Tolérance, failles de sécurité… l’attentat à Barcelone vu de Russie

Des experts russes commentent les attentats qui ont frappé la Catalogne


Deux attaques à la voiture-bélier ont été perpétrées à Barcelone et Cambrils, jeudi 17 août, séparées d’une centaine de kilomètres. La première a fait au moins 13 morts et une centaine de blessés, dont une citoyenne russe. Trois personnes ont été arrêtées. Ces actes terroristes, revendiqués par l’État islamique, ont été vivement commentés en Russie. Sélection.

attentat Barcelone
Les victimes de l’attentat survenu jeudi 17 août à Barcelone sont d’au moins 34 nationalités différentes, a fait savoir la protection civile. Crédits : montage/capture

« La crise de l’Europe gauchiste »

DrizeDmitri Drize, commentateur politique pour la radio Kommersant FM

« Après les attentats de Barcelone – mais aussi ceux de Londres, Paris, Berlin, etc. – se pose la question : n’est-il pas temps pour l’Europe libre de revoir ses valeurs fondamentales que sont le multiculturalisme et la tolérance ? Ou, du moins, de limiter l’afflux d’immigrés clandestins, ou de leur faire comprendre qu’ils devront rentrer chez eux ?

Mais non, l’Europe ne durcit pas sa politique migratoire – et les réfugiés continuent à affluer, à être répartis à travers l’Europe et placés sous la protection de gouvernements.

Et maintenant : tragédie à Barcelone. Anne Hidalgo, maire de Paris, exprime ses condoléances au peuple frère espagnol et déclare que la tolérance est bien plus forte que le « terrorisme odieux et lâche ».

Après chaque attentat, on apprend que les services spéciaux savaient ou avaient été prévenus qu’ils allaient être perpétrés mais qu’ils n’ont pas eu le temps de les empêcher ou qu’ils ne se sont pas montrés assez vigilants. Ou bien qu’ils craignaient de susciter des inquiétudes non fondées et d’être accusés ensuite de transgresser les valeurs de tolérance. Conclusion : on redoute moins d’être touché par des attentats que d’être soupçonné de renier les valeurs occidentales.

Ce qui vient de se passer est un nouvel exemple de cette crise de l’Europe gauchiste, qui a autant besoin de réformes que la Russie. Les réformes, ce n’est pas retourner à la dictature ou à la haine raciale. Il s’agit simplement de repenser son identité. »

« La psychologie du terrorisme »

LoutsenkoVladimir Loutsenko, colonel de réserve du FSB, ancien chef de la division du KGB de lutte contre le terrorisme. Kommersant

« Je crains que ce qui s’est passé en France, en Belgique et dans d’autres pays européens ne se reproduise, à savoir qu’on enverra dans les rues des soldats armés de mitrailleuses et qu’on cherchera les responsables dans un lieu tout à fait différent que celui où ont eu lieu les attentats.

Les experts répètent depuis longtemps que chaque attentat réussi est reproduit. C’est la psychologie du terrorisme. Si un attentat a pu être perpétré à un endroit, une attaque identique aura lieu ailleurs.

Mais cela ne sert à rien de simplement attraper l’« infanterie », c’est-à-dire les exécutants. Il faudrait au moins une fois prendre le temps de réfléchir et frapper ceux qui les envoient. Nous savons tous où se trouve cette force directrice, ce « nid » wahhabite, cet attroupement de centres islamistes. »

« Viser Barcelone, c’est donc viser le tourisme espagnol »

Alexandre Tedoi bourmouliAlexandre Tevdoï-Bourmouli, doyen de la chaire des processus d’intégration de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO)

« Barcelone est un des centres culturels, économiques et touristiques de l’Espagne. La haute saison y bat actuellement son plein. Viser Barcelone, c’est donc viser le tourisme espagnol dans son ensemble. Si nous partons du fait que les islamistes veulent non seulement frapper l’Europe en choisissant des cibles évidentes comme la France, la Belgique ou la Grande-Bretagne, mais également créer le sentiment chez les Européens qu’ils se trouvent dans leur viseur, Barcelone est, sans nul doute, un bon choix. »

« Barcelone n’était pas prête à ce qui lui est arrivé »

estfievDmitri Evstafiev, expert en sécurité internationale et en terrorisme. Kommersant FM

« Le problème et le principal danger de ces « attentats au camion-bélier », c’est que la majorité de ces terroristes sont des imitateurs. Et la force de cet exemple est considérable. Prêtez attention, premièrement, au nombre élevé de victimes : 13 actuellement. Et, deuxièmement, à ce qu’on voit sur les vidéos : la panique dans le centre d’une grande ville. Ce que recherchent précisément les terroristes. Malheureusement, Barcelone n’était pas prête à ce qui lui est arrivé. »

« L’attentat sans doute le moins cher à perpétrer »

sapounovIouri Sapounov, major-général du FSB, chef de la direction de lutte contre le terrorisme international entre 2004 et 2006. Kommersant

« Difficile de ne pas songer ici à Snowden : l’Europe entière est, telle une toile d’araignée, entourée par les services secrets américains, dont le renseignement électronique est relativement efficace. Je n’exclus pas la possibilité que, lors des préparatifs, certaines actions directes aient été relevées, qui ont permis de surveiller les préparatifs de l’attentat. Mais, vous savez, dans son exécution, c’est l’attentat sans doute le moins cher à perpétrer, d’où la facilité de le reproduire. Je suis actuellement en Europe et, dans les lieux de rassemblement, je ne vois aucune mesure prise en ce qui concerne les forces de l’ordre. Ni même des barrières être installées. Il existe pourtant beaucoup de ressources techniques qui permettraient de déjouer ce genre d’attentats. Mais le plus important pour les déjouer, c’est d’obtenir des informations pertinentes et de les étudier correctement.

Tout cela nécessite des moyens financiers, des dépenses. Ce n’est peut-être pas la peine ici de construire des fortifications ; en revanche, il est sûrement tout à fait possible de réaliser des choses concrètes empêchant le passage de véhicules. »