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Le ministre des affaires étrangères turc Mevlüt Çavuşoğlu et le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov lors de la signature d'accords en mars 2017. Crédits : Kremlin.ru

Le contrat de vente de S-400 entre la Russie et la Turquie remis en question

Lundi 9 octobre, le ministre turc des affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a déclaré qu’Ankara pourrait renoncer à acheter les systèmes de défense antiaérienne et antimissile russes S-400 Triumph si Moscou refuse que ceux-ci soient produits sur le territoire turc. La Russie est réticente à partager cette technologie pour des raisons de sécurité et de complexité technique. Le journal Kommersant fait le point sur la situation.

« Nous n’avons reçu aucun refus officiel à ce sujet. Vladimir Poutine lui-même nous a dit que nous pouvions entreprendre des démarches en vue d’une production commune, a déclaré le ministre Mevlüt Çavuşoğlu au journal turc Aksam. Mais si la Russie y est défavorable, nous pourrons conclure un accord avec un autre pays. » Et d’ajouter que la Turquie doit acheter d’urgence des S-400 pour protéger son espace aérien. « Si les pays mal disposés envers la Russie ne veulent pas que la Turquie lui achète des S-400, à eux de nous présenter une autre option », souligne M. Çavuşoğlu. Le porte-parole du président russe Dmitri Peskov a réagi en disant que « les contacts et les négociations entre experts autour de ce contrat se poursuivent », sans toutefois entrer dans les détails.

Rappelons qu’en septembre la Russie et la Turquie ont conclu un contrat portant sur la livraison de 4 systèmes S-400 pour un montant total supérieur à 2 milliards de dollars. Les pourparlers se sont déroulés dans des délais extrêmement serrés et ont uniquement reposé sur des arrangements personnels entre Vladimir Poutine et le président turc Recep Tayyip Erdoğan.

Les militaires turcs espéraient recevoir non seulement des systèmes prêts à l’emploi mais également un accès aux technologies permettant d’assembler ensuite des Triumph sur leur territoire. Malgré la position ferme de la Turquie, les négociateurs russes ont toutefois réussi à obtenir la signature de l’accord sans qu’il y soit question d’un transfert de technologie. De hauts fonctionnaires russes ont affirmé que la Turquie recevrait uniquement des produits finis. « Il s’agit de technologies très complexes : on ne peut pas simplement les prendre et construire chez soi une entreprise produisant ces systèmes, souligne Sergueï Tchemezov, directeur général de Rostec. Ces technologies doivent être maîtrisées par un personnel qualifié. Leur formation nécessiterait plusieurs décennies. »

Un S-400 "Triumph". Crédits : Wikimedia
Un S-400 « Triumph ». Crédits : Wikimedia

« Un élément de jeu politique »

Rosoboronexport, l’agence russe chargée des exportations militaro-industrielles, et le Service fédéral de la coopération militaro-technique ont refusé de commenter les propos du ministre turc. Toutefois, selon plusieurs sources de Kommersant travaillant dans la sphère de la coopération militaro-technique, ceux-ci ont été perçus comme « un élément d’un jeu politique ». « Nous avons conclu un contrat sérieux incluant toutes les subtilités juridiques et les engagements de chaque partie, explique un des interlocuteurs de Kommersant. Ce contrat ne pourra pas être rompu aussi facilement. » D’après elle, les déclarations de M. Çavuşoğlu sont une réponse aux États-Unis, qui, après l’accord passé entre la Russie et l’Arabie Saoudite sur l’achat de ces mêmes S-400, ont rapidement approuvé la vente de systèmes de missiles antibalistiques THAAD à Riyad pour un montant de près de 15 milliards de dollars. « Il est possible qu’Ankara s’attendait à recevoir la même offre de la part des Américains et a été vexée que ce ne soit pas le cas », ajoute l’interlocuteur de Kommersant. Rappelons que, selon Vladimir Kojine, assistant du président russe pour la coopération militaro-technique, la Russie a déjà reçu un acompte de la Turquie (de plus de 100 millions de dollars, selon les calculs des experts) pour la livraison des Triumph. Celle-ci devrait commencer dans deux ans.

Par ailleurs, la nécessité pour la Turquie de développer ses capacités de production n’est pas le seul obstacle à un transfert de technologie. Selon Kommersant, les services spéciaux russes, qui estiment peu judicieux de donner accès aux éléments internes des systèmes S-400 à un pays membre de l’OTAN, s’opposent fermement à une telle forme de coopération. D’après l’expert militaire Alexeï Leonkov, la station radar du Triumph – une des plus évoluées dans ce secteur – présente un intérêt particulier pour les étrangers. Une source de Kommersant travaillant dans la sphère de la coopération militaro-technique a déclaré le 9 octobre que les consultations entre experts russes et turcs seraient poursuivies. « S’ils veulent cette implantation, ils l’obtiendront mais elle sera objectivement petite et ne dépassera pas les 15 %. Il est peu probable que nous soyons prêts à davantage », conclut-elle.

Ivan Safronov et Alexandra Djordjevitch

Logotype du quotidien Kommersant

Kommersant est le principal quotidien national de Russie, tiré à plus de 92 000 exemplaires et distribué dans tout le pays. Créé en 1992, il se distingue par son souci d’objectivité dans le traitement de l’information et par ses analyses fines et impartiales des relations internationales.

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