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Le bois de wapiti : le nouvel élixir bouriate

Le bois de wapiti
Le nouvel élixir bouriate

Alexandre Kryazhev/RIA Novosti

En Bouriatie, une région située au sud du lac Baïkal, deux entrepreneurs ont ouvert la première ferme de wapitis de l’Altaï. Ils proposent aujourd’hui des cosmétiques et d’autres produits fabriqués à partir des bois de ces cervidés, connus pour leurs vertus thérapeutiques.

En 2014, Boulat Garmaïev, éleveur bovin et patron d’un café proposant des plats bouriates, découvre des fermes de marals (nom russe du wapiti de l’Altaï) à Tchemal, dans l’Altaï.

« Le côté à la fois agricole et touristique de ces exploitations m’a immédiatement plu, commente l’entrepreneur de 31 ans, cité par le journal local Bouriaad Ounen. J’ai aussitôt pensé que ce genre de ferme fonctionnerait aussi en Bouriatie, dont le relief montagneux, le climat et la fréquentation touristique sont similaires à ceux de Tchemal. »

La rivière Katoun, près de Tchemal dans l’Altaï. Photo : Chloé Heller

Il y a deux ans, Boulat Garmaïev et son associé Nikolaï Sybenov remportent une bourse de dix millions de roubles (126 000 euros au taux de l’époque) octroyée par le ministère bouriate de l’Agriculture pour encourager le développement de l’élevage. Grâce à ce montant, auquel ils apportent six millions de roubles supplémentaires de fonds personnels, ils ouvrent une ferme de wapitis de l’Altaï près du village d’Archan, lieu de villégiature apprécié pour ses stations thermales.

Conseillés par un éleveur, les deux entrepreneurs sélectionnent 65 wapitis qu’ils transportent par camion pendant trois jours de Tchemal à Archan (près de 3 000 kilomètres de route). Après une courte période d’acclimatation, les animaux sont lâchés dans des pâturages couvrant 70 hectares.

Les bois dans tous leurs états

Les deux fermiers élèvent les animaux pour leurs « bois de velours », riches en micro-éléments. Depuis plus de 4 000 ans, les peuples de Sibérie attribuent des vertus curatives aux bois du wapiti de l’Altaï. Selon l’Association internationale des producteurs de bois de velours, les cornes du maral sont parmi les plus précieuses du monde ; elles coûtent d’ailleurs dix fois plus cher que celles du renne et de l’élan. Elles sont consommées pour renforcer le système immunitaire ainsi que pour traiter certaines maladies sanguines, cardio-vasculaires et cérébrales.

Les cornes, qui poussent à partir du mois de mai, sont « récoltées » en juillet avant qu’elles ne durcissent. Selon les spécialistes, la procédure est indolore pour l’animal, les bois n’étant pas innervés.

« Le processus de conservation est laborieux, explique Boulat. Après avoir scié les bois, nous les ébouillantons à 95 °C dans une cuve métallique de façon à conserver le sang à l’intérieur, puis nous les séchons. » Boulat et Nikolaï produisent ensuite des infusions, des sirops, des granules, du miel, et des savons. L’eau utilisée n’est pas jetée : elle sert à fabriquer des bains concentrés, appréciés des amateurs de soins spa alternatifs.

Des ambitions internationales

En juillet dernier, Boulat et Nikolaï ont vendu leurs premiers articles sous la marque Saïanski Maral, via le compte Instagram de la ferme. Pour l’instant, les commandes ne sont pas expédiées très loin : les clients sont Bouriates ou originaires de la région d’Irkoutsk (de l’autre côté du Baïkal).

Produits à base de bois de maral de la marque Saïanski Maral. Photo : Baikal-media

« Une fois que nous aurons une meilleure idée du marché, nous lancerons notre production à Oulan-Oudé [la capitale de la Bouriatie, ndlr], poursuit Boulat sur la chaîne de télévision Rossiya. Nous négocions actuellement des points de vente à Irkoutsk et à Moscou. » Les deux fermiers veulent également faire connaître le bois de maral en dehors de la Russie et ont d’ores et déjà envoyé des échantillons en Corée du Sud et aux États-Unis.

En attendant leurs premiers bénéfices (pas avant sept ans…), Boulat et Nikolaï accueillent déjà les premiers touristes dans leur ferme. Chaque année, plus de 300 000 personnes visitent la Bouriatie – principalement des Russes et des Chinois.