S'abonner, c'est soutenir une rédaction indépendante basée à MoscouDécouvrir nos offres

« Les sanctions contre la Russie, c’est pour toujours »

« Les sanctions contre la Russie, c’est pour toujours »

Les sanctions contre la Russie ne seront jamais levées, est convaincu Sergueï Karaganov, doyen de la faculté de politique et d’économie mondiale de l'École des hautes études en sciences économiques de Moscou. Comment le pays peut-il s’adapter à cette nouvelle donne et poursuivre son développement ? Un des experts russes des relations internationales les plus pointus s’explique sur la question.Propos recueillis par Piotr SkorobogatyExpert : Dans le chaos multipolaire que connaît le monde actuel, la possession de l’arme nucléaire n’est-elle pas devenue la seule garantie absolue, pour les États, de protection de leur souveraineté ?Sergueï Karaganov : La multipolarité était un des grands objectifs de la politique russe – seulement, nous avions oublié qu’elle ne constituait pas un système, mais le chaos dans lequel nous nous enfonçons aujourd’hui. Ce nouveau monde multipolaire exige que s’établissent de nouvelles règles, que se créent de nouveaux équilibres des forces – mais ils n’existent pas encore.Nous assistons à l’effondrement de plusieurs systèmes mondiaux. La domination de l’Occident s’achève après cinq-cents ans. L’ordre mondial libéral, qui a régi le monde entre 1990 et 2007, s’écroule. Et effectivement, dans cette situation, quelque paradoxal que cela puisse paraître, l’arme nucléaire devient le principal facteur de stabilisation des relations internationales.Le chaos ambiant et l’absence de dialogue entre les puissances mondiales créent une situation bien plus dangereuse que pendant les années de guerre froide. Le monde est entré dans une période de transition, qui peut durer très longtemps. Si nous y survivons, nous arriverons dans quinze ou vingt ans à un autre système, dans lequel existeront deux grands centres : l’un, eurasiatique – avec une domination de la Chine limitée par la Russie, l’Iran, l’Inde, la Corée du Sud et le Japon – et l’autre, concentré autour des États-Unis. Mais cela, c’est à condition que n’éclate pas entre temps une grande guerre, qui pourrait tout simplement signer la fin de l’Histoire.

"L’Europe doit devenir plus dure"

Expert : En esquissant ces deux pôles de force futurs, vous n’avez pas parlé de l’Europe…S.K. : A l’heure actuelle, l’Europe ne fait pas figure de centre potentiel du monde à venir, même s’il est évident qu’elle concentre un immense potentiel de ressources humaines et financières. Mais pour redevenir un centre, il faudrait que l’Europe s’échappe de l’ordre qu’elle a elle-même établi. L’ordre européen est un ordre pacifique, un ordre de compromis, un ordre fondé sur le soft power, sur des facteurs de puissance modérés. Mais c’est un ordre qui, malheureusement, n’est pas adapté au monde multipolaire et dur dans lequel nous sommes entrés.En fait,

Il vous reste 75% de l'article à consulter...

Créez votre compte et accédez gratuitement à 3 articles par mois

Je crée mon compte

Déjà abonné ? Se connecter

ExpertTraduit par Julia Breen