Sergueï Lavrov : « Toutes ces années, nos partenaires occidentaux nous ont menti »

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision Rossia 1 le 11 avril 2014, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov revient sur les raisons de la crise ukrainienne. Un témoignage important qui a l’avantage de présenter la position russe sur la question et d’en expliquer les fondements. Le Courrier de Russie en a traduit les fragments les plus marquants.

Promesses oubliées

Nous assistons en ce moment à une restructuration de tout le système mondial. Après la disparition de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie, ceux que nous désignons sous le terme général d’« Occident » ont laissé échapper des possibilités historiques au moment où la Russie a proposé toute une série d’initiatives qui auraient permis de réellement unir non seulement le continent européen, mais aussi le bloc euro-atlantique, Eurasie y compris.Il a notamment été proposé de faire de l’OSCE le centre d’une telle coopération, sur une base d’égalité entre tous les États membres. On a exprimé la possibilité qu’après la disparition de l’URSS et du Pacte de Varsovie, le Bloc du Traité de l’Atlantique nord allait cesser d’exister ou, au minimum, de s’élargir. On nous a assuré de cela, on nous a beaucoup parlé du fait que, désormais, le bénéfice de tous était dans une collaboration égalitaire, fondée sur le respect des intérêts sécuritaires de chacun, que la sécurité était indivisible et que personne n’allait assurer sa propre sécurité sur le compte de celle des autres. Au début, on nous a persuadés que l’unification de l’Allemagne n’allait pas signifier l’expansion des règles et des forces de l’OTAN sur le territoire de l’ex-RDA. Ensuite, cette promesse a, évidemment, été oubliée. Après, on nous a promis que l’OTAN ne s’élargirait pas plus loin vers l’Est, qu’elle n’allait pas englober les pays d’Europe centrale et orientale – promesse qui, d’ailleurs, avait été fixée dans toute une série d’accords, n’ayant malheureusement pas été formalisés juridiquement. Mais ces promesses aussi ont été transgressées. Ensuite, il y a eu les déclarations politiques, signées au sommet dans le cadre de l’OSCE et du Conseil Russie-OTAN nouvellement créé, sur le fait que les pays de l’Alliance n’allaient pas établir de forces militaires sur le territoire des nouveaux pays membres du bloc du Traité de l’Atlantique nord. Cette promesse non plus n’a pas résisté à l’épreuve du temps.Nous avons commencé de poser des questions : pourquoi l’infrastructure militaire de l’OTAN s’avançait-elle vers nos frontières, pourquoi créait-on une défense antimissile, dont nous avions les plus sérieux motifs de supposer qu’elle menace nos forces stratégiques de dissuasion nucléaire. Ce à quoi on nous a répondu de ne pas nous inquiéter, vu que ce n’était pas contre nous. Mais nos estimations et nos constats, que les experts de la Fédération ont proposé maintes fois aux Américains et aux autres partenaires de l’OTAN d’étudier ensemble, disent exactement le contraire. Il n’y a jamais eu, au cours de toutes ces années, de conversation sérieuse sur ce thème.

« Ne vous mêlez pas des relations UE-Ukraine »

Après cela, l’Union européenne a initié le projet de « Partenariat oriental », qui englobe six États post-soviétiques – l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Biélorussie, et dans le cadre duquel une attention prioritaire est accordée à l’Ukraine. Comme chacun sait, l’UE a proposé aux Ukrainiens de signer un accord d’association et de libre-échange. En toute camaraderie, nous avons soulevé le fait que nous sommes unis à l’Ukraine par une immense quantité de liens commerciaux et économiques, d’investissement et autres, et qu’il ne serait pas mal de réfléchir un peu ensemble à comment développer nos relations. On nous a dit : « Pour le moment, nous nous mettons d’accord avec les Ukrainiens, et ensuite, nous vous présenterons ce sur quoi nous nous sommes entendus. » On nous a assuré que l’accord d’association et de libre-échange serait un accord-type : le même que ceux que l’Union européenne a conclus avec le Mexique,

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Traduit par Julia Breen

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