Igor Delanoë : « le bilan de Sotchi est en demi-teinte pour la diplomatie russe »

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Culture

Soljenitsyne ou la liberté responsable

En 2017, peu après la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, Hervé Mariton, figure de la droite libérale française, décide de faire une longue pause dans sa carrière politique. Fin connaisseur de la Russie (il parle le russe couramment), l’ancien député de la Drôme consacre aujourd’hui son temps à l’écriture d’un livre sur Alexandre Soljenitsyne et à l’adaptation théâtrale d’un des textes majeurs de l’écrivain dissident, le discours de Harvard, prononcé le 8 juin 1978 devant les étudiants de la célèbre université américaine. Le 6 novembre dernier, à Moscou, en présence de Nathalie Soljénitsyne, la veuve de l’écrivain, l’ancien ministre de l’Outre-mer a donné une interprétation de ce texte – en de nombreux points prophétique – sur le déclin du courage dans les démocraties occidentales. L’occasion pour Le Courrier de Russie de revenir avec lui sur l’héritage politique et philosophique de l’auteur de L’Archipel du Goulag, dont nous célébrons le centenaire cette année. (*) Le Courrier de Russie : Aujourd’hui en France, on parle peu d’Alexandre Soljenitsyne. Comment l’expliquez-vous ? Hervé Mariton : Il faut affronter la réalité telle qu’elle est : on ne parle quasiment plus de Soljenitsyne en France. Il a gagné son combat contre le totalitarisme soviétique, alors, après la chute du Mur de Berlin, on est passé à autre chose. Mais il se trouve que « autre chose » ne veut pas dire la fin de tous les totalitarismes. Donc, je crois qu’il est important de bien entendre le message de Soljenitsyne sur la lutte de l’homme, et sa responsabilité individuelle à ne pas se laisser prendre comme le grain entre les meules. Chacun d’entre nous a sa responsabilité d’homme, dans les conditions les plus sévères, y compris pour l’homme le plus modeste, à l’exemple d’Ivan Denissovitch. Soljenitsyne est donc oublié parce que les circonstances politiques ont évolué, ce qui est une forme de paradoxe, car l’histoire lui a donné raison. Il est aussi oublié parce que, tout simplement, la culture s’use, ce qui est assez triste. Mais si on a en tête que la lutte contre le totalitarisme, en particulier la menace islamiste, est tout à fait d’actualité, alors souvenons-nous de Soljenitsyne. Aujourd’hui, en Europe et dans le monde, on s’interroge beaucoup sur le fait que la démocratie exigée serait ou non compatible avec la liberté. Soljenitsyne c’est à la fois l’affirmation d’une liberté incarnée, élevée, et d’une démocratie dans l’éthique. Alors, n’allons pas chercher des oppositions qui ne sont pas justifiées, et souvenons-nous de Soljenitsyne pour lutter contre le totalitarisme d’aujourd’hui, en particulier le totalitarisme islamiste. LCDR : Soljenitsyne est très clairement considéré comme un écrivain réactionnaire en France. D’aucuns prétendent qu’il aurait même fourni à Vladimir Poutine son logiciel politique. Que répondez-vous à cela ? H.M. : Dans son livre Dans la tête de Poutine, Michel Eltchaninoff décrit l’influence de Nicolas Berdiaev sur Poutine [1874-1948, ndlr]. Berdiaev, philosophe russe chrétien, a lui-même très probablement influencé Soljenitsyne. Je pense qu’en vérité, cette critique arrange beaucoup de monde. Elle arrange ceux qui utilisent abusivement Soljenitsyne dans une droite antilibérale. J’assume d’être à la fois libéral et conservateur, au sens de Benjamin Disraeli. Je critique cette manière qu’a eue Philippe de Villiers, cet été, pour les dix ans de la mort de Soljenitsyne, de partager une de ses critiques qui dirait que la liberté est destructrice et irresponsable. Soljenitsyne ne dit pas cela, mais distingue la « liberté de mal faire » et la « liberté de bien faire ». Il dit que la responsabilité et le devoir de chacun d’entre nous est de distinguer le bien et le mal, et que la « liberté de mal faire » est destructrice et irresponsable. Donc, vous avez, d’un côté, cette grande déformation et, de l’autre, toute une partie de la gauche dans le monde, notamment en France, qui ne supporte pas le combat pour la liberté de Soljenitsyne, qui ne l’a jamais supporté, et qui peut trouver très commode qu’une certaine droite l’accapare. Ainsi, il existe à la fois une droite antilibérale, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Kommersant13 novembre 2018
International

Les frontières de l’influence numérique russe

Interview exclusive – À l’occasion de la sortie de son livre Ru.net, Géopolitique du cyberespace russophone (éd. L’Inventaire), Kevin Limonier, maître de conférences en études slaves et géopolitique à l’Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis, revient pour le Courrier de Russie sur l’image de « cyberpuissance » que s’est construite la Russie ces dernières années. Entre ingérences politiques supposées et guerre de l’information réelle ou fantasmée, bienvenue dans le Ru.net, le cyberespace tant redouté par le monde occidental ! Le Courrier de Russie : Avons-nous aujourd’hui la preuve que la Russie a contribué à la victoire de Donald Trump lors de l’élection présidentielle américaine de 2017 ? Kevin Limonier : Non, nous n’en avons pas de preuve irréfutable et cela pour plusieurs raisons : la première, c’est qu’il faudrait qu’une attribution claire soit établie concernant les attaques dirigées contre le Comité national démocrate (DNC / Democratic National Committee), ce qui pour le moment n’est pas le cas. On sait qu’il y a eu des ingérences russes par le biais d’une agence qui s’appelle Internet Research Agency, située à Saint-Pétersbourg, sur laquelle enquête aujourd’hui le procureur spécial Robert Mueller. On commence à avoir une masse d’informations sur des sociétés écrans, comme Concord Catering, qui appartient à Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine. Il y a des bribes d’informations qui commencent à faire sens. Mais, même si on avait la preuve irréfutable que le DNC a été piraté par les Russes, même si il était établi qu’ils sont bien à l’origine de tout ce qu’on leur reproche dans l’élection américaine, nous n’aurions pas pour autant la preuve irréfutable que leurs agissements ont déterminé l’issue du scrutin. Pour moi, le résultat de l’élection présidentielle de 2017 est, avant tout, une affaire de politique intérieure, les Américains n’avaient pas besoin des Russes pour en arriver là. Maintenant, l’action supposée de la Russie pose un certain nombre de questions aux démocraties occidentales, sur leur solidité notamment. LCDR : Où se situe la frontière entre influence et ingérence ? K.L. : Il n’y a pas de limite très claire, dans la mesure où des grandes puissances comme la Russie, les États-Unis ou la France, ont toutes une politique d’influence. L’ingérence, généralement, induit des actions plus ou moins coercitives pour essayer d’influencer un processus dans un État tiers. C’est d’ailleurs une des définitions de la puissance selon Raymond Aron : une puissance est un pays qui impose sa volonté à un autre, une unité politique qui impose ses choix à une autre. D’une certaine manière, l’ingérence est une des formes de contrainte dont disposent aujourd’hui les États pour parvenir à leurs fins. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 septembre 2018
International

« Emmanuel Macron doit faire le pari de la Russie »
Interview de Renaud Girard

Emmanuel Macron a annoncé début juillet l'organisation, les 11, 12 et 13 novembre prochains, d’un grand Forum sur la Paix à Paris, dans le cadre de la célébration du centenaire de l’armistice de 1918. Il y a convié les chefs d'État des pays ayant participé à la Première Guerre mondiale, dont Vladimir Poutine et Donald Trump.

12 septembre 2018