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Quand des fromagers corses aident à produire du fromage en Russie

« Puisque les sanctions interdisent d’importer du fromage français en Russie, eh bien, j’importerai des Français ! » : c’est la promesse que s’était faite le fermier russe Vladimir Borev ; et c’est ainsi qu’un beau jour, des fromagers corses ont débarqué dans le village de Maslovka, en région de Lipetsk.

« Bonjour, c’est ici, les Français ? » demande la délégation féminine qui vient de surgir sur le seuil de la plus grande maison de Maslovka. Inna Miatchina, habitante du village voisin, est venue en compagnie de sa mère, Antonina Arkhipovna, de sa sœur et de sa nièce. « Il paraît que des Français se sont installés à Maslovka et qu’ils font du bon fromage, le fameux – celui qui est interdit. Alors voilà, en bonnes voisines, nous sommes là pour vérifier. »

Le village de Maslovka est inconnu des GPS. De sa grandeur soviétique – 750 maisons situées au bord d’une rivière –, il ne reste que des ruines envahies par les herbes, un arrêt de bus et un panneau routier. Aujourd’hui, Maslovka, c’est en tout et pour tout deux isbas et un château avec des tourelles, des meurtrières, une charrue près de la porte et une antique mitrailleuse Maxim sur un des balcons – les principaux symboles de la Russie, d’après le propriétaire. C’est dans ce château qu’habite Vladimir Borev, ancien Moscovite, traducteur, journaliste, diplômé de la Sorbonne et de l’université Lomonossov, auteur de plusieurs thèses et, désormais, fermier et éleveur de chèvres et de vaches. C’est lui qui a fait venir à Maslovka ces fameux fromagers français qui sont sur les lèvres de tous les villageois du coin. « Alors ?, n’en démord pas Inna. On peut goûter ? » La doyenne des Miatchina, ajustant son foulard, souffle à sa fille : « Qu’on les fasse sortir, ces franchouillards ! »

Pied de nez aux sanctions

Les Français finissent par sortir – Nicole et Gilles de Vouge sont un couple de paysans corses, membres de l’association des fromagers traditionnels, qui fabriquent du fromage depuis près de 50 ans. Ils connaissent depuis longtemps Vladimir, qui était venu faire un stage dans leur ferme. Aujourd’hui, c’est lui qui les invite  : « Nicole et Gilles m’apprennent à faire du vrai fromage français – il ne contient que du lait, du sel et de la moisissure ! La principale spécificité des fromages français, c’est qu’ils ne sont pas cuits – ils conservent ainsi toutes les bactéries utiles à l’organisme. Un vrai fromage doit être cru ! »

Les femmes acquiescent doctement. Nicole et Gilles se contentent de sourire – ils ne parlent pas russe. « Vous avez des enfants ? », demande soudainement Antonina Arkhipovna. Nicole s’anime et se met à expliquer qu’ils ont trois enfants, déjà grands, qui ne veulent pas travailler à la ferme et qui attendent le retour de leurs parents en se lamentant : « Papaaa, […]

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Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Les Russes dans l’attente de réformes

Les sondages sont formels : le nombre de Russes estimant que leur pays a besoin de réformes profondes a doublé en six ans. Le sociologue Vladimir Petoukhov dresse, pour le quotidien Vedomosti, le bilan d’une volonté de changement qui refuse toute idée de révolution.Contrairement aux idées reçues en Occident, les choses changent en Russie. Les études menées ces dernières années par l’Institut sociologique de l’Académie des sciences montrent ainsi une nette évolution des attentes des Russes depuis le milieu des années 2000.Le refus du paternalisme ?Il y a une quinzaine d’années, une sorte de « consensus paternaliste » s’installe dans le pays : la population se range derrière le Kremlin en échange de la garantie d’un certain niveau de vie pour la majorité des citoyens et de la non-ingérence du pouvoir dans leur vie privée.Ce consensus est entretenu par plus de dix années d’une croissance quasi ininterrompue (crise de 2008 mise à part) jusqu’en 2014. Les Russes confient à la puissance publique la charge des grands problèmes sociaux et, pour la plupart, se désintéressent de la politique, préférant se concentrer sur leur vie personnelle et leur carrière. Durant toutes ces années, le maître-mot est « stabilité », et la société civile ne ressent majoritairement le besoin d’aucune réforme économique, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 avril 2019
Société

La face cachée du rêve moscovite

Moscou, ses rues arides et poussiéreuses l’été, enneigées et glaciales l’hiver… Comme toutes les mégalopoles du monde, la capitale russe a ses marginaux, ses laissés pour compte, ses sans-abris. Selon les chiffres officiels, ils seraient près de 30 000. Trois fois plus selon les ONG. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Reportage du site Coda.En ce jeudi soir de la fin-mars, Katia arrive à l’avance sur le parking de la gare de Iaroslavl, à Moscou. À 20 heures, des bénévoles y distribueront repas chauds et médicaments. Katia a 28 ans, comme son mari Vitali. Ils sont sans-abris. Venus d’Ukraine pour travailler il y a trois ans, ils se sont fait arnaquer par leur « employeur », qui a disparu avec leurs papiers. Pendant quelque temps, le couple a vivoté en vendant du bric-à-brac dans les passages souterrains de la capitale. Avec leurs maigres gains, ils ont pu acheter une tente, des oreillers et une couverture.« Nous nous sommes installés à Zavety Ilitcha, [à une vingtaine de kilomètres de Moscou, ndlr], explique Katia. Tous les soirs, nous rentrons par le dernier train pour éviter les contrôleurs. Le matin, nous faisons le trajet inverse. À la gare, nous demandons à des gens de nous acheter du thé et à manger. Le samedi, un habitant de Zavety Ilitcha nous laisse utiliser sa salle de bains. »« Les SDF de Moscou sont majoritairement des hommes de 35 à 45 ans qui viennent de régions très touchées par le chômage. Poussés par la crise, la plupart ont laissé famille et logement dans l’espoir d’une vie meilleure. »Se nourrir, se chauffer et rester propre sont des casse-tête quotidiens pour les 29 000 sans-abris que compte officiellement Moscou (les ONG évoquent le chiffre de 100 000). Ces marginaux ont fait éphémèrement la Une des journaux, l’été dernier, lorsque l’association pétersbourgeoise Notchlejka (« Asile de nuit »), qui aide les SDF depuis vingt ans, a annoncé vouloir ouvrir une laverie gratuite dans le nord de la capitale. Les habitants du quartier ont manifesté pendant près de deux mois contre le projet, qui a finalement été abandonné.En quête d’une vie meilleure…Chaque soir, entre 60 et 70 personnes – des hommes pour la plupart – viennent profiter des repas servis derrière la gare de Iaroslavl. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

5 avril 2019
Société

L’avenue Koutouzov :
Le ghetto des riches de Moscou

De l’URSS à la Russie moderne, l’avenue Koutouzov a abrité les élites politiques et économiques. Aujourd’hui, le « quartier-dortoir le plus cher de Moscou » peine toutefois à se développer. Reportage de David Kramer pour le site Moskvich Mag.En 1918, les autorités soviétiques transfèrent la capitale russe de Saint-Pétersbourg à Moscou et décident de doter la ville d’une entrée-ouest digne de ce nom. Une route est alors construite, au milieu d’un quartier délabré qui va progressivement se transformer en « porte occidentale de Moscou ». Avant la Seconde Guerre mondiale, d’immenses immeubles staliniens y sont construits et, en 1957, l’avenue de 8,3 kilomètres est baptisée en l’honneur du général vainqueur de Napoléon.Politburo, sugar daddies et prostituéesC’est au n° 26 de l’avenue qu’ont vécu Leonid Brejnev, Iouri Andropov, Mikhaïl Souslov et d’autres membres du bureau politique du Parti communiste. Le musicien et réalisateur Alexandre Lipnitski, autre illustre locataire de l’immeuble, se souvient : « À la fin des années 1960, ma mère s’est remariée avec Victor Soukhodrev, interprète au ministère de l’Intérieur et au Politburo. En 1979, elle a emménagé au fameux n° 26. L’immeuble était baptisé le sandwich parce qu’un des étages du milieu était occupé par Brejnev, et les étages inférieurs et supérieurs par ses principaux alliés. Je n’ai jamais rencontré personne dans la cour. »Rolls-Royce Motor Cars sur l’avenue Koutouzov. Crédit : Rolls-RoycecarsÀ ce propos, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 mars 2019

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