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Jean de Gliniasty, ex-ambassadeur en Russie : « Il faut se montrer digne des valeurs que l’on proclame »

Jean de Gliniasty, ex-ambassadeur en Russie : « Il faut se montrer digne des valeurs que l’on proclame »

Jean de Gliniasty a été ambassadeur de France en Russie de 2009 à 2013. Il vient de publier aux éditions L’Inventaire l’essai La diplomatie au péril des « valeurs » : pourquoi nous avons eu tout faux avec Trump, Poutine et d'autres. Rencontre.Le Courrier de Russie : Le vieux continent subit, ces dernières années, des attaques terroristes particulièrement sanglantes. Face à ce fléau, des voix se lèvent qui affirment que l’Europe subit un « retour de bâton » prévisible, que, si elle n’était pas intervenue en Syrie, elle n’aurait pas aujourd’hui à pleurer ses victimes. Dans quelle mesure l’Union européenne est-elle responsable de la montée du terrorisme, selon vous ?Jean de Gliniasty : Ce phénomène comporte plusieurs dimensions. Il y a d’abord la dimension de la « riposte » de Daech aux actions militaires menées contre lui. Rappelons-nous l’avion russe, détruit au-dessus du Sinaï à peine un mois après le début de l’intervention militaire de Moscou en Syrie, en septembre 2015. Cela m’avait beaucoup frappé, à l’époque. Il y a donc effectivement, dans ces attentats terroristes, un aspect « guerre traditionnelle » que nous avons connu en France aussi. Rappelons-nous notamment les nombreux attentats commis en France dans les années 1980 par des Iraniens, en réaction à la prise de parti de la France pour l’Irak dans la guerre Iran-Irak. Cet aspect est donc incontestable, et ce serait absurde de le nier.Mais le terrorisme a également un aspect post-impérial, commun à l’Europe et à la Russie. En France, comme en Russie, vivent des populations qui peuvent se sentir rejetées et qui forment un vivier de mécontentement. Pour des raisons identitaires, on assiste aujourd’hui à la résurgence d’un islam simpliste et agressif. Un islam qui légitime tous les actes de violence, même quand ils sont dictés par des considérations d’origine différente, comme la revanche sociale, par exemple. L’islam radical offre une justification idéologique à toutes les dérives personnelles.LCDR : Dans cette situation, la France a-t-elle le droit de se défendre ?J.G. : Oui, la France a le droit de défendre ses citoyens, elle en a même le devoir. Mais n’oublions pas que le terrorisme est une menace globale, qui implique des réponses militaires, mais aussi sociétales, économiques et éducatives. Il faut donner de l’emploi, créer une dynamique d’intégration positive dans tous les pays où des minorités se sentent marginalisées.LCDR : La Russie a proposé plus d’une fois à la France de coopérer le plus étroitement possible dans la lutte contre le terrorisme. Pourquoi la France refuse-t-elle cette main tendue ?J.G. : En réalité, la France et la Russie coopèrent beaucoup plus qu’il n’y paraît. Mais les coopérations dans ce genre de domaines ne sont pas publiques. Au niveau des actions ponctuelles, tout me laisse penser qu’il existe une coopération réelle entre nos deux pays.

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Propos recueillis par Inna Doulkina