La guerre du Donbass près de Debaltsevo. Crédits : Wikimedia

Livraison d’armes américaines à Kiev : Le scénario d’une reconquête militaire du Donbass renforcé

En annonçant, le 22 décembre dernier, leur intention de livrer des armes de guerre à Kiev, les États-Unis ont projeté le conflit ukrainien dans une nouvelle phase dont il est difficile de prévoir l’issue.

La libération, quelques jours plus tard, de prisonniers détenus par les belligérants ne doit pas nous leurrer : il n’existe pas de dynamique de paix à l’œuvre aujourd’hui en Ukraine. C’est une conjonction d’intérêts qui a rendu possible cet échange entre loyalistes et séparatistes.

Pour Moscou et ses protégés de Donetsk et Lougansk, c’était l’occasion de montrer au monde que les fauteurs de guerre étaient les Américains, mais aussi de faire un geste en direction de Paris et Berlin, délaissées – à tort – ces derniers mois par la diplomatie russe au profit de Washington et d’une improbable négociation sur le déploiement de casques bleus de l’ONU dans l’Est de l’Ukraine.

Pour Kiev, où le pouvoir se trouve en grande difficulté – à cause, notamment, de son incapacité à ramener la paix et la prospérité promises aux Ukrainiens après Maïdan, mais aussi pour son rôle dans la pantalonnade politique qui se joue ces jours-ci autour du sort de l’ancien président géorgien Mikheil Saakachvili –, il était urgent d’obtenir quelque chose, une bonne nouvelle venue du Donbass, qui donne aux dirigeants du pays la possibilité de parader – en uniforme– devant les caméras de télévision.

Enfin, pour les Français et les Allemands, il était tout aussi urgent de démontrer que le processus de négociation de paix, déjà moribond, dont ils sont les garants, n’était pas en train de tourner carrément au fiasco politique.
Presque trois ans auront été nécessaires. Trois ans !, pour parvenir à ce que les belligérants acceptent, enfin, d’entreprendre la mise en œuvre de la disposition des accords de Minsk 2 (signés le 12 février 2015) la plus facile à réaliser : la libération des prisonniers de guerre.

Le processus de Minsk est devenu un cadre de gestion politique du conflit

Depuis l’hiver 2015, chaque semaine, dans la capitale biélorusse, se réunissent diplomates et négociateurs – ukrainiens, russes et occidentaux – au sein de quatre groupes de travail : politique, sécurité, humanitaire, économie. Pour quel résultat ?
Rappelons que les accords de Minsk ne portent que sur les territoires de l’Est de l’Ukraine tombés sous le contrôle des forces prorusses durant le conflit entre Kiev et les séparatistes. Ils ne concernent pas la péninsule de Crimée, annexée par la Russie et rattachée à elle, le 18 mars 2014, à l’issue d’un référendum non reconnu par la communauté internationale.
Ils prévoient notamment : le retrait des armes lourdes de la ligne de front, l’attribution par Kiev d’un statut politique aux territoires concernés, l’organisation d’élections, la restitution à l’Ukraine du contrôle de ses frontières… […]

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Jean-Claude Galli