Le Courrier de Russie

Les métiers de l’avenir en Russie

Le marché de l’emploi évolue actuellement à un rythme effréné : les nouvelles exigences des employeurs nécessitent de constamment élargir ses compétences tandis que les métiers dits « traditionnels » s’éteignent peu à peu. Quelles professions auront le vent en poupe d’ici trois à cinq ans et lesquelles auront disparu à jamais ? Comment s’adapter aux exigences sans cesse changeantes des recruteurs ? Le Courrier de Russie vous propose un aperçu du futur marché de l’emploi en Russie et à l’étranger.

Jeunes diplômés de la MGU à Moscou. Crédits : mynet.com.tr

Les progrès technologiques, l’automatisation de la production et l’informatisation de la société provoquent immanquablement une modification de la liste des métiers demandés. Svetlana Gontchar, coach d’affaires, confirme cette tendance : « D’une part, les tâches manuelles monotones sont confiées à des robots, ce qui augmente la vitesse et la qualité de la production. D’autre part, Internet permet d’échanger des informations des dizaines, voire des centaines de fois plus rapidement que par le passé. » Autrement dit, le monde s’accélère, les technologies conquièrent de plus en plus vite les marchés, et cette cadence n’est pas près de ralentir.

En outre, ce rythme croissant et les nouvelles exigences en matière de compétences favorisent un changement d’activité de plus en plus fréquent. Déjà en 2009, un sondage mené par l’université américaine de l’Indiana a montré qu’à 38 ans, un travailleur a déjà exercé en moyenne entre 10 et 14 métiers différents. Selon ce même sondage, un sur quatre reste moins d’un an au même endroit, et plus de la moitié travaillent moins de 5 ans pour le même employeur.

Élargir son profil

« 65 % des futures professions ne sont même pas encore connues de la communauté professionnelle mondiale », estime Valerie Bremond, directrice générale de l’entreprise de coaching Do It Evolution. C’est pourquoi, avant de choisir une profession, il faut évaluer non seulement sa demande actuelle mais également l’éventualité d’une reconversion dans un domaine connexe si celle-ci venait à disparaître.

« Il est aujourd’hui manifeste que le marché se vide progressivement de ses middle managers », observe Mme Bremond. Par exemple, l’apparition du PC banking a diminué la nécessité de se rendre à la banque et, partant, la demande en employés de banque. À l’inverse apparaît un besoin en programmeurs hautement qualifiés qui garantiront le fonctionnement continu des services bancaires sur Internet. L’effacement des frontières entre les secteurs professionnels entraîne l’émergence de nouveaux secteurs et, par là même, de spécialistes. C’est précisément au point de contact entre deux secteurs que se font des découvertes intéressantes et importantes, quand des spécialistes introduisent les approches et les solutions d’un domaine dans un autre. Ainsi, l’une des sphères les plus avancées aujourd’hui – celle des biotechnologies – a surgi lorsque des ingénieurs ont appliqué leurs méthodes à la médecine.

« Pour rester compétitif sur le marché de l’emploi, un spécialiste d’un domaine dépassé doit étayer son expérience par des connaissances issues d’une sphère connexe, conseille Vera Boyarkova, directrice RH chez Leroy Merlin. Depuis quelques années, on demande davantage de managers polyvalents ; autrement dit, un manager auparavant responsable uniquement de la logistique doit maintenant pouvoir également se charger des questions commerciales et des livraisons. »

Les experts attirent l’attention sur le fait que la crise donne lieu à une redistribution de la demande pour une série de professions. « Aujourd’hui, on recherche particulièrement des directeurs de ventes et des spécialistes qui participent directement à la création de produits matériels et intellectuels », commente Svetlana Gontchar. D’après cette dernière, le renforcement de la politique russe de substitution aux importations a entraîné une brusque hausse de la demande en ingénieurs industriels, une profession qui manque aujourd’hui cruellement de personnel qualifié.

En Russie et à l’étranger, une partie des professions qui seront prochainement les plus demandées seront liées aux nanotechnologies. Crédits Gregoryperez/Flickr

Les professions naissent de la demande

Malgré les apparences, le marché de l’emploi reste prévisible. Selon les experts, d’ici quelques années les employeurs apprécieront particulièrement que leurs collaborateurs aient bénéficié d’une formation technique, économique ou juridique, complétée par la connaissance d’une langue étrangère et des technologies informatiques.

« Le secteur le plus prometteur tant en Russie qu’à l’étranger est l’informatique, affirme Svetlana Gontchar. Les designers hautement qualifiés dans ce domaine valent de l’or et les spécialistes capables de traduire le langage technique en langage des affaires et inversement sont respectés à la fois par les différents départements de l’entreprise et les équipes techniques.»

« L’informatique dans les applications d’entreprise, les ventes multicanal et l’e-commerce devient indéniablement l’un des domaines les plus en vue », confirme Vera Boyarkova avant d’ajouter que les ressources humaines sont également très porteuses. D’après elle, les stratégies des entreprises sont actuellement fortement axées sur le travail des départements RH.

En ce qui concerne le marché européen de l’emploi, Katerina Gautier, directrice générale du centre d’apprentissage de langues étrangères Prolangue, dégage deux tendances : « En Europe, les centres d’aide aux citoyens, par exemple aux personnes âgées, gagnent aujourd’hui en popularité. La demande en community managers est également apparue relativement récemment : cette profession, née à la jonction entre le marketing et la gestion de la relation client, est actuellement un élément important de la stratégie de nombreuses entreprises. » On demande souvent aux community managers d’avoir fait des études de marketing, de journalisme ou de communication. Ces spécialistes doivent également maîtriser les outils du marketing des médias sociaux.

Toujours est-il qu’en Russie et à l’étranger, une partie des professions qui seront prochainement les plus demandées sont liées aux nanotechnologies, lesquelles englobent tous les secteurs d’activité imaginables : les machines-outils, l’aérospatiale, l’industrie alimentaire, la médecine, etc.

Le développement personnel comme clé du succès

Aujourd’hui, les diplômés russes du supérieur sont relativement exigeants, souhaitent apporter leur contribution personnelle au développement de l’entreprise et gravir rapidement les échelons, et aspirent à la stabilité et à un salaire élevé, constatent les experts. Les jeunes diplômés étrangers privilégient quant à eux une expérience professionnelle internationale, ce qu’encouragent également fortement la plupart des entreprises.

« L’ambition favorise la progression professionnelle et personnelle, estime Vera Boyarkova. C’est pourquoi notre entreprise a introduit un programme de placement des jeunes spécialistes à des postes de direction : chaque collaborateur a son propre plan d’intégration, ce qui lui permet de mobiliser ses connaissances et ses compétences, d’exploiter ses talents et de révéler son potentiel. »

Les experts sont unanimes : les entreprises ne rechercheront et ne rémunèreront généreusement que les candidats qui aspireront constamment à progresser sur les plans professionnel et personnel, travailleront dans l’intérêt de leur entreprise et se laisseront guider non seulement par les récompenses matérielles mais aussi par la possibilité de se réaliser. En d’autres termes, pour s’assurer une carrière stable et couronnée de succès, il faudra miser sur le développement de ses compétences à tous les niveaux de la communication, sur sa capacité à collaborer avec diverses équipes et à traiter de grands volumes d’informations. Une réflexion stratégique et une volonté de toujours apprendre sont les maîtres mots si l’on veut pouvoir s’adapter aux tendances.