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1984/2012 ou l’ignorance fait la force

1984/2012 ou l’ignorance fait la force

Qu’y a-t-il de commun entre le télécran du célèbre roman de George Orwell et la télévision russe d’aujourd’hui ? Et pourquoi le premier média du pays est-il construit selon le principe de l’utopique Ministère de la Vérité ? Le Courrier de Russie a tenté de comprendre.Qui a participé aux manifestations contre les fraudes électorales « pour de l’argent et des gâteaux » et « combien coûtent des clochards avec des affiches » ? Ce ne sont que quelques-unes des questions de l’émission qui a fait scandale, Anatomie de la protestation, diffusée par la chaîne télévisée NTV les 15 et 19 mars – soit seulement quelques jours après l’élection présidentielle. L'enquête pseudo-documentaire propose sa version de qui – et pourquoi – a participé aux actions de l'opposition « Pour des élections honnêtes », qui se sont déroulées dans le pays après le 4 décembre 2011. Réponse : il apparaît que les citoyens sont sortis dans la rue non pour des idées mais pour des dollars américains. La réaction des manifestants a suivi sans tarder – depuis le 16 mars, la chaîne NTV subit des attaques informatiques DDoS et, le 18 mars, quelques centaines de personnes révoltées par le reportage se sont rassemblées près du centre de télévision Ostankino pour un piquet de protestation « Contre les mensonges éhontés de NTV ». 100 personnes ont été arrêtées.Mais comment est-il possible que de nos jours, en Russie, sur une chaîne fédérale, on diffuse en prime-time une émission qui déforme entièrement la réalité des événements ? Et quel en a été l’écho auprès des téléspectateurs, qui ont constitué une audience de, respectivement, 15% et 12% lors des deux diffusions du film ?

Une télévision comparable, en influence, à la moitié du PIB

Dans les cercles de la jeunesse progressiste, ne pas regarder la télévision devient à la mode. Cependant, la majorité des habitants de la Fédération – ils sont 84% selon les chiffres du centre Levada – apprennent les nouvelles à la télévision. « Le Russe moyen regarde la télévision trois heures par jour, note Roman Goudiakov, auteur d'une thèse sur le rôle de la télévision dans la formation de l'identité de la société. C'est-à-dire qu’on passe, à regarder la télévision, presque autant de temps qu’à produire la moitié du PIB. Aujourd'hui, constate-t-il, la réalité n’existe pratiquement pas sans son image. »La télévision contemporaine est moins une source d'information qu’un instrument de manipulation. Et la Russie, en la matière, ne fait pas exception. En 2006 est sorti en Angleterre le film, tourné à la manière documentaire, de Gabriel Range : La mort du président. On y voit un terroriste syrien assassiner le président George Bush Jr. Si l’assassinat relève de l’imagination du réalisateur, les souvenirs « documentaires » de gens ayant souffert du terrorisme utilisés dans le film conduisent le spectateur à penser qu’un tel scénario est totalement vraisemblable – et que l’invasion des USA en Syrie est non seulement souhaitable, mais indispensable. « C’est comme si le film, tourné il y a six ans, avait prédit la politique étrangère actuelle des USA », commente Roman Goudiakov.À la télévision contemporaine, le principal n’est pas ce que l’on montre mais comment on le montre. Pour pousser le spectateur à croire en l'authenticité de l'image, il suffit d’une série d’outils bien connus du cinéma documentaire : enregistrements d’une caméra de vidéosurveillance,

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Maria Gorkovskaya