La Centrafrique pour tombeau

L’assassinat de trois journalistes russes dans la nuit du 30 au 31 juillet en République centrafricaine a choqué la Russie. Chaque jour apporte, depuis, son lot de nouvelles révélations sur les détails de leur séjour dans le pays, sans pour autant clarifier l’essentiel : les motifs et les circonstances du meurtre. Les dépouilles des trois hommes sont arrivées à l’aéroport de Moscou-Cheremetievo dimanche matin par un vol d’Air France.

Les trois journalistes assassinés étaient des professionnels expérimentés. Orkhan Djemal (51 ans) était considéré comme l’un des plus grands correspondants de guerre russes. Il avait travaillé pour les éditions russes de Forbes et de Newsweek, avait couvert les conflits d’Afghanistan, de Géorgie, de Syrie, d’Ukraine et de Libye, pays où il avait été gravement blessé à la jambe. Alexandre Rastorgouïev (47 ans) avait réalisé plusieurs documentaires, en particulier sur les manifestations de l’hiver 2011-2012 en Russie. Le plus jeune du groupe, Kirill Radtchenko, âgé de 33 ans, était photographe et caméraman, il avait travaillé en Syrie et en Ukraine.

À Moscou l’assassinat des trois hommes dans un lointain pays d’Afrique est encore plus commenté que le pseudo-meurtre et la « résurrection » du blogueur russe Arkadi Babtchenko à Kiev, en mai dernier.

Que faisaient ces journalistes en Centrafrique, l’un des pays les plus pauvres du monde, en proie depuis des décennies à une guerre civile meurtrière ? Pourquoi la Russie est-elle désormais impliquée dans cette ancienne colonie française et pourquoi aide-t-elle les forces gouvernementales à reprendre le contrôle de territoires contrôlés par des groupes issus de l’ex-rébellion Séléka, de confession musulmane, et des milices chrétiennes anti-balaka ?

Reportage et visas touristiques

Une enquête criminelle a été ouverte en Russie pour éclaircir les circonstances du drame. La porte-parole du ministère des Affaires Étrangères, Maria Zakharova, souligne que les journalistes n’avaient pas prévenu l’ambassade de Russie à Bangui de leur présence dans le pays et qu’ils y sont entrés munis de visas de tourisme (une pratique courante dans le métier).

Leur décision de ne pas tenir les autorités au courant de leur présence en Centrafrique s’explique certainement par le fait que leur reportage était effectué pour le compte de l’Investigation Control Centre de Mikhaïl Khodorkovski, […]

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Anastasia Sedukhina