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Monument à la bataille de Sutjeska (1943), construit dans les années 1960, en Bosnie-Herzégovine. Crédits : Michael Kötter - Flickr

Moscou/Bruxelles : duel d’influence dans les Balkans

La Commission européenne a relancé le processus d’élargissement de l’Union. Conformément à la promesse faite lors du sommet de Thessalonique en 2003, un document – publié le 6 février – prévoit l’adhésion des six pays des Balkans occidentaux : Serbie, Kosovo, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine et Macédoine, la Serbie et le Monténégro pouvant rejoindre l’Union européenne (UE) dès 2025. Si les autorités russes ont faiblement réagi à cette annonce, la presse moscovite s’est emparée de ce sujet traitant à la fois du duel d’influence entre Moscou et Bruxelles dans cette région et des motivations de réforme de l’institution européenne.

Carte des Balkans n'étant pas encore intégrés à l'Union européenne. Crédits : DR
Carte des Balkans n’étant pas encore intégrés à l’Union européenne. Crédits : DR

La presse russe estime, en premier lieu, que l’UE tente de soustraire les pays des Balkans, notamment la Serbie, à l’influence grandissante de Moscou. Piotr Iskenderov, de l’Institut russe des études slaves, considère ainsi sur RBC que « l’UE s’intéresse à l’intégration de la Serbie afin de l’éloigner de la Russie ». Sergueï Manoukov partage cette analyse dans le magazine Expert, voyant dans la démarche de Bruxelles une manœuvre lui permettant de ne pas « abandonner cette région, stratégiquement importante, à la Russie, la Chine ou la Turquie, pays dont l’influence a considérablement augmenté ces dernières années. […] L’UE entend maintenir la Serbie et le Monténégro en laisse. De toute évidence, les exigences de lutte contre la corruption et le crime ne sont pas les plus importantes. La principale demande concernera l’éloignement politique de la Russie et le passage de ces deux pays sous l’influence totale de l’Occident. C’est déjà plus ou moins le cas pour le Monténégro. Il suffit de rappeler que ce pays vient de devenir membre de l’OTAN, alors que des citoyens russes sont accusés d’avoir fomenté un coup d’État, l’année dernière. »

Les experts russes s’accordent néanmoins à dire que cette nouvelle alliance entre les Balkans Occidentaux et l’UE n’impactera que faiblement les relations qu’entretient la Russie avec cette région, n’appelant aucune réponse de la part de Moscou. Comme l’explique Maxime Samoroukov, chercheur au Centre Carnegie de Moscou : « L’adhésion à l’UE et à l’OTAN n’empêche pas la Hongrie et la Bulgarie de développer des projets énergétiques avec la Russie. Par conséquent, nos intérêts économiques en Serbie sont parfaitement compatibles avec leur prochaine intégration au sein de l’UE. »

Le président serbe Aleksandar Vučić et Vladimir Poutine se sont rencontrés en décembre 2017. Crédits : Kremlin.ru
Le président serbe Aleksandar Vučić et Vladimir Poutine se sont rencontrés en décembre 2017. Crédits : Kremlin.ru

C’est également ce qu’a déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse à Moscou, le 8 février dernier : « En ce qui concerne les pays qui ne font pas partie de l’UE mais qui envisagent d’y adhérer ou d’élargir leur coopération avec elle, nous ne voyons là aucun obstacle concernant notre coopération avec eux et ne les obligeons pas à faire le choix d’être avec ou contre nous. » Piotr Iskenderov considère pour sa part que la réponse de Moscou à l’adhésion des pays des Balkans à l’UE dépendra de l’état des relations russo-européennes d’ici 2025, reconnaissant que « l’intégration européenne de la Serbie prendra une dimension géopolitique […], beaucoup dépendra de la volonté politique des acteurs impliqués ».

Pour M. Iskenderov, l’élargissement a deux buts : d’une part, relancer la dynamique européenne après le départ de la Grande-Bretagne en montrant que l’Europe est capable de mener une politique étrangère active et d’accepter de nouveaux membres ; et d’autre part, lutter contre la criminalité, la corruption et le trafic de drogue dans cette région. Maxime Samoroukov voit, lui aussi, dans ce nouvel élargissement une stratégie permettant d’« entreprendre une réforme radicale des institutions européennes. […] L’admission de six petits pays pauvres, dont le leadership est quelque peu irresponsable, est le meilleur argument en faveur de l’abandon de la règle du consensus entre États membres dans les prises de décisions de l’UE. Cela pourrait mener à une prise de décision majoritaire. »

Vladimir Poutine et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Crédits : Kremlin.ru
Vladimir Poutine et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Crédits : Kremlin.ru

La question du Kosovo est également centrale dans les analyses russes, perçue comme un frein à l’intégration de la Serbie. La normalisation des relations entre Belgrade et Pristina est présentée comme une condition sine qua non à l’adhésion serbe. M. Iskenderov rappelle toutefois que cinq États membres de l’UE (l’Espagne, la Grèce, la Slovaquie, la Roumanie et Chypre) n’ont pas reconnu l’indépendance de la République du Kosovo, proclamée il y a dix ans de cela, témoignant des désaccords au sein même des pays membres de l’Union sur le statut de Pristina. « La réaction de Belgrade à la demande de normalisation de ses relations avec le Kosovo sera déterminante », conclut pour sa part Sergueï Manoukov.

Elsa Régnier

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  1. J’y verrais au contraire une prudente évaluation par la Russie..!
    Attitude allant dans le sens d’un apaisement hautement nécessaire et vital .pour les Deux Partenaires (Russie et UE élargie…)

  2. Le fait que des pays européens , dont l’Espagne dans la partie occidentale, refusent de reconnaître le Kosovo comme Etat , affaiblit la position de l’Europe dans les Balkans car il y a ambiguïté sur les intérêts des uns et des autres .
    Les Balkans avec leur grande diversité sur une surface restreinte ont un passé fort prégnant qui renforce les particularismes . La Yougoslavie , comme l’URSS, en disparaissant ont fait resurgir de la glaciation politique ,qu’elles étaient, des problèmes d’un autre temps auxquels les responsables politiques de l’U E n’étaient pas préparés dans leur tropisme atlantiste .
    Il y faut une qualité d’un autre temps : la patience .

  3. L’Europe a surtout besoin de renforcer ses forces vives historiques. La sortie de la Grande Bretagne, qui a toujours un pied dedans et deux pieds dehors, en est une opportunite malheureusement non saisie. L’Europe ne doit pas, encore une fois, se laisser diriger par le diktat atlantiste et americain, belliqueux et dangeureux. Qu’a-t-on de plus besoin, en Europe, de l’adjontion de pays pauvres, corrompus, ou les subsides, comme celles procurees a la Grece, iront dans le meme type de poches malsaines de ces pays des Balkans.La russophobie ambiante est affolante et meprisable.

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