Le Courrier de Russie

L’année prochaine, à Minsk

L’année prochaine, le président biélorusse Alexandre Loukachenko devrait fêter vingt-cinq ans de pouvoir sans partage. Mais cet anniversaire pourrait bien ne jamais avoir lieu. Plusieurs décisions récentes du Kremlin laissent présager d’un avenir différent : la Biélorussie risque, d’ici quelques mois, de ne plus être un État complètement souverain…

Le 22 août dernier, Vladimir Poutine reçoit son homologue biélorusse à Sotchi. Rien ne filtre de la teneur de cette rencontre durant les trois jours qui suivent, pas plus à Moscou qu’à Minsk, Alexandre Loukachenko n’apparaissant pas même en public. Les politologues en concluent immédiatement qu’il est mécontent du résultat de ces entretiens. Le président biélorusse ne sort de son silence que dans la soirée du 26 août, à l’occasion d’une interview fleuve à la télévision, au cours de laquelle, de façon à peine voilée, il confirmée les rumeurs selon lesquelles la Russie a gelé tous ses crédits à la Biélorussie.

Moscou reproche à Minsk de réexporter à l’étranger, dans un contexte de hausse du prix du pétrole, des hydrocarbures (produits pétroliers et gaz liquéfié) qui lui sont vendus à des tarifs préférentiels. Des accusations injustes, selon le président biélorusse, qui estime que son pays a simplement trouvé un bon moyen de renflouer ses caisses. De son côté, Alexandre Loukachenko accuse Moscou d’enfreindre « des accords déjà signés », sans dire un mot de la nouvelle donne économique en Russie. Assaillie par les vagues successives de sanctions américaines, cette dernière ne peut plus se permettre de soutenir l’économie biélorusse avec autant de générosité que par le passé.

Quoi qu’il en soit, une chose semble certaine : la visite d’Alexandre Loukachenko à Sotchi n’a rien arrangé. Moscou et Minsk sont engagées dans un bras de fer économique, qui s’est durci au printemps dernier.

Ruban de Saint-Georges et lait de la discorde

La tension est montée brutalement le 9 mai, au cours des rituelles célébrations de la Victoire contre l’Allemagne nazie. Ce jour-là, les autorités biélorusses décident d’interdire la tenue à Minsk de la parade du Régiment immortel, et tentent aussi de faire disparaître des festivités le ruban orange et noir de Saint-Georges, symbole patriotique très populaire dans la Russie d’aujourd’hui. Le cortège est finalement autorisé dès le lendemain, […]