Une. Crédits : tut.by

Minsk : la dérussification en douce

Chaque année, le 9 mai, les pays de l’ex-URSS fêtent traditionnellement le « Jour de la Victoire », qui célèbre la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. La forme n’a pas changé depuis la période soviétique : pléthore de drapeaux rouges, gerbes de fleurs déposées au pied des monuments aux morts, rassemblements, discours des chefs d’État et défilés militaires. Or, cette année, la Biélorussie, pourtant considérée comme l’alliée la plus proche et la plus dévouée de Moscou dans tout l’espace postsoviétique, a interdit la tenue dans sa capitale du « Régiment immortel », cette marche populaire à l’occasion de laquelle les habitants défilent dans les rues en brandissant les portraits de leurs ancêtres ayant combattu entre 1941 et 1945. Que s’est-il passé ?

Le 7 mai dernier, la mairie de Minsk refuse aux organisateurs du Régiment immortel l’autorisation de défiler. Raison invoquée : la Ville organise, le même jour, un événement similaire, intitulé « La Biélorussie se souvient », auquel doivent participer le président Loukachenko ainsi que de nombreux officiels biélorusses. Moscou est sous le choc.

Dès le lendemain, le 8 mai, les autorités de la capitale se ravisent et autorisent la tenue de la marche. Pour finir, l’événement se déroule assez discrètement, rassemblant peu de participants. L’incident a provoqué un scandale. Plusieurs médias russes pro-gouvernementaux ont crié à la « trahison » et accusé Alexandre Loukachenko de soutenir les forces séparatistes et nationalistes, qui cherchent à arracher le pays à l’influence politique et culturelle de la Russie. Ou, en d’autres termes, à ce que l’on appelle le « monde russe ». Pour la presse russe proche du Kremlin, la Biélorussie est en train de suivre les traces d’une autre ex-république soviétique : l’Ukraine.

Le défilé du Régiment immortel de Minsk était organisé par le « Conseil de coordination des communautés russes » de l’ambassade de Russie en Biélorussie, dont le directeur, Andreï Guerachtchenko, a récemment été démis de ses fonctions d’élu de la ville de Vitebsk pour avoir déclaré en public que les Biélorusses « font partie du peuple russe ». On sait pourtant combien le président Loukachenko aime à évoquer « la proximité historique » existant entre les peuples biélorusse et russe, […]

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Denis Lavnikevitch, Minsk

Dernières nouvelles de la Russie

International

L’année prochaine, à Minsk

L’année prochaine, le président biélorusse Alexandre Loukachenko devrait fêter vingt-cinq ans de pouvoir sans partage. Mais cet anniversaire pourrait bien ne jamais avoir lieu. Plusieurs décisions récentes du Kremlin laissent présager d’un avenir différent : la Biélorussie risque, d’ici quelques mois, de ne plus être un État complètement souverain… Le 22 août dernier, Vladimir Poutine reçoit son homologue biélorusse à Sotchi. Rien ne filtre de la teneur de cette rencontre durant les trois jours qui suivent, pas plus à Moscou qu’à Minsk, Alexandre Loukachenko n’apparaissant pas même en public. Les politologues en concluent immédiatement qu’il est mécontent du résultat de ces entretiens. Le président biélorusse ne sort de son silence que dans la soirée du 26 août, à l’occasion d’une interview fleuve à la télévision, au cours de laquelle, de façon à peine voilée, il confirmée les rumeurs selon lesquelles la Russie a gelé tous ses crédits à la Biélorussie. Moscou reproche à Minsk de réexporter à l’étranger, dans un contexte de hausse du prix du pétrole, des hydrocarbures (produits pétroliers et gaz liquéfié) qui lui sont vendus à des tarifs préférentiels. Des accusations injustes, selon le président biélorusse, qui estime que son pays a simplement trouvé un bon moyen de renflouer ses caisses. De son côté, Alexandre Loukachenko accuse Moscou d’enfreindre « des accords déjà signés », sans dire un mot de la nouvelle donne économique en Russie. Assaillie par les vagues successives de sanctions américaines, cette dernière ne peut plus se permettre de soutenir l’économie biélorusse avec autant de générosité que par le passé. Quoi qu’il en soit, une chose semble certaine : la visite d’Alexandre Loukachenko à Sotchi n’a rien arrangé. Moscou et Minsk sont engagées dans un bras de fer économique, qui s’est durci au printemps dernier. Ruban de Saint-Georges et lait de la discorde La tension est montée brutalement le 9 mai, au cours des rituelles célébrations de la Victoire contre l’Allemagne nazie. Ce jour-là, les autorités biélorusses décident d’interdire la tenue à Minsk de la parade du Régiment immortel, et tentent aussi de faire disparaître des festivités le ruban orange et noir de Saint-Georges, symbole patriotique très populaire dans la Russie d’aujourd’hui. Le cortège est finalement autorisé dès le lendemain, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

29 août 2018
International

Moscou-Minsk : le printemps de la discorde

Durant la Coupe du monde de football 2018, les touristes munis d’un visa russe pourront se rendre librement en Biélorussie autant de fois qu’ils le souhaitent, et inversement pour ceux qui séjourneront dans ce pays lors des prochains Jeux européens, du 14 au 30 juin 2019. Si Minsk a tenu à conclure un tel accord avec la Russie, c’est aussi parce que Moscou n’avait que très moyennement apprécié ‒ et c’est peu dire ‒ la décision du président Loukachenko, l’année dernière, d’ouvrir la Biélorussie aux ressortissants de quatre-vingts États étrangers. Depuis le mois de janvier 2017, les ressortissants des pays de l’UE, des États-Unis, du Brésil ou de l’Indonésie, entre autres, sont ainsi autorisés à séjourner sans visa cinq jours sur le territoire biélorusse, à condition d’y entrer par l’aéroport de Minsk. La Biélorussie a également supprimé les visas pour les citoyens des États membres de l’UE souhaitant passer jusqu’à dix jours dans les régions occidentales de Hrodna et de Brest-Litovsk, qui recèlent de nombreux sites touristiques, historiques et culturels, notamment les parcs naturels Canal d’Augustów et Forêt de Białowieża. En pratique, la mesure concerne principalement les touristes polonais et lituaniens. « Depuis un peu plus d’un an, les contrôles russes à la frontière avec la Biélorussie se sont brutalement durcis » Le président Loukachenko a fait savoir qu’il comptait poursuivre cette politique d’ouverture, dont les retombées économiques sont déjà tangibles : en un an et demi, près de 150 000 étrangers (dont plus de 80 000 en 2017) sont entrés en Biélorussie sans visa et, pour la seule ville de Minsk, les recettes du tourisme ont augmenté de 35%, selon le site d’information biélorusse Belta. Dans le même temps, depuis un peu plus d’un an, les contrôles russes à la frontière avec la Biélorussie se sont brutalement durcis. Les services de sécurité russes (FSB), chargés de ces contrôles, invoquent des mesures préventives dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international. Mais le président biélorusse réfute l’argument en bloc, soulignant que son pays et la Russie possèdent la même « liste noire » d’individus indésirables. Selon lui, Moscou a une attitude de méfiance, indigne d’un pays allié. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

5 juin 2018