Suzanne Massie : « Trump est un mystère »

Suzanne Massie était conseillère auprès du président américain Ronald Reagan durant la perestroïka. Maîtrisant parfaitement le russe, elle joua un rôle important dans la décision de la Maison-Blanche de prendre langue avec l’URSS. Auteur de plusieurs bestsellers sur la Russie, parmi lesquels Le pays de l’Oiseau de Feu : la beauté de la Vieille-Russie, Suzanne Massie livre au Courrier de Russie sa vision des relations russo-américaines contemporaines, à la lumière de ses souvenirs de l’époque de Reagan et Gorbatchev.

Suzanne MassieSuzanne Massie

LCDR : Les sanctions adoptées en août ont fait s’effondrer le cours du rouble russe par rapport au dollar et à l’euro. Les Russes s’inquiètent de voir les prix augmenter, en particulier ceux des produits importés. Le Congrès américain comprend-il que ses sanctions les frappent avant tout ?

Suzanne Massie : Il me semble que le problème est bien là : nos hommes politiques veulent que toute la Russie ressente le choc de leurs sanctions. C’est une politique stupide et à courte vue. Tout Washington sait parfaitement que les sanctions n’atteignent pas leur cible affichée, qu’elles font souffrir la population et épargnent les politiciens russes. Ma seule consolation est que les députés et sénateurs ne soutiennent pas tous ces mesures. Début avril, le sénateur Rand Paul était en visite à Moscou, où il a rencontré ses homologues russes. C’est un homme politique exceptionnel et haut en couleurs, qui se prononce ouvertement contre ces sanctions.

« Ce que veut Trump et ce qui lui passe par la tête,

[…]

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Propos recueillis par Dmitri Zlodorev, Washington

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

« Soljenitsyne regardait au loin »

En mai 1994, après vingt années d’exil, Alexandre Soljenitsyne rentre en Russie. Aux États-Unis, l’écrivain vivait à Cavendish, dans le Vermont, où il écoutait tous les jours les émissions du département russe de Voice of America. Recteur de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Washington, l’archiprêtre Victor Potapov a été, pendant près de trente ans, l’animateur de Religuia v Nacheï Jizni [la religion dans notre vie], l’une des émissions les plus populaires de Voice of America. C’est à ce titre qu’il a pu rencontrer Alexandre Soljenitsyne. Le Courrier de Russie : Comment avez-vous fait la connaissance d’Alexandre Soljenitsyne ? Victor Potapov : En 1978, j’ai préparé pour Noël un programme sur le sens et la structure de la liturgie orthodoxe de la Nativité. C’est à cette occasion qu’Alexandre Soljenitsyne a découvert l’émission. À l’époque, je n’étais qu’une « voix », je ne donnais pas mon nom. Soljenitsyne a contacté Voice of America pour faire part de son étonnement : « Pourquoi cet anonymat ? Qui anime cette émission ? » Et la direction du département russe a décidé que le nom du « Père Victor Potapov » résonnerait désormais à l’antenne. Un peu plus tard, j’ai préparé un programme sur « Léon Tolstoï et l’Église ». Un sujet très délicat et complexe, l’écrivain ayant été excommunié. J’ai tenté d’aborder honnêtement les relations entre l’écrivain et l’institution. Cette émission a, elle aussi, retenu l’attention d’Alexandre Soljenitsyne. LCDR : Mais Voice of America n’est pas diffusée sur le territoire américain, ses émissions sont à destination de l’étranger… Comment Soljenitsyne, qui se trouvait dans le Vermont, a-t-il pu vous écouter ? V.P. : Toute personne possédant un récepteur radio à ondes courtes un peu puissant y avait accès. Ceux qui n’ont pas connu cette période n’ont pas idée de ce que c’était. En Union soviétique, en particulier dans les grandes villes, on nous brouillait. Mais les gens rusaient : ils orientaient différemment leurs antennes, quittaient la ville, surtout le week-end, où tout le monde allait à la datcha – on « captait » mieux à la campagne. Voice of America m’a permis de me rapprocher de la famille Soljenitsyne, principalement de l’épouse de l’écrivain, Natalia Dmitrievna. Nous avons eu de longues discussions par téléphone. En 1979, je me suis rendu pour la première fois au domicile des Soljenitsyne, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 décembre 2018
Culture

Jordanville : l’orthodoxie russe made in USA

Le monastère de la Sainte-Trinité, fondé il y a près de quatre-vingt-dix ans dans la petite ville de Jordanville, au nord de l’État de New York, est considéré comme le principal centre spirituel des Russes de l’étranger. Les fidèles l’appellent la « Laure hors-frontières », la plaçant au même rang que ces hauts lieux de l’orthodoxie que sont les Laures de la Trinité Saint-Serge et Saint-Alexandre-Nevski, en Russie, ou celles des Grottes de Kiev et de Potchaïv, en Ukraine. L’archimandrite Luka, son supérieur depuis plus de quarante ans, est issu d’une famille de Ruthènes émigrée aux États-Unis depuis l’Ukraine transcarpatique. Il répond aux questions du Courrier de Russie. Le Courrier de Russie : Qu’est-ce que le monastère de la Sainte-Trinité de Jordanville signifie pour les Russes ? Père Luka : Pour les orthodoxes – et pas seulement les Russes –, il s’agit d’abord d’un lieu de pèlerinage. On vient ici des quatre coins du globe. En ce moment, par exemple, nous recevons une délégation serbe de trente-cinq personnes. Nous organisons des visites sur le territoire du monastère, nous accueillons les pèlerins dans notre musée et nos cinq églises. À l’époque des persécutions contre les orthodoxes en Union soviétique, nous éditions des livres. Notre imprimerie fonctionnait sans interruption – je me souviens du bruit des machines, jour et nuit –, pour produire des livres en russe, en slavon et en anglais. J’ai entendu dire qu’en Russie, les gens vivaient littéralement pour ces livres : beaucoup, là-bas, se rappellent, aujourd’hui encore, les « éditions de Jordanville ». La publication d’ouvrages religieux était alors la principale mission du monastère. Ils partaient secrètement pour l’URSS, dans des valises… je ne saurais vous dire précisément comment – par la mer, les airs ou même, d’une façon ou d’une autre, par la poste –, mais ils arrivaient toujours à destination. Naturellement, du point de vue de la loi soviétique, tout cela était parfaitement répréhensible. En URSS, les gens photocopiaient les livres, voire les recopiaient à la main : cela tenait vraiment du miracle ! LCDR : Vous poursuivez ce travail d’édition ? Père Luka : Imprimer des livres en russe n’aurait plus de sens, actuellement. Nous pouvons nous faire envoyer de Russie absolument tout ce que nous souhaitons – y compris des livres que notre monastère avait publiés autrefois ! Nous éditons donc, désormais, principalement des livres en anglais, mais dans la tradition russe, selon les canons et à partir des sources de l’orthodoxie russe. En ce moment, par exemple, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

23 novembre 2018
Culture

Sur les traces des Russes d’Alaska

Pour raviver la flamme des navigateurs intrépides des XVIIIe et XIXe siècles, une équipe d’explorateurs sibériens s’est rendue d’Irkoutsk, sur la rive occidentale du lac Baïkal, à Anchorage, la principale ville de l’Alaska. Une des organisatrices de l’expédition « Baïkal-Alaska », Anna Vajenina, revient sur ce périple. LCDR : Comment est née l’idée d’une telle expédition ? Anna Vajenina : Anatoli Kazakevitch, un entrepreneur d’Irkoutsk, avait entendu parler de ces marchands sibériens qui entreprenaient parfois le voyage, il y a plus de 150 ans. À l’époque et jusqu’à son achat par les États-Unis, en 1867, pour 7,2 millions de dollars, l’Alaska appartenait à la Russie. Les marchands russes ont été les premiers à se rendre du Baïkal à l’Alaska comme nous l’avons fait. Anatoli Kazakevitch s’est dit qu’il fallait retenter l’aventure. Pendant trois ans, nous avons minutieusement préparé l’itinéraire. Nous avons consulté des sources historiques et demandé conseil à des spécialistes. Un catamaran gonflable, apte à affronter l’océan, a été spécialement créé pour l’expédition. En 2016, nous avons repéré les lieux. Enfin, le 30 mai 2017, le grand jour est arrivé : partis d’Irkoutsk, nous avons traversé le Baïkal, la Lena et la mer d’Okhotsk. Nous avons accosté à Petropavlovsk-Kamtchatski, où le catamaran a passé l’hiver. Nous avons repris la mer le 17 juin 2018 : nous sommes partis du Kamtchatka, direction Anadyr (au nord de la mer de Bering) ; puis, nous avons rallié Nome, sur la côte ouest de l’Alaska, et False Pass (îles aléoutiennes orientales), avant de remonter sur Homer, atteint le 28 août. Trajet de l’expédition Baïkal – Alaska. Crédits : baikal-alaska.ruL’équipe se composait d’une vingtaine de personnes, qui se relayaient à bord du bateau. Nous n’avons dû démonter l’embarcation qu’une fois, afin de franchir des montagnes. Nous avons parcouru 13 422 km sur l’eau, à travers sept régions russes et l’Alaska. Partout, les gens, responsables des administrations locales, entrepreneurs ou simples curieux, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

12 octobre 2018
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