Le Courrier de Russie

De nouveaux investisseurs pour le secteur agroindustriel

Des vaches. Crédits : Flickr

En 2016, la production agricole en Russie a augmenté de presque 5% s’élevant à 5 600 milliards de roubles. Si le pays a aujourd’hui atteint l’autosuffisance dans plusieurs secteurs alimentaires, il existe toutefois des niches dont le développement, pour différentes raisons, accuse du retard par rapport à la tendance générale.

Des rivières de lait

Depuis plus de dix ans, la production de lait dans l’élevage laitier en Russie ne connaît plus de croissance,
un problème évoqué par le ministre de l’agriculture Alexandre Tkatchev en 2015, presque immédiatement après sa prise de fonction. Cette situation est exacerbée par le fait qu’une grande partie du lait russe est produite dans de petites exploitations et qu’il est relativement difficile, voire impossible, de le vendre à des transformateurs. « Le volume de la production russe de lait cru représente près de 30 millions de tonnes. 40 % sont produits dans des exploitations individuelles pour une consommation personnelle. Concrètement, sur 30 millions de tonnes de lait brut, un peu plus de 17 millions sont transformées, ce qui est loin d’être suffisant pour approvisionner le marché en produits laitiers », confie à L’économika Lioudmila Manitskaïa, directrice exécutive de l’Union laitière de Russie.

L’État essaie d’accroître l’attractivité de la filière aux yeux des investisseurs. Cette année, le pourcentage de l’aide aux investissements consentis pour créer et moderniser les fermes laitières a ainsi augmenté, passant de 20 à 30 %, voire 35 % en Extrême-Orient. En outre, des interventions de l’État sont prévues pour stabiliser les prix du lait cru. « Quand les prix du lait en poudre et du beurre sont extrêmement faibles, l’État achète ces produits, maintenant ainsi le niveau des prix pour les agriculteurs. Dès que les prix repartent à la hausse, l’État se met à vendre ses stocks afin que les prix à la consommation ne soient pas trop élevés », explique Andreï Danilenko, président du conseil d’administration de l’Union nationale des producteurs de lait.

Ces dernières années, 166 nouveaux projets ont été lancés dans le secteur pour un rendement total de plus de 290 000 tonnes de lait par an, selon l’Institut de marketing agraire. Ainsi, en décembre 2016 s’est achevée la construction d’une nouvelle exploitation laitière dans la région de Tioumen. Ce projet conjoint du groupe Damate et du français Danone est conçu pour 4 600 têtes de bétail, avec une première production de lait prévue dès le mois de mars. Une fois à pleine capacité, l’usine devrait produire 44 700 tonnes de lait cru par an, dont la totalité sera envoyée aux usines de transformation de l’entreprise Danone. Parmi les principaux investisseurs de la filière laitière ayant déjà lancé ou se préparant à lancer de nouveaux projets, on retrouve le thaïlandais CP Group, le vietnamien TH Group et le holding agricole russo-allemand EkoNiva.

Cependant, à en croire les experts, même dans le cas où tous les projets seraient réalisés, ils ne pourront pas couvrir totalement les besoins du marché intérieur. « L’État ne se préoccupe de ce secteur que depuis deux ans. C’est évidemment très peu : dix à quinze ans sont nécessaires pour qu’une ferme soit prospère, commente Mme Manitskaïa. Aujourd’hui, nous observons déjà la tendance suivante : les grands transformateurs de lait ouvrent leurs propres fermes, c’est-à-dire qu’ils construisent toute la chaîne de production : du champ à la mise sur le marché des produits finis. C’est précisément dans ce cycle que réside l’avenir de la filière. »

Le marché russe continuera ainsi à connaître une pénurie de lait. Autrement dit, le secteur sera prêt à accueillir de nouveaux investisseurs.

À l’assaut des serres

En 2016, la production de légumes de serre a connu un véritable boum des investissements. […]