Jacques von Polier : « Si vous cherchez un truc vraiment russe, vous achetez quoi ? Une chapka, une matriochka ou une Raketa »

Jacques von Polier : « Si vous cherchez un truc vraiment russe, vous achetez quoi ? Une chapka, une matriochka ou une Raketa »

L’usine Raketa est un fabricant de montres issu d’une société de tailleurs de pierres fondée par Pierre le Grand il y a presque 300 ans. Son ancrage dans le paysage culturel est visible dans des grands symboles de la Russie : le bâtiment du mausolée de Lénine, c’est eux. Les étoiles en saphir au-dessus du Kremlin ou les colonnades de Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg, c’est encore eux. En 2009, le Français Jacques von Polier s’immisçait dans l’histoire de Raketa pour faire renaître une marque tombée en désuétude. Le Courrier de Russie a rencontré ce nouveau directeur.

« Les jours sont peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme » Marcel Proust

LCDR : Raketa a changé plusieurs fois de nom, elle a développé ses domaines de production de la taille de pierre à l’horlogerie en passant par la bijouterie. La structure juridique a certainement dû évoluer… De quand date la privatisation ?

JvP : À l’origine, Raketa était une manufacture d’État. Juste après la fondation, une famille très connue a dirigé l’usine pendant presque 200 ans : la famille Morin. Avec la Révolution, l’usine a été nationalisée comme tout ce qui existait en Russie. À partir de la Perestroïka, il y a eu des débuts de privatisation et on a commencé de donner des actions aux employés. On entre alors dans la grande histoire de la privatisation russe. Des grand-mères qui ne comprennent pas trop ce qu’on leur a remis et des gens en face, un peu plus intelligents, qui rachètent petit à petit les actions des employés pour arriver à cette jungle de la privatisation du début des années 90. Cette situation a été très néfaste pour Raketa. Ceux qui ont racheté des paquets d’actions n’avaient pas pour objectif de fabriquer des montres : ils voulaient amasser rapidement des centaines de millions de dollars grâce au capital immobilier. Raketa possédait alors énormément de biens immobiliers à Peterhof. Après cette première mise en pièces, l’usine a été revendue à quelqu’un d’autre, qui s’est empressé de vendre ce qui pouvait encore l’être, comme de l’équipement ou des stocks d’acier. L’usine a changé quatre ou cinq fois de mains depuis l’effondrement de l’Union. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous ne sommes plus propriétaires des murs : l’usine loue ses locaux.

LCDR : Qui sont les actionnaires de Raketa à l’heure actuelle ?

JvP : Aujourd’hui,

[…]

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Propos recueillis par LCDR

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