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Poutine / Macron : une relation à demi-mot

Emmanuel Macron, Coupe du monde de football oblige, vient d’effectuer sa troisième visite en Russie en moins de deux mois. L’occasion pour lui de rencontrer à nouveau Vladimir Poutine avec lequel ses prédécesseurs entretenaient des rapports distants, souvent difficiles. De l’aveu même de l’Élysée, les deux hommes se parlent régulièrement – chaque semaine – au téléphone. Le chroniqueur de politique internationale du Figaro, Renaud Girard, qui a interviewé le président Poutine lors de sa venue à Versailles en mai 2017 et a eu la possibilité d’accompagner le président Macron à Saint-Pétersbourg en mai dernier, revient pour le Courrier de Russie sur ces relations inattendues entre le maître du Kremlin, qui dirige son pays depuis plus de dix-huit ans, et le jeune chef d’État français, étoile politique montante de l’Europe et du monde occidental.

Le Courrier de Russie : Vous êtes un spécialiste de la Russie, vous avez récemment été l’invité du président de la République, Emmanuel Macron, lors de sa visite au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) et, à cette occasion, le témoin privilégié de sa rencontre avec Vladimir Poutine. Comment jugez-vous les relations entre les deux hommes ? 

Renaud Girard : Avant tout, je pense qu’il était important que le président Macron accueille le président Poutine à Versailles, l’an dernier, le 29 mai 2017, ne serait-ce que pour la symbolique que représentait ce voyage – il s’agissait du 300e anniversaire de la visite de Pierre le Grand et de l’instauration de relations diplomatiques entre la France et la Russie. Cette année, à Saint-Pétersbourg, dans la ville même de Pierre le Grand, il s’agissait en quelque sorte d’un nouvel hommage. D’ailleurs, le président Macron n’a pas hésité à critiquer rétrospectivement Louis XIV qui n’avait pas su recevoir le jeune Pierre le Grand, lors de son premier voyage en Occident [la « Grande Ambassade », 1697-1698, ndlr], n’ayant pas alors la préscience du pouvoir qu’allait prendre la Russie dans l’Europe du Nord, notamment après la bataille de Poltava et la victoire de Pierre sur la Suède [8 juillet 1709, ndlr].

« Le président Macron a réussi a tisser des liens d’amitié, ou de proximité avec Vladimir Poutine, des liens personnels. »

Sur la plan du symbole, la visite du président Macron à Saint-Pétersbourg est donc un moment fort pour les relations entre les deux pays, dont l’histoire et les racines historiques communes ponctuent les relations. Le symbolique, dans les relations internationales, est d’ailleurs beaucoup plus important qu’on ne le croit généralement.

Ensuite, ce qui m’a frappé dans ce voyage, c’est que le président français est parvenu à tisser des liens d’amitié, ou de proximité avec Vladimir Poutine, des liens personnels.

Et la politique, qui se fait par les hommes, et non par une fatalité économique, dépend de ces liens. Ils ont ici réussi à instaurer un dialogue dans lequel ils se font confiance : « le courant passe bien ». À Versailles, Emmanuel Macron était un président complètement « neuf », tout juste élu. Poutine était impressionné par ce jeune homme sorti de nulle part et qui l’accueillait comme un « roi de France ». Cette année, les choses sont différentes: Emmanuel Macron est arrivé à Saint-Pétersbourg comme une figure politique de premier plan, à la fois dans l’Union européenne et face aux États-Unis.

La qualité des relations personnelles qui se sont établies entre les deux hommes pourra, le jour venu, être utile pour construire ensemble, mais aujourd’hui différents dossiers sont encore bloqués et les circonstances ne sont pas réunies pour qu’ils puissent être débloqués.

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron à Versailles, en mai 2017. Crédits : Kremlin.ru
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron à Versailles, en mai 2017. Crédits : Kremlin.ru

LCDR : Certains prétendent que la persistance de ces blocages vient de ce que les personnes en charge, à Paris, des relations avec la Russie, notamment au Quai d’Orsay, sont les mêmes qui s’en occupaient avant l’élection d’Emmanuel Macron. D’aucuns déplorent leur alignement sur la diplomatie américaine. Pensez-vous que ces critiques soient justifiées ?

R. G. : Je crois qu’Emmanuel Macron est un homme qui sait se faire respecter, et faire respecter ses décisions. Il sait écouter, mais une fois que la décision est prise il attend qu’elle soit appliquée – puisque, comme chacun sait, dans la Constitution de la Ve République, c’est le président qui est chargé de la politique étrangère du pays.

Pour autant, en ce qui concerne les sanctions, par exemple [adoptées contre Moscou pour son implication dans la crise ukrainienne, ndlr] ‒ et bien que la France y soit beaucoup moins favorable, comparée à certains pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Suède ‒, il est très difficile de les lever alors qu’aucun progrès n’a été constaté en Ukraine, sur le plan tant politique que militaire.

Au passage, il faut souligner la difficulté à établir les responsabilités : qui n’applique pas les Accords de Minsk ? Sur le volet politique, les Ukrainiens disent avoir voté le statut de région autonome réclamé par ces accords pour les régions de Donetsk et Lougansk. Les Russes, eux, prétendent que ce processus n’est pas achevé.

La situation est donc aujourd’hui bloquée, et je n’ai pas l’impression qu’elle pourra évoluer avant l’élection présidentielle, à Kiev, prévue au printemps 2019.

« Nous payons pour les autres et pour une politique qui n’est pas la nôtre. »

LCDR : Tout le monde semble englué dans ce dossier : la Russie, mais aussi la France et l’Allemagne, ces deux pays étant les garants des accords de Minsk, une initiative politique française au départ. Même Emmanuel Macron, avec cette capacité à convaincre que lui reconnaissent ses interlocuteurs, n’arrive pas à relancer le processus…

R. G. : Le problème c’est que nous sommes pénalisés, Allemands, Français et Italiens, par ce système de sanctions et de contre-sanctions [décidées par Moscou, ndlr], alors que ceux qui ont réellement voulu les mettre en place, les Américains, n’ont pas de commerce avec la Russie. Cela revient à une situation où nous payons pour les autres et pour une politique qui n’est pas la nôtre. En réalité, les Américains n’ont pas renoncé à un élargissement de l’OTAN aux anciennes républiques de l’URSS, alors que nous nous sommes opposés à l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’OTAN, en avril 2008, lors du sommet de Bucarest. Hélas, notre message, à l’époque, n’a pas été très clair : il eût été plus judicieux d’exposer clairement notre volonté d’en finir avec l’extension de l’OTAN à l’Est de l’Europe, ce chiffon rouge agité au nez et à la barbe des Russes qui ont historiquement un complexe obsidional.

« Si, en 2014, l’opposition ukrainienne a lâché les Européens, c’est parce qu’elle avait conscience du soutien que lui apportaient les Américains. »

LCDR : Complexe qui n’avait pas été pris en compte par les prédécesseurs d’Emmanuel Macron…

R. G. : Le ressenti russe a très certainement échappé à François Hollande, un peu moins à Nicolas Sarkozy, et encore moins à Jacques Chirac, qui comprenait mieux les Russes et entretenait avec eux de bonnes relations.

Il est avéré aujourd’hui que dans cette région du monde et d’autres, dans l’ensemble de l’Orient, qu’il soit russe ou arabo-musulman, les Américains et leurs alliés européens mènent des politiques divergentes.

Si l’accord du 21 février 2014, passé entre les leaders de l’opposition ukrainienne et le président prorusse Viktor Ianoukovitch (parrainé par la France, l’Allemagne et la Pologne), avait tenu, il est vraisemblable que les États Unis ‒ notamment par l’intermédiaire de la néoconservatrice, Victoria Nuland, leur secrétaire d’État de l’époque pour l’Europe ‒ auraient aussitôt tout fait pour le saboter.

Si, en 2014, l’opposition ukrainienne a lâché les Européens, c’est parce qu’elle avait conscience du soutien que lui apportaient les Américains.

Cette divergence de politique se retrouve au Moyen-Orient, où les Européens considèrent l’Iran comme une grande nation avec laquelle il faut commercer ; une nation qui doit revenir sur la scène internationale et ne plus être traitée en paria. Les États-Unis, en revanche, après avoir été à l’initiative de ce magnifique traité diplomatique qu’était l’accord de dénucléarisation de l’Iran [conclu à Vienne le 14 juillet 2015, ndlr], sont revenus sur leur signature.

Donald Trump et Emmanuel Macron en juillet 2017. Crédits : Wikimedia
Donald Trump et Emmanuel Macron en juillet 2017. Crédits : Wikimedia

LCDR : Le soutien américain à l’Ukraine n’a jamais été aussi fort qu’aujourd’hui. Pourquoi Kiev accepterait-elle d’appliquer les accords de Minsk alors que Washington lui promet l’intégration à l’OTAN ?

R.G. : Il n’est absolument pas dans l’intérêt des Russes et des Ukrainiens de maintenir cet état d’hostilité : commercer, faire du business, serait évidemment plus avantageux pour les deux pays. Cela crève les yeux. Le problème est que les présidents Porochenko et Poutine, chacun dans son pays, sont des centristes. Mais ils sont dépassés par la virulence de leurs nationalistes. Ils n’ont pas envie, en faisant des concessions, d’être taxés de trahison.

Il s’agit aussi de sauver la face et de rassurer les Russes. Or, autant il est envisageable pour les puissances européennes qui restent dans l’Union ‒ c’est-à-dire l’Allemagne, la France et l’Italie ‒ de dire à la Russie : l’Ukraine n’intègrera jamais l’OTAN, autant il ne faut pas espérer l’entendre des Américains.

À cela s’ajoute le fait que les relations russo-européennes sont difficiles par elles-mêmes : la Chancelière Merkel reproche à Vladimir Poutine de lui avoir menti pendant la crise de Crimée en mars 2014 ; les Pays-Bas n’ont pas oublié le crash de l’avion de la compagnie Malaysia Airline, rempli de touristes hollandais et abattu par un missile de fabrication russe… Ces rapports russo-européens, déjà tendus, sont rendus plus difficiles encore par les dissensions transatlantiques, qui ne permettent pas d’avoir une politique coordonnée et raisonnable à l’égard de la Russie.

« L’Europe et la France ne sont pas vraiment capables de faire le pari de la Russie. La France, comme les autres pays européens, ne fait ce pari qu’à demi-mot, sans s’impliquer entièrement. »

En réalité, une forte défiance persiste entre la Russie et les États-Unis, surtout du côté du Congrès, puisque le président Trump a des foucades prorusses, comme nous venons de le voir à Helsinki, lors de sa rencontre avec le président Poutine ou, il y a quelques semaines, lorsqu’il a proposé que la Russie réintègre le G7.

Mais quand le général de Gaulle menait, à partir de son voyage en Russie de 1966, une politique de détente et de rapprochement avec l’URSS, elle pouvait se révéler utile et donc être utilisée par l’allié américain de la France. Aujourd’hui on a des divergences et une mésentente très fortes entre l’Europe et l’Amérique, sans qu’il en ressorte aucun effet bénéfique. Les effets de la politique gaullienne, eux, était très clairs, puisque c’est à Paris qu’ont été signés les traité de paix sur le Vietnam et que c’est de Gaulle qui a conseillé à Nixon de reconnaître la République populaire de Chine. Aujourd’hui, nous sommes devant une scène politique internationale éclatée, une Europe et une France qui ne sont pas vraiment capables de faire le pari de la Russie : la France, comme les autres pays, ne fait ce pari qu’à demi-mot, à mi-lèvre, sans s’impliquer entièrement. Aucun pays ne se risque à faire ce pari à 100 %. Le dernier sommet de Bruxelles n’a fait que confirmer ces valses-hésitations : les Italiens n’ont pas osé voter contre les sanctions à l’encontre de la Russie.

Le président français Charles de Gaulle à Moscou, en 1966. Crédits : Image d'archives
Le président français Charles de Gaulle à Moscou, en 1966. Crédits : Image d’archives

LCDR : Comment prendre ce pari de la Russie ?

R.G. : Les Européens pourraient dire : « Nous abolissons le régime des sanctions à l’égard de la Russie mais nous voulons en échange des gestes de bonne volonté de sa part. » Ces gestes de bonne volonté, sont, avant tout, la reprise du contrôle par les Ukrainiens de leur frontière du Donbass. Pour ce qui est de la Crimée, c’est une affaire qui ne pourra être réglée que par un accord bilatéral russo-ukrainien (peut-être un accord de co-souveraineté), or cet accord ne se fera pas tout de suite.

Notez que l’Union européenne n’est pas un partenaire facile à appréhender puisqu’elle a ses propres divisions : il est évident que les Néerlandais et les Allemands n’ont pas la même vision des Russes que les Français, qui n’ont toujours eu qu’à se réjouir des rapprochements franco-russes dans leur histoire.

LCDR : Peut-on parler d’une politique russe d’Emmanuel Macron ?

R. G. : Il a posé des principes qui permettent un rapprochement, ce qui est important. Au Forum de Saint-Pétersbourg, il a dit clairement que la France avait renoncé à tout néo-conservatisme et qu’elle respectait la souveraineté des États : c’était une déclaration majeure à la fois pour Vladimir Poutine et pour la Russie, qui estiment que les Occidentaux n’ont pas à imposer des changements de régime politique aux autres pays. Emmanuel Macron a posé un principe qui le rapproche de la Russie et qui est une critique du comportement passé des Américains, lesquels avaient ouvertement pris le parti du regime-change en Ukraine, au moment de Maïdan.

« Les Occidentaux n’ont pas entendu le discours de Vladimir Poutine lors de la conférence sur la sécurité à Munich, en février 2007, dans lequel il exprimait son irritation face à ce qu’il considérait comme un expansionnisme de l’OTAN à l’est de l’Europe. »

L’annonce du président Macron est très claire mais, malgré cela, il va être difficile de reconstruire des relations de confiance avec la Russie. On pourrait comparer les relations internationales à un aquarium : il est aisé de préparer une soupe avec les poissons qui y vivent, mais beaucoup plus compliqué de repeupler l’aquarium lorsqu’on a dans son assiette une soupe de poisson ! Quand les relations se sont détériorées au point de déclencher une annexion, un changement de frontière comme en Crimée, quand des milliers de vies humaines ont été perdues en Ukraine, c’est-à-dire en Europe, alors il est très difficile de reconstituer l’aquarium.

Les Occidentaux n’ont pas été capables d’entendre le discours de Vladimir Poutine, prononcé lors de la conférence de Munich sur la sécurité, en février 2007, dans lequel il exprimait son irritation face à ce qu’il considérait comme un expansionnisme de l’OTAN à l’est de l’Europe et une conduite désinvolte de l’Occident à l’égard de la Russie. Les Européens et les Américains ne l’ont pas pris au sérieux et n’ont jamais traité le problème qu’il soulevait. Celui-ci, au demeurant, ne sera pas traité avant longtemps : les Européens sont frileux lorsqu’il s’agit d’assumer une nouvelle politique à l’égard de la Russie. Cette frilosité est due à la pression des États-Unis, mais aussi à leur propre désunion. Au sein de l’Union européenne, se confrontent les puissances prorusses (l’Espagne, l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et même la France d’une certaine façon) et les puissances hostiles à la Russie, comme les pays baltes, la Pologne, l’Allemagne de Merkel, la Hollande et l’Angleterre, bien que cette dernière quitte l’Union. Dans un contexte comme celui-là, avoir une politique efficace pour « reconstituer l’aquarium » est particulièrement ardu.

Renaud Girard est le chroniqueur de politique internationale du Figaro. Depuis plus de trente ans, il couvre les principaux conflits de la planète en tant que Grand Reporter et correspondant de guerre. Géopoliticien, il enseigne la stratégie à Sciences Po Paris. Il a notamment publié Retour à Peshawar (éd. Grasset, 2010); Le Monde en guerre (éd. Montparnasse, 2016) et dernièrement Quelle diplomatie pour la France ? (éd. du Cerf, 2017).

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Propos recueillis par Jean-Claude Galli

Dernières nouvelles de la Russie

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Fidèles et infidèles
L’orthodoxie divisée

La reconnaissance, début janvier, de l’indépendance de l’Église orthodoxe d’Ukraine unifiée, par le patriarcat œcuménique de Constantinople, exacerbe les relations déjà extrêmement tendues entre Kiev et Moscou. Quant aux autres Églises autocéphales, elles semblent éviter soigneusement de prendre position.La volonté d’une partie des orthodoxes ukrainiens de se doter d’une représentation religieuse libérée de la tutelle du patriarcat de Moscou ne date pas d’hier : elle s’exprime ouvertement dès la chute de l’URSS et la naissance de l’Ukraine indépendante, en 1991. Aussi, quand le 5 janvier dernier, à Istanbul, le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople, primus inter pares parmi les chefs des Églises orthodoxes mondiales, signe le tomos, le décret octroyant l’autocéphalie (indépendance tant juridique que spirituelle) à l’Église d’Ukraine unifiée, il s’agit d’un jour historique. Le lendemain, le chef de la nouvelle entité religieuse, le métropolite Épiphane, reçoit des mains de Bartholomée le bâton pastoral et le fameux tomos, roulé comme un ancien parchemin, en présence d’une importante délégation d’officiels venus de Kiev, conduite par le président Petro Porochenko en personne. Le 7 janvier, le tomos fait un premier voyage en Ukraine : il est exposé, pendant la messe du Noël orthodoxe, dans la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev. Le 8, le précieux document retourne à Istanbul, pour être une dernière fois vérifié, puis signé, par tous les membres du Synode du patriarcat œcuménique. Aujourd’hui, le tomos est revenu à Kiev, où il sera conservé dans l’église-réfectoire du monastère médiéval Sainte-Sophie, accessible au public.La deuxième église du monde orthodoxeJusque récemment, l’Ukraine comptait trois églises concurrentes : l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou (affiliée à sa « grande sœur » russe), l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Kiev et l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne – toutes deux non reconnues par Moscou. Pour se voir enfin accorder l’autocéphalie, ces dernières devaient fusionner : il s’agissait d’une condition sine qua non pour le patriarcat de Constantinople. Elles y parviennent le 15 décembre dernier, à l’issue d’un « concile unificateur » tenu à Kiev.Le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople signe le Tomos octroyant l’autocéphalie à l’église d’Ukraine unifiée, le 5 janvier 2019. Crédit : BreitbartDepuis cette « fusion », l’Ukraine ne compte donc plus que deux Églises orthodoxes : celle soutenue par le patriarcat de Constantinople, et celle attachée au Patriarcat de Moscou.Pour l’heure, la seconde compte encore deux fois plus de fidèles que la première. Mais, selon de nombreux observateurs, cette proportion pourrait bientôt s’inverser. Philarète, ex-métropolite de Kiev, nommé patriarche honorifique de la nouvelle église unifiée, en est d’ailleurs convaincu : cette dernière est vouée à devenir la deuxième Église autocéphale, derrière celle de Russie, et à « jouer au sein de la communauté orthodoxe mondiale un rôle à la mesure de cette position ». « L’Ukraine va se renforcer au travers de son Église », […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 janvier 2019
International

Le retour du Docteur Folamour

Alors que les États-Unis ont lancé un ultimatum à la Russie pour qu'elle se conforme aux règles du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), Vladimir Poutine vient d'annoncer que son pays pourrait rapidement se doter de cette catégorie d'armes si les Américains décidaient de se retirer du traité.

20 décembre 2018
Culture

Soljenitsyne ou la liberté responsable

En 2017, peu après la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, Hervé Mariton, figure de la droite libérale française, décide de faire une longue pause dans sa carrière politique. Fin connaisseur de la Russie (il parle le russe couramment), l’ancien député de la Drôme consacre aujourd’hui son temps à l’écriture d’un livre sur Alexandre Soljenitsyne et à l’adaptation théâtrale d’un des textes majeurs de l’écrivain dissident, le discours de Harvard, prononcé le 8 juin 1978 devant les étudiants de la célèbre université américaine. Le 6 novembre dernier, à Moscou, en présence de Nathalie Soljénitsyne, la veuve de l’écrivain, l’ancien ministre de l’Outre-mer a donné une interprétation de ce texte – en de nombreux points prophétique – sur le déclin du courage dans les démocraties occidentales. L’occasion pour Le Courrier de Russie de revenir avec lui sur l’héritage politique et philosophique de l’auteur de L’Archipel du Goulag, dont nous célébrons le centenaire cette année. (*) Le Courrier de Russie : Aujourd’hui en France, on parle peu d’Alexandre Soljenitsyne. Comment l’expliquez-vous ? Hervé Mariton : Il faut affronter la réalité telle qu’elle est : on ne parle quasiment plus de Soljenitsyne en France. Il a gagné son combat contre le totalitarisme soviétique, alors, après la chute du Mur de Berlin, on est passé à autre chose. Mais il se trouve que « autre chose » ne veut pas dire la fin de tous les totalitarismes. Donc, je crois qu’il est important de bien entendre le message de Soljenitsyne sur la lutte de l’homme, et sa responsabilité individuelle à ne pas se laisser prendre comme le grain entre les meules. Chacun d’entre nous a sa responsabilité d’homme, dans les conditions les plus sévères, y compris pour l’homme le plus modeste, à l’exemple d’Ivan Denissovitch. Soljenitsyne est donc oublié parce que les circonstances politiques ont évolué, ce qui est une forme de paradoxe, car l’histoire lui a donné raison. Il est aussi oublié parce que, tout simplement, la culture s’use, ce qui est assez triste. Mais si on a en tête que la lutte contre le totalitarisme, en particulier la menace islamiste, est tout à fait d’actualité, alors souvenons-nous de Soljenitsyne. Aujourd’hui, en Europe et dans le monde, on s’interroge beaucoup sur le fait que la démocratie exigée serait ou non compatible avec la liberté. Soljenitsyne c’est à la fois l’affirmation d’une liberté incarnée, élevée, et d’une démocratie dans l’éthique. Alors, n’allons pas chercher des oppositions qui ne sont pas justifiées, et souvenons-nous de Soljenitsyne pour lutter contre le totalitarisme d’aujourd’hui, en particulier le totalitarisme islamiste. LCDR : Soljenitsyne est très clairement considéré comme un écrivain réactionnaire en France. D’aucuns prétendent qu’il aurait même fourni à Vladimir Poutine son logiciel politique. Que répondez-vous à cela ? H.M. : Dans son livre Dans la tête de Poutine, Michel Eltchaninoff décrit l’influence de Nicolas Berdiaev sur Poutine [1874-1948, ndlr]. Berdiaev, philosophe russe chrétien, a lui-même très probablement influencé Soljenitsyne. Je pense qu’en vérité, cette critique arrange beaucoup de monde. Elle arrange ceux qui utilisent abusivement Soljenitsyne dans une droite antilibérale. J’assume d’être à la fois libéral et conservateur, au sens de Benjamin Disraeli. Je critique cette manière qu’a eue Philippe de Villiers, cet été, pour les dix ans de la mort de Soljenitsyne, de partager une de ses critiques qui dirait que la liberté est destructrice et irresponsable. Soljenitsyne ne dit pas cela, mais distingue la « liberté de mal faire » et la « liberté de bien faire ». Il dit que la responsabilité et le devoir de chacun d’entre nous est de distinguer le bien et le mal, et que la « liberté de mal faire » est destructrice et irresponsable. Donc, vous avez, d’un côté, cette grande déformation et, de l’autre, toute une partie de la gauche dans le monde, notamment en France, qui ne supporte pas le combat pour la liberté de Soljenitsyne, qui ne l’a jamais supporté, et qui peut trouver très commode qu’une certaine droite l’accapare. Ainsi, il existe à la fois une droite antilibérale, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Kommersant13 novembre 2018

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