S'abonner, c'est découvrir la Russie sans préjugés ni concessionsDécouvrir nos offres

Pandémie : le tourisme et la restauration K.O.

Pandémie :
Le tourisme et la restauration K.O.

De plus en plus d’entreprises russes disparaissent, victimes du confinement et de la fermeture des frontières.

Le 26 mars, la Russie suspend ses liaisons aériennes internationales pour une durée indéterminée. Les premières victimes de cette décision sont les Russes qui avaient réservé à l’avance des séjours à l’étranger – majoritairement vers l’Italie, le Monténégro, la Turquie et la Chine. « Un très grand nombre de séjours ont dû être annulés, commente une employée de l’agence de voyages Pegas Touristik. Malheureusement, toutes les compagnies aériennes n’y mettent pas du leur. Aeroflot [le plus grand transporteur russe, ndlr], refuse par exemple, sous divers prétextes, de rembourser les billets que nous lui avons achetés. »

Maïa Lomidze, directrice de l’Association des voyagistes russes (ATOR), le confirme : l’épidémie place tous les voyagistes dans une position délicate. « Le nombre de demandes d’annulation a dépassé le seuil critique. La situation est d’autant plus difficile que c’est l’ensemble du tourisme mondial qui est touché : les partenaires étrangers des voyagistes russes ne sont pas en mesure de les rembourser et beaucoup sont aujourd’hui occupés à rapatrier leurs clients », explique-t-elle.

« Jusqu’à 90 % des PME russes ne survivront pas au confinement. »

D’après elle, les touristes russes ne recevront pas de réponse à leurs demandes de remboursement « avant trente à soixante jours, voire plus ». « Il est extrêmement difficile aujourd’hui d’estimer quand le marché se relèvera, précise-t-elle. Le scénario le plus optimiste repose sur une stabilisation de la situation au début du mois de juillet, et le plus pessimiste – à partir de septembre. » 

Afin d’aider les voyagistes, le gouvernement russe a annulé leurs cotisations au Fonds de réserve national pour l’année 2020 et reporté les prélèvements fiscaux au 1er mai. Maïa Lomidze juge toutefois ces mesures insuffisantes : « Ce dont le secteur a besoin, c’est d’une véritable exonération fiscale. Il est évident que les voyagistes n’auront aucun bénéfice le 1er mai. »

Cafés, restaurants, boulangeries…

Le tourisme n’est pas la seule victime des mesures de confinement. Conformément à un décret du maire de Moscou, Sergueï Sobianine, les restaurants, cafés, bars et commerces de la capitale – hormis les magasins d’alimentation et les pharmacies – sont fermés depuis le 28 mars. Une mesure reproduite par de plus en plus de gouverneurs régionaux, où l’épidémie commence également à se propager.

« Notre clientèle a commencé à se raréfier dès le milieu du mois de mars, lorsque le gouvernement a recommandé pour la première fois aux gens d’éviter, dans la mesure du possible, de sortir de chez eux », commente Alexandre Romachev, employé de la chaîne de bars Nastoïchnaïa. « Nous sommes encore dans le positif, mais je n’ose même pas imaginer ce qui nous attend », soupire le jeune homme.

Le café « Grilnitsa » de Novossibirsk a fermé et ne fonctionne temporairement que pour les livraisons à emporter, le 28 mars 2020. Photo : Alexander Kryazhev / RIA Novosti

« Ces derniers jours, plusieurs concurrents ont fait faillite, raconte Anastasia Tatoulova, fondatrice de la chaîne de salons de thé AnderSon. Des milliers d’employés se retrouvent sans emploi ni revenu. »

D’après la femme d’affaires, désormais, chaque journée voit la disparition d’entreprises qui, pendant de nombreuses années, ont contribué à rendre les villes agréables à vivre. « La crise ne menace pas les producteurs de sarrasin, de papier toilette, de solutions hydroalcooliques et de ces produits qu’on s’arrache aujourd’hui. Non, elle détruit les petits cafés du coin de la rue, les boulangeries qui sentent bon le pain chaud, les organisateurs de goûters d’anniversaire, regrette l’entrepreneuse dans une chronique pour Forbes Russia. Le tourisme international russe est mort, le secteur événementiel agonise, le marché des services et des divertissements pour enfants a presque disparu. » Anastasia Tatoulova elle-même a déjà fermé cinq de ses trente-trois cafés moscovites, et son chiffre d’affaires a chuté de 85 %. « Jusqu’à 90 % des petites et moyennes entreprises russes ne survivront pas au confinement », prédit-elle.

Selon un sondage mené par la Chambre de commerce et d’industrie de la Fédération de Russie auprès des patrons de PME, l’épidémie pourrait contraindre 3 millions d’entre eux à mettre la clé sous la porte. Par conséquent, 8,6 millions de travailleurs pourraient perdre leur emploi, entraînant une hausse du chômage dans le pays – actuellement de 4 % – jusqu’à 14 %.

Créez votre compte et accédez gratuitement à 3 articles par mois

Je crée mon compte

Déjà abonné ? Se connecter

Vladimir Vachtchenko

Révolte carcérale à Irkoutsk : un signal inquiétant

Au début du mois d’avril, une violente émeute a éclaté dans une prison de la région d’Irkoutsk, provoquant la mort d’un détenu et faisant plusieurs blessés. L’organisation interne des centres pénitentiaires est pointée du doigt.

 

30 avril 2020