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La Russie en pointe sur les applis bancaires

La Russie en pointe sur les applis bancaires

Jonah Pettrich/Unsplash

Les banques russes sont de plus en plus nombreuses à créer des « super-applications » répondant en un seul clic à tous les besoins – financiers ou non – de leurs clients.

Les banques russes sont aujourd’hui à la pointe de la fintech. Selon une étude publiée par Ernst & Young en 2019, 82 % des Russes ont recours aux technologies financières, ce qui place leur pays au troisième rang du marché mondial. Paiements et virements en ligne, via des applications bancaires mobiles, sont les services financiers les plus prisés.

Accessibilité et rapidité

Le développement de l’e-banking s’est accéléré ces dernières années. Au début de 2019, la Russie a lancé un système de virement rapide entre utilisateurs de banques différentes. Le service, disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, nécessite uniquement d’entrer le numéro de téléphone du bénéficiaire. Les consommateurs peuvent aussi régler un nombre croissant de services (énergie, livraison à domicile, pourboire dans les restaurants, amendes…) via un code QR présent sur leurs factures. Autre nouveauté : le retrait d’espèces à un distributeur sans carte bancaire – grâce à la technologie de paiement sans contact intégrée aux smartphones. Enfin, il y a longtemps que les Russes ne se rendent plus à leur agence bancaire pour modifier leur code secret de carte bancaire : tout se fait en quelques clics sur smartphone.

En outre, les grandes banques russes permettent désormais de souscrire des prêts et des assurances ainsi que d’effectuer des investissements via leurs applications. « Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, un grand nombre d’établissements ont commencé à proposer des services de comptabilité, de calcul des impôts, et autres, explique Anton Rogatchevski, analyste bancaire. Au printemps, la banque VTB a ainsi accordé son premier crédit automobile à distance. » D’autres banques envisageraient également de franchir le pas du prêt en ligne.

L’utilisation d’applications bancaires a bondi de 354% ces cinq dernières années en Russie.

Ces fonctionnalités sont rendues possibles par une amélioration des techniques d’accompagnement et de sécurité. Par exemple, « les tchats ont cessé d’être uniquement là pour décorer. Désormais, les clients peuvent réellement y recevoir des réponses concrètes à leurs questions », explique-t-on chez Markswebb, un cabinet de conseil numérique. Les agents conversationnels (chatbots) sont d’ailleurs capables de traiter les demandes formulées oralement par les clients.

Pochta Bank, la filiale bancaire de la Poste russe, utilise les données biométriques des utilisateurs (forme du visage, timbre de la voix) pour identifier ces derniers avant toute ouverture de compte à distance.

Résultat de ce progrès technologique : l’utilisation d’applications bancaires a bondi de 354 % ces cinq dernières années. Pour les ménages russes, le smartphone est devenu un outil indispensable de gestion des finances, et les agences bancaires « physiques » n’en finissent pas de se vider…

Des super-applications omniprésentes

En Russie, cela fait plusieurs années que certaines banques ne se limitent plus au secteur financier, et leurs applications tendent à englober les sphères les plus variées du quotidien : santé, achats, assurances, divertissements, voyages…

Big update of Sberbank Online. What's new
L’application de la banque Sberbank est appréciée pour sa rapidité et la diversité de ses services. Photo : Sberbank

Celle de Tinkoff Bank intègre ainsi un assistant baptisé « Oleg » qui, par commande vocale, achète des places de cinéma, réserve une table dans un restaurant ou commande un taxi. Celle de Sberbank permet d’acheter une carte cadeau ou de prendre un rendez-vous chez le médecin, mais aussi de commander les services d’une femme de ménage…

Par ailleurs, sans avoir encore acquis les fonctionnalités d’un réseau social, ces applications en intègrent de plus en plus les codes et les modes de communication. Certaines présentent des « stories » (comme sur Instagram), dans lesquelles elles partagent des photos et des vidéos éphémères, à la limite de l’information et de la publicité. D’autres offrent la possibilité d’envoyer des messages – assortis d’émoticônes – entre utilisateurs.

Le développement des applications dépend désormais de la faculté des banques à protéger leurs clients contre les arnaques.

Pour Vadim Tkatchenko, directeur général du cabinet de conseil vvCube, les applications bancaires russes, qui ont déjà un train d’avance sur le reste du monde en matière de confort d’utilisation, ne devraient pas arrêter leur développement de sitôt. « Les poids lourds du secteur [en particulier Sberbank] se diversifient en achetant des start-up technologiques innovantes, que ce soit dans la livraison, le transport ou le divertissement, et créent ainsi de vastes écosystèmes multiservices », rappelle-t-il.

Une croissance à risques

En 2019, les applications financières représentaient 5 % de l’ensemble des applications mobiles installées dans le monde, contre 1,8 % en 2017, selon la société d’analyse AppsFlyer. Elles sont les plus demandées en Inde, en Indonésie, au Brésil, en Russie et aux États-Unis. En Russie, au nombre de téléchargements, elles se placent en troisième position, derrière les jeux et les plateformes d’e-commerce.

La demande de services en ligne croît constamment – d’environ 41,5 % par an. Rien de surprenant, par conséquent, à ce que la majorité des grandes banques russes les considèrent comme un argument de vente à part entière. Actuellement, en moyenne 20 % des clients utilisent l’application de leur banque. Selon l’agence Go Mobile, ce chiffre monte à 40 % chez Tinkoff, et jusqu’à 60 % chez Sberbank.

Le développement de l’e-banking a toutefois son revers : l’augmentation des fraudes et arnaques en ligne. L’an dernier, l’entreprise internationale Positive Technologies, basée à Moscou et spécialisée dans le développement de logiciels de sécurité informatique, a publié une étude portant sur les applications bancaires mobiles conçues pour les systèmes d’exploitation Android et iOS. D’après celle-ci, 76 % des failles de ces programmes peuvent être exploitées sans accès physique au smartphone des clients, via l’hameçonnage (inciter la victime à cliquer sur un lien pour lui faire télécharger à son insu un programme malveillant). Le développement des applications en ligne dépend désormais de la faculté des banques à protéger leurs clients – et d’investissements massifs en matière de cybersécurité.

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