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Dette publique : une augmentation très relative

Dette publique
Une augmentation très relative

PIxabay

La dette publique russe dépasse aujourd’hui les réserves fédérales. Elle reste toutefois loin des niveaux affichés dans nombre de pays développés. 

Au 1er juillet, la dette publique russe s’élevait à 14 770 milliards de roubles (161 milliards d’euros), ce qui est supérieur d’1,6 milliard d’euros aux réserves fédérales. Cela est essentiellement dû à une diminution de ces dernières, et non à un emprunt massif. En effet, au 1er avril, la dette se montait à 14 500 milliards de roubles, contre 17 000 milliards de roubles de réserves. Entre-temps, la population s’est confinée, l’activité économique a fortement ralenti et, tandis que les recettes budgétaires se réduisaient (les cours pétroliers se sont maintenus pendant plusieurs mois sous le niveau de référence prévu dans le budget), le gouvernement octroyait des aides aux ménages et aux entreprises pour faire face à la crise. Enfin, au printemps, l’État russe a déboursé 2 140 milliards de roubles dans l’achat de parts de la première banque du pays, Sberbank. 

Autre signe que la Russie n’emprunte pas particulièrement ces derniers temps, sa dette extérieure a plutôt tendance à diminuer, comme l’indique Konstantin Touzov, chercheur à l’Académie nationale d’économie et d’administration (RANKhiGS) : elle est passée de 491,4 milliards de dollars au 1er janvier, à 477,2 milliards six mois plus tard. 

Rien d’alarmant 

« Rapportée au PIB [1 658 milliards de dollars, ndlr], la dette russe demeure une des plus faibles du monde », se défend régulièrement le ministre des Finances, Anton Silouanov. Un argument comparatif souvent avancé par les commentateurs : « C’est en effet rapporté au PIB qu’il convient d’analyser l’endettement, et la situation est loin d’être défavorable à la Russie », souligne Ivan Kopeïkine, directeur de BKS Broker. Il rappelle que les pays développés ont depuis longtemps dépassé la barre des 100 % du PIB (l’endettement moyen pourrait atteindre 131,2 % à la fin de 2020, selon le FMI), tandis que les pays en développement tournent autour de 63,1 % d’endettement. Un niveau dont la Russie est encore loin (un peu plus de 10 %). 

La Russie a pris la bonne habitude de ne pas recourir aux marchés afin de se financer.

Pour Ivan Kopeïkine, tant que la dette russe demeurera inférieure à 50 % du PIB, le Kremlin disposera d’une confortable marge de manœuvre et pourra emprunter en cas de nécessité. « En-deçà de ce chiffre, l’attractivité du pays ne pâtit pas de la croissance de la dette », confirme Konstantin Touzov. 

« C’est la ligne rouge qui pousse les agences de notation à dégrader la cote d’un État », ajoute Sergueï Konyguine, de Gazprombank. Pour l’économiste, la Russie devrait se maintenir au-dessous des 20 %. « C’est comme si le pays n’était pas endetté », estime-t-il. Konstantin Touzov, de son côté, intègre dans son calcul la dette des entreprises d’État et cite le chiffre de 30 % du PIB à la fin de l’année – là encore, rien de très alarmant. 

Même si l’État voulait… 

Cette marge de manœuvre signifie-t-elle qu’il faille s’attendre à une vague d’emprunts ? « Probablement pas », répond Alexandra Souslina, directrice du Groupe d’expertise économique. Pour elle, si la Russie n’a pas su profiter des fastes années 2000 pour réformer son économie, elle a toutefois pris la bonne habitude de ne pas recourir aux marchés afin de se financer. « À la limite, l’État pourrait éventuellement emprunter sur le marché intérieur, à la marge, de manière à ne pas épuiser les réserves en comblant le déficit budgétaire », estime l’économiste. 

Un déficit moins grand qu’on ne le craignait au début de la crise : Konstantin Touzov souligne que le PIB russe n’a reculé que de 8,5 % au deuxième trimestre, contre 30 % aux États-Unis et 15 % en Europe, rendant la situation économique finalement « moins catastrophique » que dans d’autres régions du monde en cette période de pandémie. En fin d’année, la récession pourrait ainsi être de 4,5-5,5 % « seulement ». 

Au demeurant, même si le gouvernement voulait massivement emprunter, il ne le pourrait pas, les bonds du Trésor faisant l’objet d’une demande très discrète… « La Russie est plus attractive que d’autres pays en développement, mais elle ne séduit pas outre mesure les investisseurs étrangers », note Sergueï Konyguine. La faiblesse de la devise nationale (le dollar est passé de 65 roubles en début d’année à 79 roubles il y a quelques jours) est un des principaux freins à l’attractivité des actifs russes. Aujourd’hui, environ 30 % des obligations émises par l’État appartiennent à des étrangers et, pour l’analyste de Gazprombank, « cela devrait rester ainsi ».