelles, s’est dit inquiet de ces manœuvres, que le quotidien allemand Handelsblatt compare aux plus grosses opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale. Du moins la Russie n’avait-elle plus déployé autant de puissance dans la zone eurasiatique depuis les exercices soviétiques Zapad, en 1981, rappelle le quotidien. Mais est-ce réellement le cas ?

Le grand penseur et stratège de la Chine antique Sun Tzu affirmait qu’ « un général de valeur gagne la bataille avant de la mener ». Si l’objectif stratégique des exercices Vostok-2018 était de démontrer la puissance militaire de la Fédération de Russie à son ennemi potentiel, alors l’état-major l’a déjà atteint : les hommes et l’arsenal déployés au cours de cet exercice, si l’on en juge par l’article d’Handelsblatt, ont profondément impressionné l’Occident. Toutefois, à y regarder de plus près, le tableau est légèrement différent.

L’esprit de la « guerre froide »

À l’époque des grandes manœuvres Zapad-1981, évoquées par Handelsblatt, l’URSS, qui possédait une armée de cinq millions d’hommes, en avait déployé 100 000 ou 120 000. Un chiffre qui semblait déjà colossal, mais qui était parfaitement justifiable. L’Union soviétique se préparait en effet à une guerre mondiale et totale, contre un ennemi possédant l’arme nucléaire. Les scénarios de conflit élaborés pour les États membres du Traité de Varsovie, déclassifiés en 2005 par le gouvernement polonais, donnent une idée des plans de l’état-major soviétique. Ils envisageaient une frappe nucléaire américaine surprise contre les troupes soviétiques de RDA et de Pologne, et, en réponse, des bombardements de l’Armée rouge sur l’Allemagne, […]

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Alexandre Golts, correspondant défense

Dernières nouvelles de la Russie

International

Minsk-Varsovie : Partie d’échecs en Europe orientale

La frontière qui sépare la Pologne de la Biélorussie pourrait bientôt devenir l’épicentre d’une nouvelle confrontation entre blocs militaires en Europe. Depuis que la Pologne a annoncé son projet de déployer à ses frais une division blindée américaine sur son territoire, Moscou a relancé des discussions sur la création d’une base aérienne russe en Biélorussie. Varsovie attend une réponse de Washington concernant son offre, faite au printemps, d’accueillir une division blindée américaine sur son territoire, près de la frontière biélorusse. La Pologne promet de débloquer entre 1,5 et 2 milliards de dollars pour la création des infrastructures de la base militaire, qu’elle propose de baptiser « Fort Trump » en l’honneur du président américain. Pour l’état-major polonais cette somme devrait suffire à construire un polygone d’entraînement, des entrepôts, des hangars, des immeubles d’habitation, ainsi que des magasins et des salles de sport à l’intention des soldats. Si les États-unis réservent encore leur réponse, les réactions n’ont pas tardé en Biélorussie. « Si les politiques polonais dépensent des milliards de dollars pour déployer sur leur sol des équipements militaires et des bataillons américains, il va de soi que nous réagirons », a souligné Alexandre Loukachenko lors d’une assemblée restreinte de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui s’est tenue le 31 octobre dernier, à Minsk. Et le président biélorusse d’ajouter que la réaction de la Biélorussie et de son principal allié, la Russie, serait « appropriée ». Quelques jours plus tard, Alexandre Loukachenko a toutefois revu sa position. Au cours d’une discussion avec des analystes américains, il a ainsi déclaré : « Actuellement, je ne vois pas la nécessité de faire venir un autre État, y compris la Russie, sur le territoire biélorusse en vue d’assurer sa défense. Pour cette raison, nous nous opposons fermement à la construction d’une base aérienne. Si nécessaire, entre trois et cinq minutes suffisent à un avion russe pour atteindre la frontière biélorusse. Pourquoi, dès lors, construire une base ici, à découvert, au risque d’offrir une cible à un éventuel agresseur ? » Valse-hésitation biélorusse Depuis l’effondrement de l’URSS, en 1991, la Russie maintient deux sites militaires en Biélorussie : l’un est un centre de télécommunication de la marine, l’autre accueille des radars d’alerte précoce. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : RIAN15 novembre 2018
International

La course aux armements relancée

Donald Trump a annoncé, samedi 20 octobre, que les États-Unis allaient se retirer du traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (FNI), conclu avec la Russie en 1987. Il accuse Moscou de ne « pas respecter le traité » et annonce que son pays va, de nouveau, « développer ces armes ». Washington accuse Moscou de violer cet accord (qui oblige les deux pays à détruire tous les missiles balistiques et de croisière lancés depuis le sol et dont la portée se situe entre 500 et 5 500 km) depuis 2014. Les tensions entre les deux grandes puissances se sont exacerbées aussitôt après le début de la crise ukrainienne et la mise en place de la politique américaine de sanctions contre la Russie. Longtemps, les États-Unis n’ont pas révélé publiquement quel type de missile russe était visé par leurs accusations, ce qui affaiblissait leur position. Cette année, les Américains ont toutefois précisé qu’il s’agissait du missile terrestre Novator 9M729 de portée intermédiaire ‒ une variante terrestre des missiles de croisière Kalibr, utilisés avec succès en Syrie depuis des sous-marins et des navires de surface russes. Début octobre, Kay Bailey Hutchison, ambassadrice des États-Unis auprès de l’OTAN, avait annoncé que Washington ferait tout pour « éliminer » les missiles russes violant le traité FNI. Les médias russes avaient interprété ses propos comme une menace de frappe préventive contre les forces nucléaires russes, tandis que le ministère russe des Affaires étrangères critiquait sévèrement cette déclaration. Mme Hutchison a immédiatement réagi en précisant que les États-Unis « n’étudi[ai]ent pas la possibilité d’effectuer une frappe », qu’ils voulaient surtout « exercer une pression sur la Russie afin de la contraindre à appliquer le traité ». Quelques jours plus tard, Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, s’est également exprimé à ce sujet. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Sergei Fadeichev / TASS22 octobre 2018
International

Syrie : Les zones d’ombre qui entourent la destruction de l’Il-20

Dans la nuit du 18 septembre 2018, la défense antiaérienne syrienne abattait par erreur –avec un missile S-200 fourni par la Russie ! – un Iliouchine Il-20 des forces aériennes russes. L’avion de reconnaissance et de collecte de renseignements d’origine électromagnétique avait commencé à effectuer sa descente vers la base de Hmeimim, située dans la province de Lattaquié (nord-ouest de la Syrie). Lorsque le missile a atteint l’appareil, celui-ci volait au-dessus de la Méditerranée, à seulement trente-cinq kilomètres des côtes. Aucun des quinze soldats russes qui se trouvaient à son bord n’a survécu. Dix heures après la disparition de l’appareil et de ses quinze membres d’équipage, le ministère russe de la Défense ne donne toujours aucune explication de l’incident. Il se contente de publier des communiqués qui relèvent la concomitance d’opérations militaires dans la zone où l’Iliouchine Il-20 a disparu : des frappes israéliennes sur des sites militaires syriens à Lattaquié et des tirs de missiles effectué par la frégate française Auvergne, qui croise non loin du lieu de l’accident. L’allusion est claire : les F-16 israéliens et la frégate française pourraient être impliqués dans la destruction de l’avion russe. Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général-major Igor Konachenkov, les tirs de missiles français n’ont fait qu’aggraver une situation déjà difficile dans le secteur. Presque aussitôt, la ministre française de la Défense, Florence Parly, dément avec fermeté toute implication de la France. Quelques heures plus tard, Israël conteste à son tour toute responsabilité dans l’incident. Accusations et démentis En réalité, il est probable que l’état-major connaissait la raison de la perte de l’appareil au moment de sa disparition. Le système de surveillance de la base de Hmeimim n’était pas seulement en contact permanent avec l’avion en approche, il contrôlait également toute la zone aérienne traversée durant la phase d’atterrissage. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

26 septembre 2018