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Donald Trump et Vladimir Poutine lors du premier jour du sommet de l'APEC, le 10 novembre. Crédits : Kremlin.ru

Qui voulait la peau de la rencontre Trump – Poutine ?

La rencontre informelle directe entre les présidents russe et américain, annoncée en marge du sommet de l’APEC au Vietnam et tant débattue ces derniers jours, n’a finalement pas eu lieu, se résumant à quelques brefs contacts. Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a expliqué que l’événement avait échoué à cause du service du protocole de Donald Trump. Que signifie cette déclaration, et qu’arrivera-t-il aux coupables ? Kommersant fait le bilan.

Brève conversation entre Donald Trump et Vladimir Poutine parmi les participants du sommet de l'APEC, le 11 novembre. Crédits : Kremlin.ru
Brève conversation entre Donald Trump et Vladimir Poutine parmi les participants du sommet de l’APEC, le 11 novembre. Crédits : Kremlin.ru

C’est le président américain en personne qui, début novembre, sur l’antenne de la chaîne FoxNews, avait évoqué cette rencontre, expliquant qu’il pourrait rencontrer son homologue russe en marge du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique au Vietnam et énumérant même certains sujets de discussion possibles, notamment la Syrie, la Corée du Nord et l’Ukraine.

Iouri Ouchakov, assistant du président russe, avait ensuite confirmé l’information, précisant toutefois qu’il s’agirait d’une rencontre informelle, « de couloir », tandis que le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, faisait savoir que Vladimir Poutine était prêt à débattre. Un peu plus tard, le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, avait annoncé que les services protocolaires des deux pays continuaient de discuter de cette possibilité, mais que Moscou recevait des Américains des « informations contradictoires ».

Finalement, la rencontre annoncée n’a pas eu lieu. Les deux présidents se sont simplement croisés et « serré la main », comme s’empressent de le rapporter aujourd’hui les médias. Au cours de ces deux ou trois entrevues, qui ont duré littéralement quelques secondes chacune, les chefs d’État ont évoqué le conflit syrien, et même la question de l’intervention russe dans les présidentielles américaines. Et dimanche, Dmitri Peskov déclarait que leur rencontre informelle avait échoué à cause du service du protocole du président américain, qui n’aurait, selon lui, « pas fait preuve de souplesse » en ne soumettant qu’une seule option de lieu et de date, sans proposer d’alternatives.

Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, lors d'une conférence de presse. Crédits : Kremlin.ru
Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, lors d’une conférence de presse. Crédits : Kremlin.ru

Les vraies raisons

Pour Pavel Saline, directeur du Centre de politologie de l’Université des finances, ce sont en réalité les élites occidentales, indifférentes à l’opinion et aux désirs de Trump, qui étaient opposées à la tenue de cette rencontre : « Côté américain, l’annonce n’est venue que de Trump, et toutes les confirmations n’ont résonné que du côté russe. Trump voulait peut-être réellement obtenir de cette conversation des résultats et des avancées, qu’il aurait pu utiliser à son profit en politique intérieure. Mais la position qui a dominé est celle non du président mais des élites américaines, occidentales. Et elles ont envoyé un signal : leur décision est prise et il ne faut s’attendre, dans un avenir proche, à aucune évolution sérieuse dans le format des relations entre la Russie et l’Occident. »

Pour Dmitri Abzalov, président du Centre des communications stratégiques, l’échec de cette rencontre aura pour conséquence que, désormais, tous les contacts à venir entre les deux chefs d’État seront tenus au secret le plus longtemps possible : « Ce genre de protocoles se décident généralement au pied levé, et si on avait vraiment voulu cette rencontre, elle aurait eu lieu. Il est évident qu’après cet échec, la stratégie de négociation avec les Américains va changer : toutes les prochains événements et rencontres ne seront annoncés qu’une fois que les dates et heures en auront été expressément fixées et confirmées. »

Poignée de main entre Donald Trump et Vladimir Poutine lors du premier jour du sommet de l'APEC, le 10 novembre. Crédits : Kremlin.ru
Poignée de main entre Donald Trump et Vladimir Poutine lors du premier jour du sommet de l’APEC, celle-ci n’a pas été suivie de la rencontre informelle attendue, le 10 novembre. Crédits : Kremlin.ru

Les réactions officielles

Quant à Vladimir Poutine, il a évoqué, à propos de cette rencontre avortée « certaines formalités de protocole, que nos équipes, malheureusement, ne sont pas parvenues à gérer », ajoutant, dans un sourire : « Et bien sûr, des gens seront punis pour cela. » Un peu plus tard, son porte-parole a lui aussi annoncé, également sur le ton de la plaisanterie, que « le châtiment suivra[it] ». Pourtant, selon les experts, cet échec est majoritairement le fait des Américains – et il est peu probable que des responsables politiques russes soient effectivement sérieusement réprimandés. Au maximum, Moscou pourrait accuser un quelconque responsable subalterne et le punir ostensiblement – avant de le récompenser officieusement, d’une manière ou d’une autre, pour les « désagréments occasionnés », selon la formule consacrée.

De son côté, le chef de l’État américain s’est contenté de quelques mots sur son compte Twitter, déclarant, à propos des brefs échanges qu’il a eus avec Vladimir Poutine : « Nous avons une bonne discussion sur la Syrie », avant de s’interroger : « Quand donc tous les haineux et les imbéciles comprendront-ils qu’avoir de bonnes relations avec la Russie est une bonne chose, et non une mauvaise. »

Logotype du quotidien Kommersant

Kommersant est le principal quotidien national de Russie, tiré à plus de 92 000 exemplaires et distribué dans tout le pays. Créé en 1992, il se distingue par son souci d’objectivité dans le traitement de l’information et par ses analyses fines et impartiales des relations internationales.

KommersantTraduit par Julia Breen

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