Le Courrier de Russie

Livrer le courrier par –50°C : mission possible

Avant l’apparition du chemin de fer, la livraison du courrier était assurée en Russie par des yamchiks – des paysans employés par l’État, qui leur désignait leur poste et leur itinéraire. Ces hommes qui sillonnaient les grands espaces du pays ont inspiré plus d’un poète – de Pouchkine à Essenine – et sont devenus partie intégrante de la culture russe. Anatoli Sokolov, descendant d’une vieille famille de yamchiks de Iakoutie, a raconté à la revue en ligne Rousskaïa Planeta pourquoi ses ancêtres emportaient à chaque mission un « morceau de vin » et ce qu’ils craignaient le plus sur la route. Récit à la première personne.

La Iakoutie fut rattachée à l’État russe au milieu du XVIIe siècle. En 1698, Pierre Ier promulgua un oukase sur la création de la « route postale sibérienne » entre Moscou et Iakoutsk. L’année suivante, elle était empruntée pour la première fois par un facteur, qui transportait notamment la première lettre à destination de Iakoutsk. Et de Iakoutsk partiraient, par la suite, les routes postales locales : vers Aïan, Verkhoïansk et Viliouïsk.

Dans un premier temps, les autorités ont essayé d’initier au travail de facteur la population autochtone – les Iakoutes. Mais ces derniers étaient prompts à trouver différents moyens d’échapper à cette obligation pesante. Les autorités disposant sur eux de peu de leviers d’influence, elles décidèrent, dès les années 1770, de libérer les Iakoutes de cette charge et de les remplacer par des paysans russes exilés en Sibérie par leurs propriétaires pour désobéissance.

Les paysans tiraient leur route postale au sort. Leur statut d’exilés ne les autorisait pas à choisir le lieu où ils allaient vivre, […]