Le quatuor de Douchanbé

À Douchanbé, hier, l’étouffante chaleur – 44°C à l’ombre – a dissuadé les habitants de venir accueillir les cortèges des chefs d’Etat de la Fédération de Russie, de l’Afghanistan et du Pakistan.


Le président Medvedev achève sa visite de deux jours au Tadjikistan où il a inauguré un barrage avec son homologue, le président Emomalii Rahmon. Il a également participé au sommet à quatre organisé par son hôte avec les présidents de l’Afghanistan et du Pakistan.

Douchanbé, Le président Medvedev a participé au sommet à quatre organisé par le président de Tadjikistan, Emomalii Rahmon, avec les présidents de l’Afghanistan et du Pakistan.

À Douchanbé, hier, l’étouffante chaleur – 44°C à l’ombre – a dissuadé les habitants de venir accueillir les cortèges des chefs d’Etat de la Fédération de Russie, de l’Afghanistan et du Pakistan. Pourtant, au-delà des déclarations de bonne volonté et des multiples souhaits que « les relations existantes entre [ces] pays deviennent plus dynamiques », la forme même de la rencontre constitue une nouveauté. L’idée d’un tel évenement avait été émise en juin dernier lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Ekaterinbourg. « Aujourd’hui nous saluons la création d’une nouvelle forme de dialogue » s’est exclamé Dmitri Medvedev à la conférence de presse qui a suivi l’entrevue des présidents, indiquant que ce nouveau cadre de coopération pourra résoudre des problèmes clés, des relations économiques à la lutte contre le narcotraffic et le terrorisme. Les réseaux de trafficants de drogue se sont, en effet, multipliés dans la région depuis la chute de l’URSS, la frontière soviétique ayant assuré jusqu’alors un rôle efficace de rempart. Le traitement du problème à l’échelle régionale parait indispensable aujourd’hui.

Le président Rahmon, quant à lui, a lié cette rencontre à la présence occidentale dans la région : « Ce sommet s’inscrit dans la lignée des efforts de la communauté internationale pour soutenir l’Afghanistan et le Pakistan et pour résoudre leurs problèmes socio-économiques et leurs questions de sécurité ». Pour Moscou, un tel événement donne l’occasion de prendre part aux affaires de l’Asie centrale, et notamment de l’Afghanistan et du Pakistan, qui sont traditionnellement des zones d’influence privilégiées des Etats-Unis et de leurs alliés. Mais la puissance russe, longtemps très présente dans cette région, veut proposer une aide originale qui insiste d’abord sur le développement local. « Nous disposons d’un espace commun que nous pourrions remplir des différents projets dont nous avons parlé aujourd’hui, a dit M. Medvedev. Il s’agit notamment de projets énergétiques et de projets de transport par voies ferrées. Ce n’est qu’en agissant ainsi que nous pourrons résoudre les problèmes brûlants et complexes qui se sont accumulés depuis des dizaines d’années dans la région. »

Comme pour illustrer sa déclaration et concrétiser la nouvelle forme de relation qu’il a appelée de ses voeux, le président russe s’est rendu aujourd’hui à Sangtuda au sud de la capitale tadjike, où il a inauguré avec M. Rahmon une centrale hydroélectrique. Les Chefs d’Etat, dont les pays ont coinjointement financé le projet, ont symboliquement pressé le bouton de la mise en marche des turbines. Le président tadjik, après avoir rappelé à quel point la production et l’indépendance énergétiques sont les bases de tout développement économique, a déclaré que ce barrage « fait naître l’espoir que, lors des hivers à venir, les problèmes de pénurie d’énergie électrique et de chauffage seront en partie résolus ». Les constructeurs prévoient que, dans deux mois, la part de la station dans la production annuelle d’électricité du pays atteindra 12%. D’après le directeur du complexe de Sangtuda, Rakhmetoulla Aljanov, « dans les deux années à venir est prévue la construction d’une deuxième centrale par des spécialistes iraniens. Elle devrait achever de résoudre en totalité le problème d’approvisionnement énergétique du Tadjikistan ».

Après tant de déclarations et de gestes témoignant de l’excellent état des relations russo-tadjikes, les chefs d’Etats se devaient d’aborder des sujets plus sensibles, notamment dans le domaine de la coopération militaire. Douchanbé avait ces derniers temps, de manière assez inattendue, fait pression sur la Place de Smolensk pour rendre payante la présence de la base du 201ème régiment russe. Est également demandé le départ des conseillers du FSB qui avaient été envoyés en 2004 pour aider à garder la frontière afghane. Les experts estiment que la finalité de telles exigences est de pousser Moscou à intensifier son aide financière au pouvoir tadjik. « En raison de la chute des prix du coton et de l’aluminium, a déclaré Andreï Grozine à Kommersant, la situation dans le pays devient catastrophique. Ces derniers jours le président a même appelé les Tadjiks à faire des réserves de nourriture pour deux ans. L’issue des élections présidentielles de l’année prochaine dépendra des conditions dans lesquelles les habitants auront passé l’hiver. »

Reste du moins à espérer que la nouvelle centrale remplisse les objectifs d’approvisionnement annoncés.