Le Drian à Moscou pour renforcer les relations franco-russes

« Le dialogue du Trianon sera une structure permanente travaillant en collaboration avec la société civile et dont le travail visera à renforcer la confiance et la compréhension mutuelle entre nos peuples. »


Le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian était à Moscou, le 8 septembre, pour rencontrer son homologue russe Sergueï Lavrov. Au programme des discussions : les grandes crises internationales – Syrie, Libye, Ukraine et Corée du Nord – mais aussi le renforcement de la relation bilatérale. Le Courrier de Russie dresse le bilan, en citations.

Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, lors de leur conférence de presse commune. Crédits : MID
Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, lors de leur conférence de presse commune. Crédits : MID

Sur la relation bilatérale

J-Y. Le Drian : « Je souhaite que cet outil [le dialogue du Trianon] soit mis en œuvre et que le dialogue puisse permettre de favoriser la concrétisation d’initiatives citoyennes visant à développer les échanges et la coopération entre les sociétés russe et française, de diffuser la connaissance des relations franco-russes et leur histoire, de mettre en valeur notre patrimoine commun et créer une logique d’échange renforcée. […] C’est déjà un symbole et un signe du renforcement de nos relations. »

S. Lavrov : « Le dialogue du Trianon sera une structure permanente travaillant en collaboration avec la société civile et dont le travail visera à renforcer la confiance et la compréhension mutuelle entre nos peuples. Les coprésidents des deux pays ont déjà été nommés et se rencontreront bientôt afin de finaliser les questions pratiques pour faire fonctionner ce dialogue de Trianon. » [Aucun nom n’a été cité.]

Au terme de leur rencontre, les deux ministres ont signé une déclaration conjointe relative à la mise en place du dialogue du Trianon. Institué par Vladimir Poutine et Emmanuel Macron lors de leur rencontre à Versailles le 29 mai dernier, le dialogue du Trianon est un forum franco-russe des sociétés civiles devant permettre à la jeunesse, aux acteurs économiques et culturels et aux intellectuels de se rapprocher et de surmonter les incompréhensions mutuelles.

Sur la Syrie

S. Lavrov : « Nous considérons qu’il y a des signes de progrès tangibles. Trois zones de désescalade ont été ouvertes : dans le sud-ouest du pays, en Ghouta orientale et dans le nord de la province de Homs. Lors de la sixième rencontre sur le règlement du conflit syrien à Astana, les 14 et 15 septembre, nous comptons nous mettre d’accord sur la création d’une quatrième zone de désescalade à Idleb. C’est le plus compliqué, ce qui explique la durée des entretiens. »

J-Y. Le Drian : « Nous avons évoqué la Syrie à un moment où Daech recule considérablement et où se pose, dès à présent, la question de l’après-Daech et de l’engagement d’un processus politique […] Nous n’avons pas fait du départ de Bachar el-Assad un préalable à la discussion. La France est, par ailleurs, convaincue que Bachar el-Assad n’est pas la solution de l’aboutissement du processus politique. »

Sur l’Ukraine

S. Lavrov : « Comme le président Poutine l’a annoncé, la Russie vient de déposer une résolution auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui prévoit le déploiement d’une force, sous l’égide des Nations Unies, ayant pour mission de garantir la sécurité des observateurs de l’OSCE sur le terrain. […] Cette initiative a pour seul et unique but de permettre la mise en œuvre stricte des accords de Minsk. »

J-Y. Le Drian : « Nous avons pris acte de l’initiative de la Russie de faire en sorte que les Nations Unies puissent contribuer à la sécurité des agents de l’OSCE présents sur le terrain. […] Nous allons l’analyser et étudier en particulier sa mise en œuvre avec l’application stricte des accords de Minsk. J’ai de l’intérêt pour cette initiative car c’est la première fois que la Russie initie une présence des Nations Unies sur le terrain. »

En marge du sommet des BRICS, début septembre, Vladimir Poutine s’est dit favorable au déploiement de forces de maintien de la paix pour assurer la sécurité des observateurs de l’OSCE dans l’est de l’Ukraine. Le président russe a demandé à son ministère des affaires étrangères de déposer une résolution en ce sens à l’ONU.

Sur la Corée du Nord

S. Lavrov : « Nous condamnons les provocations organisées par le gouvernement nord-coréen. […] Les positions de la Russie et la France sont proches. Il faut faire pression sur le régime nord-coréen pour le convaincre de cesser les provocations, de mettre un terme à son programme nucléaire mais aussi de revenir au processus politique. Il n’y a pas d’alternative si nous voulons trouver une solution à long terme sur la question nucléaire dans la péninsule nord-coréenne. »

J-Y. Le Drian : « On peut considérer dès à présent que la Corée du Nord va avoir rapidement les moyens d’agir par l’intervention de vecteurs nucléaires opératoires. […] Cette rupture importe une prise de position du Conseil de sécurité qui nécessite les sanctions et pressions nécessaires pour ramener la Corée du Nord à la table des discussions. »

Dimanche 10 septembre, un projet de résolution présentant les sanctions à prendre contre la Corée du Nord a été exposé à l’ONU. Il a été quelque peu remanié après des négociations avec la Chine et la Russie, qui ont refusé le gel des avoirs du leader nord-coréen et demandé l’instauration d’un embargo sur le pétrole « progressif » plutôt que « total ». Ce nouveau projet de résolution sera mis au vote lundi 11 septembre.